Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 23 juin 2017 - 20h36
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Le 13 juin 1917 : entrée de Pershing à Boulogne

Le 13 juin 2017

L’entrée en guerre des États-Unis en avril 1917, face à l’ampleur et à la brutalité des torpillages allemands, survient à temps pour les Alliés : l’arrivée massive des Sammies va en effet faire basculer le rapport de forces en faveur de l’Entente, et sera accompagnée d’une aide financière essentielle, grâce à l’apport des banques américaines et du Trésor fédéral.

Convoqué peu après à Washington, John Joseph Pershing est nommé au commandement de l'American Expeditionary Force (AEF). Originaire du Missouri où il est né en septembre 1860, il est le descendant d’une ancienne famille alsacienne émigrée aux États-Unis en 1724 (Pfoerschin), mais aussi le gendre du sénateur du Wyoming Francis Warren, président du comité du Sénat aux affaires militaires. Il participe aux campagnes indiennes (1886-1890) comme à la guerre hispano-américaine (1898), assure la pacification des Philippines (1899-1901 et 1909), puis dirige l’expédition punitive contre Pancho Villa (1916). Il a été promu général dès 1906, à la demande du président Theodore Roosevelt : ce choix provoque de nombreuses jalousies, de même que sa nomination ultérieure à la tête de l’AEF. Le gouvernement américain lui donne cependant toute liberté pour la conduite des troupes américaines sur le sol français : la seule contrainte émise par le président Wilson est que les États-Unis conservent toute liberté d'action sur leurs hommes et qu’ils ne se mettent pas en position de dépendance face aux Alliés.

Le 28 mai 1917, un navire de la White Star Line, le transatlantique Baltic, quitte New-York pour l’Angleterre, emportant à son bord le général Pershing et l’état-major des futures armées américaines en Europe.
Arrivé le 8 juin à Liverpool, Pershing est reçu à Buckingham par le roi George V.

C’est dans la matinée du 13 juin 1917 que les premiers soldats américains, dont John Pershing et le lieutenant Patton, débarquent à Boulogne-sur-Mer à bord du navire de guerre Invicta. Ils sont accueillis par les représentants des plus hautes autorités militaires alliées et par le colonel Jacques Aldebert de Chambrun, descendant direct de La Fayette, qui bénéficie à ce titre de la nationalité américaine.

Ce débarquement sur le sol français est un événement historique qu’immortalisent les journalistes, venus en nombre sur le quai, aussi bien que les opérateurs cinématographiques militaires. Une fois les cérémonies protocolaires terminées, le général Pershing est invité à faire le tour de la ville, en attendant de partir pour Paris. On apprendra plus tard que c’était une demande des autorités françaises, pour qu’il puisse y arriver vers dix-huit heures, à la sortie des bureaux, permettant aux Parisiens de lui réserver un accueil massif. La population en liesse se masse en effet sur le parcours du cortège en direction de la place de la Concorde, et il faut que le général Pershing se montre au balcon de l’hôtel Crillon où il loge, pour que la foule consente à se disperser.

Après s’être recueilli sur la tombe du marquis de La Fayette, Pershing charge le capitaine Stanton de dire quelques mots en son nom : ce sera le célèbre La Fayette, nous voilà ! Le président Poincaré le reçoit officiellement, ainsi que la Chambre des députés, le Sénat et l’Académie française.

L’année 2017 marque ainsi les commémorations du centenaire de l’entrée en guerre des États-Unis lors du premier conflit mondial. Afin de commémorer cet épisode boulonnais, la ville de Boulogne-sur-Mer organise des événements sur trois jours, durant lequels les archives municipales présentent dans la salle comtale du musée une exposition bilingue, composée de documents, photographies, films et objets provenant de collections boulonnaises, mais aussi des Archives nationales françaises, anglaises et américaines.

Le général Pershing de passage à Boulogne

Mercredi matin, vers neuf heures et demie, la malle de Folkestone Invicta accostait au quai de débarquement de la gare maritime.
À bord se trouvaient le généralissime américain et sa suite, composée d’environ cent cinquante officiers et ordonnances.
Le général Pershing, venant d’Angleterre, était attendu depuis quelques jours déjà par les autorités.

