Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 23 juillet 2019 - 18h11
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Le 12 août 1915 : manifeste allemand

Le 12 août 2015

En janvier 1915, un collaborateur du quotidien Le Journal adresse à Millerand une proposition originale pour répondre efficacement à l’incroyable campagne que l’Allemagne a entreprise pour tenter de démoraliser le peuple français. Son idée consiste à envoyer, non seulement au-delà des lignes ennemies, mais jusqu’au cœur de l’Allemagne des nouvelles exactes de la guerre à l’aide de petits ballons gonflés à l’hydrogène auxquels seraient attachés des communiqués rédigés en allemand. Cette initiative, un peu farfelue, a un intérêt autre qu’anecdotique puisqu’on y perçoit toute l’imagination déployée, de part et d’autre, pour innover en matière de propagande.

Pour faire passer un message, on utilise toute sorte de support : films, affiches, tracts, discours et bien entendu presse. Diffusée à partir de 1915, La Gazette des Ardennes est un organe de propagande allemand emblématique de cette guerre. Ce journal en langue française destiné aux populations des régions occupées en France et en Belgique a pour but de faire pendant au "bourrage de crâne" français et surtout briser la volonté des populations civiles.

De cette lecture, il ressort que l’occupant est bienveillant, qu’il combat sans haine pour la défense des civilisations. Comme les populations auxquelles sont destinées ces publications, les Allemands n’aspirent qu’à la paix, utopie, hélas, impossible. Car les peuples sont trompés par les hommes politiques qui les dirigent. Ces derniers ont jeté leurs pays dans une guerre d’agression contre l’Allemagne et repoussent sans cesse les généreuses offres de paix proposées par les empires centraux. Cette duperie est d’autant plus pernicieuse qu’elle émane de la "perfide Albion" qui manipule ses alliés afin de briser brutalement notre essor pacifique, avec l’aide d’une coalition de dupes, par le complot le plus lâche et le plus infâme qui ait jamais été tramé contre une nation travailleuse.

Cette anglophobie affichée alimente de nombreux articles (rappel de l’humiliation et de l'emprisonnement des bourgeois de Calais, de l’exécution de Jeanne d’Arc ou encore de la crise de Fachoda de 1898) comme le montre l’exemple présenté ci-dessous sous forme de démonstration point par point.

République française.

Sous-préfecture de Béthune
Cabinet

Béthune, le 12 août 1915.

J’ai l’honneur de transmettre sous ce pli à Monsieur le Préfet, à titre documentaire, la copie ci-jointe d’un manifeste, contenu dans le journal "La gazette des Ardennes" du 1er août 1915.

Plusieurs aéroplanes ennemis, survolant hier entre 16 et 18 heures les tranchées de l’armée britannique et la ville de Béthune ont laissé tomber des quantités assez importantes de cette publication.

Il ne m’a pas été rendu compte que cette manœuvre ait produit un effet quelconque sur la population.

 

Gazette des Ardennes – Journal des pays occupés paraissant deux fois par semaine

Après un an de guerre – réponse aux aviateurs français

Français,

Depuis des semaines, vos aviateurs ne se lassent pas de jeter sur nos tranchées des manifestes où nous sommes exhortés à mettre bas les armes et à rentrer dans nos foyers, dans les bras de nos femmes et de nos enfants. Vous vous efforcez de nous démontrer que, grâce à l’intervention de l’Italie, la victoire finale vous est assurée et que, par conséquent, toute continuation du combat de notre côté est inutile.

Puisque vous insistez à nous éclaircir à tout prix, voici notre réponse :

  1. Après vos graves défaites au commencement de la guerre, on vous a également dit, pour vous consoler, que les armées gigantesques de la Russie ne tarderaient pas à vous venir en aide, que des millions de Russes marchaient à grands pas sur Berlin. Abstraction faite d’un million et demi de prisonniers qui remplissent nos camps de concentration, il n’y a pas de Russes sur notre sol. Nous avons occupé, au contraire, de grandes parties de leur territoire. Rien que dans les deux derniers mois ̶ tout en repoussant victorieusement toutes vos tentatives de rompre nos lignes de fer, et malgré l’intervention de l’Italie, ̶ nous leur avons pris, avec nos alliés austro-hongrois, environ 650 000 prisonniers, des centaines de canons et d’innombrables mitrailleuses, nous avons reconquis Przemysl et Lemberg et chassé les armées du tsar hors de Galicie.

    Les forteresses russes d’Ostrolenke, Rozan et Pultusk sont entre nos mains, nos armées victorieuses et celles de nos alliés serrent de près Nowo Georgiewsk, Varsovie et Iwangorod.

