Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 23 août 2017 - 12h04
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Le 14 août 1917 : appel des sinistrés à une délégation locale de la reconstruction

Le 14 août 2017

Au lendemain de l’offensive du printemps 1917, l’état de destruction et la situation des populations en zone libérée prennent l’administration au dépourvu. Les projets antérieurs étaient élaborés en s’appuyant sur l’idée que les réfugiés pourraient rapidement réintégrer leurs lieux de résidence. Mais le niveau apocalyptique de dévastation remet totalement en question cette organisation. De plus, la dangerosité de certaines communes proches des combats interdit tout retour des civils.

À cette constatation viennent s’ajouter de nombreux problèmes à régler. Les réfugiés se plaignent, à juste titre, de la complexité et de la lenteur dans la délivrance des sauf-conduits et des permis de séjour. Le conseiller général du canton de Croisilles Henri Bachelet signale ainsi au représentant de l’État le cas d’un habitant de Courcelles-le-Comte qui, après trois convocations au commissariat et à la préfecture, n’a toujours pas obtenu de sauf-conduit. Et le cas est loin d’être isolé.

Ces dysfonctionnements sont dus en grande partie au chevauchement des autorités militaires françaises et britanniques, premières habilitées à délivrer les autorisations de circuler. Ce contexte tendu engendre de houleuses interventions lors des débats parlementaires, ainsi les 27 et 28 juillet 1917, avec les interpellations entre autres des députés Klotz ou Ceccaldi, lequel affirme qu’il y a intérêt à utiliser les pouvoirs locaux dans ce domaine et non l’administration centrale [note 1].

Aussi, lors de sa réunion du 14 août 1917, l’association des sinistrés du Pas-de-Calais décide de demander au gouvernement d’intervenir auprès des autorités militaires afin de simplifier les procédures et de décentraliser davantage de pouvoir aux administrations locales.

Dans le même esprit, elle réclame une plus grande liberté pour ces dernières dans l’organisation de la reconstruction. En avril 1917, le président du conseil général du Pas-de-Calais affirme déjà que l’initiative industrielle ferait des miracles, tandis que les grands projets sont difficiles à mettre en route [note 2]. Il ajoute, en novembre 1917 : il fallait faire rentrer au mois de mai les populations qui le demandaient, puisque l’État n’était pas à même de remplacer nos maisons détruites ; nous aurions semé et construit des abris de fortune [note 3].

L’insuffisance des baraquements découle de plusieurs facteurs : la flambée du prix des matières premières et les difficultés d’acheminement de certains matériaux, le manque d’ouvriers, soit mobilisés soit déportés en Allemagne, les réquisitions ou encore l’insuffisance de l’aide militaire.

À la fin de cet été 1917, il est nécessaire d’accélérer le processus. Pourtant, l’État peine à apporter une réponse efficace, si bien que dans un article paru dans l’Artois renaissant du 13 décembre 1917, Henri Bachelet se désole que les rapatriés installés dans l’intérieur de la France ne sont pas assez encouragés à rentrer ; un certain nombre ont obtenu des permis de séjour, mais, lorsqu’ils ont constaté l’absence de baraquements provisoires, ils ne se décident pas à s’installer dans les ruines au moment où les rigueurs de l’hiver se font sentir. De ce fait, la vague de retour entamée dans l’été est stoppée par l’hiver 1917-1918.

Association des sinistrés du Pas-de-Calais 

[…] Note remise à M. Ribot, président du Conseil des ministres, au nom de l’association des sinistrés du Pas-de-Calais par ses délégués :

MM. Courtin Paul, président de l’association ; Reumaux Élie, président de la commission industrielle ; Bachelet Henri, président de la commission agricole ; Boulanger Jules, président de la commission de reconstitution ; Duquesne Auguste, président de la commission commerciale, assistés de MM. Coubet Aimé, Chabe Amédée, Beugnet Gaston, Provensal, membres desdites commissions.
Présentés par M. le préfet du Pas-de-Calais, M. Basly, député, maire de Lens ; et M. Boulanger Narcisse, député.

L’association des sinistrés du Pas-de-Calais, vivement émue des lenteurs apportées à la réorganisation des régions récupérées du Pas-de-Calais, où la vie normale peut reprendre son essor, sollicite l’intervention de M. le président du Conseil, en vue de supprimer les obstacles qui s’opposent à leur restauration. 