Dès huit heures et demie du matin, les 7ième et 8ième territoriaux en garnison à Boulogne, tout flambant neuf, en uniforme bleu-horizon et bourguignote en tête, accompagnés de la musique militaire, s’étaient rendus sous les marquises de la gare maritime.
Un fort détachement de marins rendait également les honneurs.

Le bateau aussitôt à quai, les autorités civiles et militaires françaises et alliées montèrent à bord.
M. Besnard, sous-secrétaire d’État à la Guerre, délégué par le gouvernement, après les présentations d’usage, au nom du gouvernement salua le général Pershing.
M. Briens, préfet du Pas-de-Calais, lui a offert le salut des populations du Pas-de-Calais. Il a exprimé sa fierté de pouvoir acclamer, en sa personne, la noble nation américaine magnifiquement dressée contre la Barbarie menaçant le monde et dont les valeureux soldats combattront demain à côté des nôtres, pour la liberté et l’indépendance des peuples.

La France accueille de tout son cœur les petits-fils de Washington venant, avec l’idéal le plus élevé, mêler leur sang généreux à celui des nations alliées pour assurer à jamais le rayonnement de la Justice, le triomphe de l’humanité.

Puis le général Dumas, commandant la Région en termes très applaudis, a offert le salut cordial de l’armée.
Des généraux, représentants du maréchal Joffre, du général commandant en chef des armées du Nord et du Nord-Est ; l’amiral Ronarch ; le général Peltier, attaché à l’état-major américain ; des officiers généraux anglais, ont à leur tour, exprimé leurs souhaits de bienvenue.
Le général Pershing répondit à tous, en anglais, par quelques mots dictés par les circonstances.

Pendant que cette cérémonie se déroulait à bord, la musique militaire avait entamé l’hymne américain, suivi de notre martiale "Marseillaise".

La gare maritime était pavoisée de mille drapeaux aux couleurs des Alliés que dominait le drapeau américain aux multiples étoiles.
Inutile de dire que les autorités civiles et militaires étaient en grande tenue et au grand complet.

Outre les autorités déjà mentionnées, nous avons remarqué M. Whitman, consul des États-Unis, M. le général Peltier, un glorieux mutilé, délégué aux armées américaines, l’amiral Ronarch, M. le gouverneur, colonel Daru, M. le colonel Meunier, président du conseil de guerre de la Région du Nord. M. le colonel Villette, commandant la gendarmerie, M. le président du tribunal Desfontaine, M. Certeux, sous-préfet de Boulogne, M. Valleins, commissaire spécial, M. Kind, commissaire central, MM. Vieillard et Pellocq, commissaire d’arrondissement, et d’autres et d’autres…

Notons également la présence d’une nuée de journalistes américains et parisiens, voire même des photographes et cinématographistes plus ou moins officiels.
Accompagné de M. Besnard, des généraux Dumas, Peltier, de l’amiral Ronarch et d’autres officiers supérieurs, le général Pershing passa en revue les troupes de la garnison qui rendaient les honneurs.

Et encore une fois, nous entendons l’hymne américain et la "Marseillaise".

Le général Pershing ayant manifesté le désir de faire un tour en ville, monta en auto, accompagné des autorités et alla au Château.
Après cette petite promenade, le général Pershing revint prendre le train spécial qui était garé, près de la gare maritime, sur le quai Chanzy.

M. Frot, inspecteur principal de la Cie du Nord, avait été chargé de l’organisation de ce train et il s’acquitta de sa tâche avec une compétence qu’il nous faut reconnaître.
Une foule énorme et sympathique, parmi lesquelles, les autorités, salua une dernière fois le général Pershing et la suite quand le train s’ébranla vers onze heures et demie pour se diriger sur la gare centrale et sur Paris où il arrivera dans le courant de l’après-midi.

Le service d’ordre a été parfait sous la direction de M. Valleins, commissaire spécial. La gendarmerie, la police municipale aidée de la police anglaise, ont coopéré à ce service avec beaucoup de tact.
Favorisée par un temps superbe, cette réception au cours de laquelle, il n’y eut aucun incident, dut impressionner par sa spontanéité et son enthousiasme le généralissime américain.

Le Télégramme, jeudi 14 juin 1917. Archives départementales du Pas-de-Calais, PG 9/27.

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