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Le 29 mars 1915 : assainissement des champs de bataille

Le 29 mars 2015

Dès les premiers mois du conflit, les combattants affrontent l’expérience traumatisante de la mort de masse. À l’omniprésence de la mort, des cadavres démembrés et déchiquetés des camarades, s’ajoute l’angoisse de l’inhumation anonyme, la peur de disparaitre, englouti dans la terre sans cesse retournée par les pilonnages de l’artillerie.

Le respect des morts revêt rapidement une importance particulière chez les poilus, soucieux de maintenir les rites funéraires. Les soldats français s’opposent notamment aux enterrements en fosse commune prévus par les règlements militaires. Seuls les corps non identifiés y sont enfouis. Cependant, la dureté des combats impose d’inhumer les soldats tués en première ligne de façon provisoire et souvent sommaire, près du lieu même de leur mort. On prend soin alors de recueillir toutes les informations concourant à l’identification du défunt.

Ensevelir les corps répond également à une nécessité prophylactique. Les cadavres en décomposition sont arrosés de chlorure de chaux et enfouis rapidement pour éviter l’apparition des parasites et la propagation des épidémies. Les "groupes primaires" sont chargés de cette funeste besogne.

Louis Barthas évoque cet épisode dans ses Carnets de guerre :

La nuit la compagnie reçut l’ordre d’enterrer les morts qui se trouvaient entre les lignes depuis les assauts des 25 et 26 septembre. Ces morts furent divisés en lots et on les tira au sort par escouade. Pour la 13e escouade, j’eus la main heureuse, il ne nous échut que six morts à faire disparaître et qui se trouvaient à peu de distance de la tranchée. Oh ! la besogne avançait vite. On poussait le cadavre dans un trou d’obus, quelques pelletées de terre dessus et à un autre. Comme caporal, je devais enlever à chacun la plaque d’identité ; certains l’avaient au poignet, d’autres suspendues à leur cou, ou bien dans une poche, quelle besogne ! Fouiller, palper ces cadavres et avec un couteau ou des cisailles couper le cordon ou la chaînette qui tenaient leur plaque d’identité. Il nous semblait accomplir une profanation et nous parlions à voix basse comme si nous craignions de les réveiller. L’escouade qui fut obligée d’enlever les morts qu’on piétinait depuis trois jours dans le boyau y mit toute la nuit pour accomplir sa lugubre besogne, relever ces cadavres à moitié écrasés, crevés, mêlés avec la terre, empêtrés dans des fourniments, musettes, sacs ne formant pour quelques-uns qu’un bloc boueux, sanguinolent. Et dire que ce travail accompli on n’avait pas une goutte d’eau pour se laver les mains, qu’il fallait frotter avec de la terre pour les nettoyer un peu. Mais notre répugnance s’émoussait, à force de vivre dans la saleté nous devenions pires que des bêtes […].

Louis Barthas, Les carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914-1918, Paris, éditions La Découverte, 2013, 557 p. Archives départementales du Pas-de-Calais, BHA 1918.

Rapidement, les autorités militaires se dotent de services de croque-morts et des instructions précises sont données pour assainir les champs de bataille. Ces mesures visent également au respect de la confession et des pratiques mortuaires des soldats musulmans ou juifs. La loi du 29 septembre 1915 régit les lieux de sépultures des armées françaises et alliées.

Dans les années 1920, les associations d’anciens combattants vont exiger que des cimetières militaires soient aménagés rapidement. L’État entreprend alors la construction de vastes nécropoles où chaque visiteur doit pouvoir prendre la mesure du sacrifice consenti par la Nation.

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