  2. L’intervention de l’Italie ne nous inquiète pas davantage, Mieux vaut une hostilité nette qu’une fausse amitié ! La trahison de ce pays n’aura pas d’autre conséquence que de nous affermir dans notre volonté absolue de vaincre, même contre un monde d’ennemis ̶ de toutes couleurs ! L’insuccès complet de l’offensive italienne, les graves échecs qu’elle essuya jusqu’aujourd’hui, confirment notre conviction que ce ne sera pas le nombre, mais la force morale qui remportera la victoire !
  3. Nous ne serions pas des Allemands, si le désir de revoir nos familles et nos foyers ne nous tenait pas au cœur ̶̶̶ mais nous vous assurons que nous n’y rentrerons que vainqueurs, après avoir mis l’Angleterre dans l’impossibilité de renouveler son intrigue visant à briser brutalement notre essor pacifique, avec l’aide d’une coalition de dupes, par le complot le plus lâche et le plus infâme qui ait jamais été tramé contre une nation travailleuse. Nous ne voulons pas subir le sort du Portugal, de l’Espagne, de la Hollande et de la France, qui ont tous un jour commis le même crime de gêner la cupidité mercantile du pays que vos ancêtres ont appelé avec tant de clairvoyance la "perfide Albion" !
  4. Vous protestez lorsqu’on vous traite de dupes, vous, les Français intelligents ! Vous l’êtes doublement ! D’abord vous êtes les dupes des Anglais. Voyant que le développement de notre commerce et de notre industrie menaçait de plus en plus sa prépondérance absolue l’Angleterre décida de nous anéantir. Mais comment faire ? L’Allemagne était forte, son armée brave et nombreuse, alors que les bons marchands de Londres n’ont pas ̶ personnellement, du moins ! ̶ l’instinct guerrier ! Il s’agissait donc de trouver quelqu’un qui voulût bien se faire casser la tête pour eux. Quoi de plus naturel que de penser tout d’abord à vous autres Français ! La France, ou du moins la plus grande partie de la population française ̶ paysans, ouvriers, artisans, commerçants, etc. ̶ ne voulait nullement la guerre et ne demandait, comme nous autres, qu’à pouvoir vivre et travailler tranquillement et honnêtement. Mais il y avait la clique des revanchards, peu nombreuse il est vrai, mais experte et toujours prête à exciter les instincts populaires. C’est à eux qu’on s’adressa. Avec l’aide d’une presse honteusement achetée, on sut non seulement rendre de plus en plus puissant ce parti, qui voulait la guerre à tout prix contre l’Allemagne, mais encore inquiéter la nation française entière. À force d’entendre répéter le même mensonge : que l’Allemagne ne tarderait pas à attaquer la France, votre pays fut poussé dans cette politique d’armements à outrance, qui aboutit au service de trois ans.

    Mais il fallait d’autres dupes encore. De la guerre russo-japonaise la Russie était sortie affaiblie. Pour réorganiser son armée et sa flotte, il lui fallait beaucoup d’argent. Les Anglais, dans leurs entreprises politiques, n’aiment à risquer ni leur peau ni même leur argent. Ce fut donc encore une fois la France qui dut se sacrifier, en prêtant toujours et toujours de nouveaux milliards à la Russie.

    Au commencement de l’année 1913, la France, nation de 39 millions d’habitants, disposait d’une armée active aussi nombreuse que celle de l’Allemagne, nation de 65 millions d’habitants. L’armée russe, grâce aux milliards français, était même montée à 1 300 000 hommes. L’heure de la réalisation du grand projet semblait venue. Le livre : La destruction de l’Empire allemand en 191…, écrit en 1912 par un officier d’état-major, avec préface du député de Nancy, dévoila crûment les belles intentions des militaristes français, et Paul Déroulède, chef de la Ligue des patriotes, prononça la même année, lors de l’anniversaire des combats de Champigny (30 novembre et 2 décembre 1870) un discours où il osa dire, dans une glorification éperdue et agressive du militarisme français :

    "Pourquoi retarder la revanche ? La France est prête grâce à ses incomparables artilleurs, à ses aviateurs hors de pair, à ses fantassins devenus d’habiles tireurs, à ses cavaliers de plus en plus entraînés. LA FRANCE N’ATTEND PLUS QUE LE METTEUR EN ŒUVRE.
    Quant aux sophistes du patriotisme, aux conditionnels de la bravoure qui n’admettent qu’une guerre défensive contre l’envahisseur, il faut leur rappeler qu’aussi longtemps que Metz, Strasbourg, Mulhouse sont aux mains de l’ennemi, il y a invasion. N’ayons donc plus qu’une seule volonté, qu’un seul but et UNE ANNÉE NE SE PASSERA PAS, SANS QUE L’ALSACE-LORRAINE REDEVIENNE FRANÇAISE, sans que la France réapparaisse dans tout son éclat, dans toute sa grandeur, dans toute sa gloire.
    Vive la France libre ! Vive l’Alsace-Lorraine libérée ! Vive la revanche libératrice !"

    Peu de temps après, on avait trouvé le « metteur en œuvre » assez peu scrupuleux et assez vaniteux pour jeter votre pays dans l’entreprise ; les derniers préparatifs de guerre furent faits, le service de trois ans imposé : L’œuvre était prête à être mise en scène ! C’est la Serbie, valet de la Russie, qui fut chargée de donner le signal par le crime aussi lâche qu’infâme de Sérajewo.

    L’Autriche-Hongrie, menacée dans son existence même, outragée dans ses sentiments les plus sacrés, voulut punir les meurtriers ; la Russie s’interposa et, le gouvernement français ayant refusé de rester neutre, comme le lui avait proposé le gouvernement allemand, l’Allemagne et la France, furent du même coup entraînées par leurs traités d’alliance respectifs dans la guerre générale ̶ si ardemment désirée et préparée par la clique de vos revanchards, qui n’en eurent pas moins le toupet de vous dire : "On nous attaque, nous qui avons toujours voulu la paix !"

Archives départementales du Pas-de-Calais, 1 Z 215.

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Vue en coupe d'un pont sous-marin.

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