Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 17 novembre 2017 - 20h10
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Le 14 septembre 1917 : la protection de l’enfance

Le 14 septembre 2017

Au XIXe siècle, apparaît en France le concept de crèche, au bénéfice d’enfants jusque-là massivement confiés au voisinage ou à des frères et sœurs plus âgés dans les familles les plus pauvres, et à des nourrices pour les plus aisées. A l’initiative d’un avocat, membre du conseil municipal de Paris, Firmin Marbeau, les premières crèches parisiennes ouvrent en 1844, suivies par celles de Brest, Bordeaux, Nantes ou encore Orléans. Ce n’est pourtant que le décret du 2 mai 1897 et un règlement ministériel du 20 décembre suivant qui vont constituer la base de la législation des crèches en France.

Puisque la nécessité de travailler pour vivre éloigne de plus en plus les mères de leur domicile, il est vite entendu que ces structures doivent garantir des conditions hygiéniques meilleures que celles trouvées dans la plupart des logements ouvriers et que l’enfant doit y être mieux traité, grâce à la visite fréquente d’un médecin et à un régime alimentaire régulier, tout en maintenant inférieure au salaire perçu la dépense engagée par les familles.

On constate néanmoins beaucoup de disparités dans l’ensemble du territoire avant-guerre. S’il existe quelques chambres d’allaitement dans les grands établissements industriels du Nord de la France, la plupart des crèches sont des œuvres soutenues par des souscriptions privées, même si elles font appel aux subventions de l'État, du département ou de la commune, tandis que les crèches municipales restent en nombre très limité.

Puisque travailler pour répondre aux besoins économiques de la famille et du pays est un incontournable devoir des femmes en cette période de conflit, Louis Robichez s’interroge, dans les colonnes du Télégramme : au moment même où l’autre devoir des Français est d’avoir plus d’enfants, comment en assurer la garde et la santé, et quelle implication de l’État est-on en droit d’attendre ? Rappelons que le ministère Clemenceau a décidé, le 12 juillet 1917, de créer la première école d’auxiliaires de puériculture (l’École centrale de puériculture), sous la surveillance de la Ligue contre la mortalité infantile, fondée en 1902 et présidée par Paul Strauss.
C’est justement ce dernier qui a attaché son nom aux premières mesures destinées à protéger la future maman et son bébé : souhaitant amplifier son rôle et s’étendre aux enfants d’âge scolaire, la Ligue deviendra en 1922 le Comité national de l’enfance.

La protection de l’enfance

Le premier de tous les devoirs pour les Français est d’avoir plus d’enfants.
Dans le même ordre d’idées, un autre devoir urgent est de préserver et de faire vivre les petits êtres, espoir et fortune de la patrie.

Or, depuis la guerre, la mortalité infantile a augmenté dans d’effrayantes proportions. Tandis qu’à Paris on n’enregistre que 600 naissances par semaine au lieu de 950 en temps de paix, il meurt trois fois plus d’enfants en dessous d’un an qu’en 1914. Et la situation n’est pas meilleure dans les départements.

Le travail des femmes dans les usines en est, d’après d’éminents spécialistes, la cause principale.
Obligées de renoncer à l’allaitement au sein, les jeunes mères doivent recourir à l’élevage au biberon. On sait les ravages exercés par ce déplorable système dans les milieux populaires.

Il y a des moyens de remédier, dans une mesure efficace, à cet état de choses : ces moyens sont la création de salles d’allaitement dans tous les ateliers et l’institution de crèches, dans tous les quartiers ouvriers.

Avant la guerre, des chambres d’allaitement existaient dans nombre d’établissements industriels du Nord et rendaient de signalés services. Il serait nécessaire de les multiplier partout, car elles permettent aux femmes de remplir un des grands devoirs de la maternité, en sauvegardant, en même temps, les intérêts des industriels. La mère peut élever son enfant et subvenir par son travail, aux besoins de la famille.

Les crèches sont plus utiles encore. Dans les villes où elles fonctionnent, selon les prescriptions de l’hygiène moderne, les statistiques accusent une mortalité infiniment moindre pour les nourrissons.
La fréquentation d’une crèche, beaucoup moins onéreuse aux mères, est aussi infiniment plus salutaire que la garde chez les voisines.

Ce sont ces raisons qui ont poussé les œuvres privées et les municipalités à créer des crèches dans les villes. Paris, pour 2 888 110 habitants, 69 et la banlieue, 46 ; Tours, pour 73 398 habitants, en a 11. Cette dernière ville peut être citée en exemple à ce point de vue.

Il faut que le mouvement en faveur de la création de crèches municipales ou privées s’accentue. Ces institutions vont devenir de plus en plus indispensables, les conditions d’existence de la femme se modifiant profondément, sous la poussée des évènements.

Plus les usines se peupleront d’ouvrières et plus aussi la protection de l’enfance devra être effective. Il y a là une question capitale pour l’avenir de notre pays.
À quoi servirait-il de supplier un Français de donner plus d’enfants au pays, si la société, qui exige le travail des femmes hors de chez elles, ne pouvait assurer aux mères la garde de leurs chers bébés et la défense de leur santé ?

Louis ROBICHEZ

Le Télégramme, vendredi 14 septembre 1917. Archives départementales du Pas-de-Calais, PG 9/28.

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