Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 18 octobre 2019 - 13h33
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Le 26 juillet 1917 : capture d’un sous-marin allemand à Wissant

Le 26 juillet 2017

En 1917, le conflit s’enlise. L’Allemagne comprend alors qu’elle ne pourra plus supporter encore longtemps cette guerre d’usure et décide de frapper vite et fort pour contraindre ses ennemis à hisser le drapeau de l’armistice. C’est pourquoi le Kaiser décide de reprendre et d’intensifier la guerre sous-marine, dans le but d’asphyxier économiquement le Royaume-Uni et la France avant que son empire ne s’effondre.

Alors que les opérations navales de 1914 à 1916 s’appuyaient sur une flottille de 25 sous-marins, la guerre sous-marine à outrance de 1917 engage 128 bâtiments (26 en Adriatique, 3 en Mer Noire, 2 en mer baltique et 97 rattachés aux bases allemandes ou flamandes). Les U-bootes, à la pointe de la technologie, sont des titans des mers, forts de 850 à 1000 tonneaux, naviguant à une vitesse de 16 nœuds en surface et de 8 en plongée, et disposant d’une autonomie de 7 000 miles nautiques. 

À côté de ces monstres des mers, la flotte s’adjoint le service d’autres classes de navires, employés pour des missions précises : les petits sous-marins de type UB servent à défendre les côtes tandis que les UC sont destinés au mouillage de mines. Le sous-marin échoué à Wissant le 26 juillet 1917 appartient à cette dernière catégorie de vaisseau. Leur mission principale est la pose de mines en eaux territoriales britanniques.

Au risque de déclencher les foudres des États-Unis, l’objectif de l’Allemagne est de couler 800 000 tonnes par mois afin de faire fléchir le Royaume-Uni. Les résultats des premiers mois sont d’ailleurs encourageants : 540 000 tonnes en février, 593 000 tonnes en mars et, point culminant, 881 000 tonnes en avril. Néanmoins, la courbe fléchit le mois suivant pour descendre à moins de 400 000 tonnes en août.

À cette date, la tendance s’inverse, comme le résume Lloyd George en 1918 : Nous coulons plus de sous-marins que les Allemands ne peuvent en construire ; nous construisons plus de navires que les Allemands n’en coulent. La guerre sous-marine est encore une menace, elle n’est plus un danger. Nous avons conjuré le péril le plus grave que nous ayons eu à affronter.

Cet épuisement est dû à la réorganisation française et britannique du dispositif de lutte anti-sous-marine. Conscients que leur défense passive comprenait de nombreuses failles, les Alliés ont renforcé leurs mesures. C’est ainsi qu’au terme de la conférence de Corfou du printemps 1917, les Britanniques acceptent d’escorter les convois d’approvisionnement, ce qui complique le travail de sape des sous-marins allemands. Les autres moyens de lutte anti-sous-marine sont perfectionnés, auxquels s’ajoutent le développement de l’aviation navale, l’armement des bateaux de pêche et la surveillance accrue des côtes.

C’est d’ailleurs cette dernière qui permet de repérer un phénomène étrange au large du Cap Gris-Nez dans la nuit du 25 au 26 juillet. Un UC allemand est effectivement en difficulté et est contraint d‘échouer au large de Wissant. Après avoir détruit volontairement ce qui restait de leur bâtiment, l’équipage sain et sauf est capturé et exhibé dans les rues de Calais. Ce fait exceptionnel est largement relayé, comme ici dans l’ouvrage d’Albert Chatelle, Calais pendant la Grande Guerre. Des débris du UC-61 sont toujours visibles aujourd’hui sur la plage de Wissant.  

Un sous-marin allemand capturé à Wissant 

L’enseigne de vaisseau Guichard, commandant un groupe de vedettes en surveillance au large du Gris-Nez, eut, dans la nuit du 25 au 26 juillet 1917, une belle émotion. Par un temps si parfaitement calme, que l’on aurait entendu le moindre son de voix à plus d’un mille et au milieu d’un brouillard si épais qu’il ne distinguait ni l’avant ni l’arrière de sa vedette, le commandant entendit, vers deux heures du matin, le ronronnement caractéristique d’un moteur électrique passant lentement non loin de son bord.
"… Nous écoutons, le cœur battant, a-t-il dit [note 1], une voix rauque s’élève et lance un commandement dans lequel je distingue nettement les syllabes recht et auf…"

Dans la brume épaisse les vedettes s’efforcent en vain de découvrir la piste, prêtes à lancer leurs torpilles ou leurs grenades ; mais le brouillard rend folles toutes recherches et le sous-marin, perdu, continue sa route à tâtons…
Il ne devait plus aller bien loin.           

Vers cinq heures du matin, le douanier Serin, se trouvant sur la plage de Wissant, entrevit, dans le brouillard, une masse noirâtre à quelque distance du bord de l’eau. Réquisitionner la barque de pêche du patron Ternisien, y grimper avec trois collègues (les douaniers Lambert, Delcroix et Tedellec) fut chose vite faite. À force de rames, le canot se dirige vers la chose mystérieuse et se trouve bientôt en présence d’un sous-marin qui, tous moteurs en marche, tentait vainement de regagner la haute mer. Sur le pont, une quinzaine de marins, portant des ceintures de sauvetage, travaillaient activement à jeter des munitions à la mer.       

