Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 19 décembre 2018 - 10h45
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29 mai 1914 : sortie à Paris du film "Maudite soit la Guerre" d’Alfred Machin

Le 29 mai 2018

Un enfant du Pas-de-Calais

Eugène-Alfred-Jean-Baptiste Machin naît le 20 avril 1877 à Blendecques, benjamin d’une famille de cinq enfants. Sa jeunesse est marquée par le deuil, puisqu’il perd sa mère à l’âge de huit ans et son père neuf ans plus tard. N’ayant hérité d’aucun bien (l’usine à papier paternelle de Westhove a dû fermer quelques années plus tôt), il n’a d’autre choix que de s’engager à l’âge de dix-neuf ans. Incorporé au 2e régiment de spahis, il stationne en Algérie où il gagne ses galons de sous-officier (il est nommé maréchal des logis le 29 décembre 1898).

Du reportage animalier au cinéma

Réserviste en 1900, il s’installe à Paris (après un séjour à Lorient) et y devient retoucheur, puis photographe de presse à L’Illustration. Vers 1907, il est engagé par la firme Pathé, qui l’envoie en Afrique pour en ramener de nombreux films sur la faune locale, alors fort en vogue : chasse à l’hippopotame, au lion ou au léopard, etc. De retour en France, il est nommé directeur de la photographie pour deux succursales spécialisées de Pathé à Nice, Comica (farces) et Nizza (cinéma animalier).

En 1911, il fonde et dirige l’agence hollandaise de Pathé à Amsterdam, puis participe en 1912 à la création de Belge Cinéma Film (succursale de la firme à Bruxelles), en tant que directeur artistique et réalisateur principal. Véritable laboratoire du cinéma belge, la Belge Cinéma Film produit 21 films entre l’été 1912 et l’été 1914, tous sous la direction de Machin.

Maudite soit la Guerre : une prophétie

Lorsqu’il conçoit Maudite soit la Guerre, Alfred Machin semble au faîte de sa carrière, raison pour laquelle il bénéficie de concours et de capitaux substantiels. L’armée belge lui prête un ou deux bataillons de fantassins, des canons et des armes diverses, mais aussi des voitures et des avions, qui lui permettent de créer une mise en scène grandiose et tout à fait unique pour l’époque.

C’aspect spectaculaire plaît à Charles Pathé qui décide de le porter aux États-Unis sous le titre War is Hell et sous la marque Eclectic Film. Après une présentation à Bruxelles le 1er mai 1914, le film sort à New-York presque un mois avant sa sortie parisienne et remporte un franc succès. Les Américains sont séduits par le côté mouvementé de l’action, bien que le message pacifiste ne leur ait pas échappé.

C’est pourtant ce discours qui empêche une diffusion à grande échelle et rend le film peu vendeur face à d’autres maisons de production exaltant les vertus guerrières. Le synopsis du film s’attarde sur les atrocités engendrées par un conflit, l’horreur des champs de carnage, les cadavres écrasés, grimaçants, béants, aux uniformes teints de boue et de sang, mornes dépouilles que la mort rend monstrueuses et qui, quelques heures ou quelques jours auparavant, étaient des jeunes gens pleins de vie, de santé, d’espoir, de tendresse, de souvenirs […]. À travers l’histoire d’amants maudits que la guerre sépare, le discours d’Alfred Machin est sans équivoque et ne laisse aucune porte ouverte à l’espoir.

Message prophétique ? À la suite de la mobilisation et de la déclaration de guerre, le film est retiré des écrans, mais il ressortira plus tard sous le titre Mourir pour la patrie.

Un cinéaste de la guerre

Le 15 septembre 1914, il rejoint le 18e escadron du train (groupe automobile). Passé au 13e régiment d’artillerie, service automobile, il arrive au corps le 19 mars 1915. Il ne tarde pas à rallier la section cinématographique de l’Armée créée en mars 1915 et réalise de nombreuses bandes d’actualité sur le front d’Artois, dont Les monuments historiques d’Arras victimes de la barbarie allemande, distribué par Pathé en 1915. En 1917, cette activité lui vaut la citation suivante à l’ordre de la 3e armée : sous-officier énergique et plein d’entrain, joint à ses qualités exceptionnelles d’opérateur, la volonté de remplir sa mission de la manière la plus intéressante. S’est distingué en avril 1916 lors de la bataille d’Avocourt, en n’hésitant pas à porter ses appareils en première ligne sous un bombardement violent, a reçu pour ce motif une lettre de félicitation du général commandant l’armée, a continué depuis à servir à la complète satisfaction de ses chefs, a été constamment en avant pour prendre des vues lors de l’opération de mars et avril 1917 consécutive à la retraite allemande, opérant ainsi dans des conditions difficiles et périlleuses.

Démobilisé le 8 novembre 1919, il rentre à Nice et poursuit sa carrière de cinéaste. Il rachète les studios Nizza et Comica à Pathé et continue de réaliser des drames sociaux, des films burlesques et des récits animaliers.

En juin 1929, alors qu’il prépare une expédition en Afrique commanditée par le parfumeur Coty, il décède d’une embolie pulmonaire.

Cinéaste infatigable, Alfred Machin laisse derrière lui près de 150 films, dont seulement 34 sont encore visibles aujourd’hui. Entre 1993 et 1995, une campagne de restauration financée par la Communauté européenne (projet Lumière), a permis d’en conserver 37.

Maudite soit la Guerre sera présenté à la Coupole d’Helfaut le 31 juillet prochain, dans le cadre d’un ensemble de manifestations consacrées aux derniers jours de paix de l’été 1914.

Articles relatifs

Voir aussi

Bibliographie

  • Francis LACASSIN, Alfred Machin, de la jungle à l’écran, Paris, éd. Dreamland, 2001.
  • "Machin (Alfred)", 1895. Mille huit cent quatre vingt-quinze, n° 33, 2001, p. 262 et sq.
  • Laurent VÉRAY, Les films d’actualité français de la Grande Guerre, Paris, AFRHC/SIRPA, 1995.
  • La Grande Reconstruction, reconstruire le Pas-de-Calais après la Grande Guerre.

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