Depuis la délivrance de nos contrées, l’association recherche par tous les moyens pouvant être mis en pratique, la solution la plus rapide à cette importante question. Elle se heurte continuellement aux mêmes difficultés, et, de l’évidence même des faits, des décisions prises au sein de ses réunions, comme de l’avis de plusieurs de ses membres qui ont visité les régions reconquises, il ressort qu’actuellement il y a urgence à satisfaire aux vœux que la délégation se permet de vous soumettre ;

Considérant que les rapatriements dans les régions récupérées ne peuvent avoir lieu qu’à la condition que des abris soient installés pour y recevoir les habitants ; que les villages libérés depuis 5 mois sont encore absolument inhabités, malgré les nombreuses demandes dont l’administration préfectorale a été saisie ; que les abris provisoires en bois, envoyés dans le Pas-de-Calais par le ministère de l’Intérieur sont non seulement en nombre insuffisant, mais construits avec des matériaux défectueux et de mauvaise qualité qui en rendraient le séjour inhabitable en hiver ;

Que d’autre part les adjudicataires qui, à la demande du préfet, avaient soumissionné pour la fourniture de plusieurs milliers d’abris en ciment bétonné, ont été mis en demeure de résilier leurs marchés sur un ordre venu du ministre de l’Intérieur, alors que les types offerts présentent des avantages incontestables au point de vue du prix, de la durée et de la préservation contre les intempéries ;

Qu’il est illusoire et décevant de laisser croire aux populations sinistrées, qu’il existe une zone libérée où elles pourront se remettre au travail, alors que des formalités inexplicables dont la durée est plus de 2 mois, retarde la rentrée des habitants ;

Qu’actuellement cette rentrée est devenue impossible avant l’hiver quand elle aurait pu se produire depuis quelques mois, pour effectuer quelques semailles de printemps et préparer utilement les semailles d’automne ;

Les délégués font appel à la haute autorité de M. le président du Conseil pour faciliter la réorganisation de la vie économique dans les pays récupérés ;

Ils demandent qu’il soit laissé au préfet et à la commission technique départementale le soin de se procurer les abris provisoires en faisant appel aux industries locales mieux placées pour se procurer les matériaux nécessaires qu’elles trouvent dans la région, tout en réalisant une sérieuse économie de temps et de frais de transport ;

Ils estiment qu’il importe que les entrepreneurs puissent préparer les matériaux nécessaires et notamment la brique, dont la production est facile dans la plupart des terrains du Pas-de-Calais et qu’il y a lieu de procurer aux industries intéressées les moyens de travailler et aussi de tirer parti de tous autres matériaux dont le Département est gros producteur, tels que pierres, ciments, tuiles, carreaux, fers, zinc et verres à vitres, etc.

Que les industriels soient autorisés à établir les ateliers pour le fer, le bois et en général tous les éléments indispensables à la construction qui, par une sage prévoyance, seraient ainsi réunis dans des magasins à proximité des gares et des lieux où ils seraient mis en œuvre en temps opportun ;

Qu’il y a lieu d’encourager, et d’aider par un concours financier, les initiatives privées afin d’arriver aux meilleurs résultats pratiques ;

C’est pourquoi l’association des sinistrés du Pas-de-Calais prie M. le président du Conseil, sénateur du Pas-de-Calais, d’intervenir auprès du Grand Quartier général britannique pour faire cesser les interminables lenteurs apportées à la délivrance des laissez-passer et des permis de rentrée définitive, et de conférer au préfet et aux maires le soin et la responsabilité de désigner les habitants susceptibles de rentrer, étant donné que les autorités civiles françaises sont plus qualifiées et mieux placées que les autorités britanniques pour juger de l’honorabilité de leurs concitoyens.

La France du Nord, mercredi 22 août 1917. Archives départementales du Pas-de-Calais, PG 16/96.

Le 27 juillet 1917, Edmond Equoy, rédacteur en chef du Télégramme du Pas-de-Calais depuis mars 1917, dénonçait déjà la centralisation des pouvoirs qui provoquait l’incurie de l’État à débloquer rapidement et efficacement la situation.

Dans un nouvel article du 17 août 1917, c’est donc tout naturellement qu’il encourage l’initiative de l’association des sinistrés du Pas-de-Calais.

[…] Le "Télégramme" s’associe de tout cœur aux observations de l’association des sinistrés du Pas-de-Calais. S’en remettre aux spécialistes régionaux, utiliser la main-d’œuvre locale et les matériaux du pays, réaliser un programme de reconstruction définitive, abattre les obstacles à la circulation, c’est la nature même du programme que nous tracions ici-même.

Il faut en finir avec la politique à courte vue, il faut en finir avec la routine, il faut voir grand car nos régions dévastées sont en droit de prétendre non seulement à des réparations légitimes, mais à un essor économique, à un bien-être qui les dédommagera, dans la mesure du possible, des souffrances physiques et morales si patriotiquement supportées.

Edmond EQUOY

Le Télégramme, vendredi 17 août 1917. Archives départementales du Pas-de-Calais, PG 9/28.

 

Notes

[note 1] Journal officiel de la République française. Débats parlementaires. Chambre des députés. Séance du 28 juillet 1917

[note 2] Archives départementales du Pas-de-Calais, 11 R 857.

[note 3] Ibid.

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Bibliographie

P. NIVET, Les réfugiés français de la Grande Guerre. Les "Boches du Nord", Paris, éditions Economica, 2004, 598 p. Archives départementales du Pas-de-Calais, BHB 7169.

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