Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 18 octobre 2017 - 20h10
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Le 11 octobre 1917 : les « Boches du Nord »

Le 11 octobre 2017

En exprimant son sentiment sur l’accueil des réfugiés à l’arrière, le député-maire Émile Basly parle en connaissance de cause. Évacué vers Namur le 14 avril 1917, il arrive à Évian le 7 août en compagnie d’un convoi de rapatriés originaires de Lens et d’Avion, avant de gagner Paris deux jours plus tard.

Le 11 octobre 1917, le premier numéro de L’Artois renaissant reprend son témoignage paru dans La France envahie, dans lequel il dénonçait l’aversion de certains Français à l’encontre des réfugiés en provenance du Nord et de l’Est.

Dès 1914, les premiers convois de réfugiés descendent vers le sud et sont répartis dans divers départements. Si chacun se serre les coudes au début du conflit, la méfiance et l’hostilité s’installent peu à peu envers ces "étrangers français". Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette réaction.

Le premier d’entre eux est économique. Les réfugiés bénéficient d’une allocation versée par l’État, ce qui suscite des réactions de rejet et de jalousie. Jusqu’au printemps 1915, on les accuse de rechigner au travail. Ce refus, ou du moins ce désintéressement, est en réalité dû à un certain déracinement culturel. Sans oublier que dans les premiers mois de la guerre, tous pensaient que cette situation ne durerait pas, alors pourquoi s’investir outre mesure ?
De plus, les "profiteurs" sont accusés de contribuer, par leur présence, à la hausse des prix et donc au manque de vivres.

Mais ces raisons matérielles ne sont pas les seules. Les oppositions sont surtout d’ordre culturel, religieux ou encore politique. Le 7 décembre 1917, le député socialiste du Pas-de-Calais Henri Cadot le souligne à la tribune de la Chambre des députés : Il y a certains points de la France où on a fait aux réfugiés grief de leurs opinions religieuses et politiques […] [note 1]

Dans les faits, la France est loin d’être unifiée en 1914. Chaque région cultive son langage, son histoire locale et ses propres mœurs. Les stéréotypes sont bien ancrés et les antagonismes entre Nord et Sud bien réels. C’est d’ailleurs dans le Midi que les exilés du Nord se sentent le moins bien accueillis et que l’incompréhension est la plus forte.

L’insulte "Boche du Nord" est rapportée pour la première fois dans le Bulletin des réfugiés du Nord du 25 septembre 1915. Au fur et à mesure des années, le sentiment de rejet s’intensifie. Les dernières vagues d’exilés sont celles qui souffrent le plus de l’animosité de l’arrière. On craint l’espionnage ou encore les femmes légères ayant entretenu des relations avec les Allemands. En règle générale, plus ces populations ont été longtemps en contact avec l’ennemi, plus elles sont l’objet de défiance et d’antipathie.

Fort heureusement, cette tendance est loin d’être générale et de beaux élans d’entraide et de générosité se sont également manifestés durant ces sombres années.

Le martyre des rapatriés

D’un article de M. Basly dans la France envahie.

Les milliers de rapatriés qui sont passés par Évian ou Annemasse n’oublieront jamais les marques de sympathie dont ils furent l’objet pendant leur court séjour en Suisse.
Ils l’oublieront d’autant moins qu’ils ont remarqué avec une peine immense l’indifférence totale qui les entourait à leur rentrée en France.
Il est pénible pour moi qui ai fait les mêmes constatations, d’établir, dans ce journal le contraste frappant qui existe entre les réceptions faites en Suisse aux rapatriés, et l’accueil froid, presque méchant, qui attend nos compatriotes dès qu’ils ont franchi la frontière. 

La réception véritablement chaleureuse et cordiale d’Évian-les-Bains, apporte parmi la foule des malheureux, déprimés par trois années de persécutions allemandes et la vie tragique des caves, une joie profonde.
Mais quel contraste écœurant, comme je l’indiquais plus haut, lorsque nos compatriotes arrivent dans leurs communes d’affection provisoire dans le Midi principalement.
Au milieu de ces populations qui ignorent tout de la guerre, les rapatriés sont considérés comme des pestiférés. Bien plus, certains maires refusent de payer aux réfugiés les secours qui leur sont dus.
Je reçois tous les jours un volumineux courrier qui m’apporte les plaintes de mes compatriotes, leurs regrets même d’avoir été évacués des pays envahis !!!... N’est-ce point tout simplement abominable !

Dans certains centres les rapatriés sont parqués pêle-mêle dans des salles et nourris par des entreprises qui absorbent la totalité des secours alloués. Dans d’autres, ils sont nourris et touchent… 0 fr. 25 centimes par jour.
Ignore-t-on que nos compatriotes sont rentrés en France dénués de tout, avec un maigre butin à la main, et qu’il leur est impossible de se procurer le moindre effet d’habillement.         

Pour moi, puisque le scandale s’étale partout, j’ai l’intention de demander à M. le Ministre de l’Intérieur de qui maires et préfets dépendent, quelles mesures il compte prendre pour mettre un terme au martyre des rapatriés.

L’Artois renaissant, jeudi 11 octobre 1917. Archives départementales du Pas-de-Calais, PF 92/2.

 

Notes

[note 1] Journal officiel. Débats de la Chambre des députés. Séance du 7 décembre 1917, p. 3192.

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