Quelle était sa nationalité se demandèrent les douaniers ? Aucun signe de reconnaissance ne permettait de l’identifié. Le canot se rapprocha encore un peu et un douanier, se servant de ses mains en guise de porte-voix, s’écria :
̶  Ohé, du bateau, parlez-vous français ? 

La réponse étant arrivée affirmative, le douanier Serin demanda :
̶  Êtes-vous Français ou Anglais ?
̶  …           

Et, comme il ne recevait aucune réponse, il insista à nouveau ; mais, du haut de son poste de commandement, le commandant du sous-marin cria, d’une voix claire, cette réponse classique depuis Waterloo :
̶  Tu nous em…           

Ce n’est sûrement pas un bâtiment de Sa Majesté Britannique, pensèrent nos douaniers, vexés d’une telle désinvolture. Impuissants devant le nombre, ils firent demi-tour, regagnèrent la plage et prévinrent, par téléphone, toutes les autorités militaires de Calais qu’un sous-marin inconnu, parlant français comme feu Cambronne, était échoué sur la plage de Wissant.

Le sous-marin, qui venait de finir si piteusement sa carrière, était l’UC-61 (commandant : lieutenant de vaisseau Georg Gerth), mouilleur de mines d’un tonnage d’environ 400 tx, long d’une cinquantaine de mètres. Son armement comprenait trois tubes lance-torpilles, un canon de 88 m/m. À chaque croisière il emportait cinq torpilles-automobiles, plusieurs centaines d’obus, des bombes à main pour couler les navires non armés et, surtout, dix-huit mines pesant chacune près de deux cents kilos. Disposés à l’avant dans des « puits » verticaux traversant de part en part le navire, elles pouvaient être immergées automatiquement du poste de commandement sans que le sous-marin fut obligé d’être en surface. Le bâtiment, munis de moteurs à explosions et de moteurs électriques, possédait, en outre, la T.S.F. Son équipage comprenait trois officiers et vingt-deux hommes. Parmi ceux-ci se trouvaient trois engagés volontaires de 19 ans et un second pilote qui, en surnombre de l’effectif, faisait sa première sortie et aussi la dernière !...

L’UC-61, construit à Brême, était entré en service à la fin de décembre 1916, sous une étoile fort peu brillante. Il avait accompli seulement quatre croisières et commençait sa cinquième lorsqu’il s’échoua.

La première croisière est un raid d’entraînement, la seconde, par suite d’avaries, ne dure que sept jours. Le UC-61 avait dû plonger à plus de 60 mètres pour échapper aux grenades d’un contre-torpilleur, ce qui, par la grande pression, avait provoqué une rentrée d’eau inquiétante, près d’un chalutier dont le tir le force à redescendre précipitamment et avec une inclinaison telle que l’eau, embarquée, avarie les moteurs électriques et les rend inutilisables. L’UC-61 est donc obligé de naviguer en surface et, au bout de trois jours, rentre à Zeebrugge sans avoir été aperçu de nos patrouilles, mais après une croisière complètement nulle. Au bout de sept semaines de réparations, il repart. Il est à peine hors de la rade de Zeebrugge qu’il s’avarie dans un filet anglais et fait aussitôt demi-tour.
Sa quatrième croisière donne enfin un résultat : elle commence fin juin et dure 18 jours. L’UC-61 mouille des mines aux Pierres-Noires (sur lesquelles, le 27 juin, sautera le cuirassé français Kléber), puis croise dans le golfe de Gascogne et le long de la côte anglaise. Il rentre finalement à Zeebrugge après avoir péniblement coulé 3 voiliers et 2 vapeurs.

Le 25 juillet, l’UC-61 quitte Zeebrugge à une heure de l’après-midi pour sa cinquième croisière.
Le commandant avait l’ordre de mouiller des mines devant Boulogne et le Havre, et de s’établir ensuite en croisière dans l’Atlantique.           
Pendant la nuit, il passe le barrage de la côte belge [note 2], puis, en surface, suit de très près la côte française à partir de Gravelines et traverse la rade de Calais.

À partir de Sangatte il navigue très lentement à cause du brouillard et c’est là qu’il passe à quelques mètres de l’étrave de la vedette du commandant Guichard, noyé, lui aussi, dans la brume épaisse. Le premier pilote (Steuermann) nommé Lengs, ancien pilote des compagnies allemandes de navigation, connaissait bien les atterrages du détroit ; il est de veille au poste de commandement pour le passage du Gris-Nez.   

À 4 h 20 du matin, le sous-marin talonnait plusieurs fois. Le commandant, qui était à l’intérieur, monta aussitôt sur le pont et crut qu’il était échoué sur la Bassure de Baas. Lorsque le brouillard se leva un peu, il s’aperçut alors de sa position exacte. À huit cents mètres apparaissaient des villas dispersées dans les dunes autour du mince clocher de Wissant.

Sans perdre de temps, le commandant essaye de se déséchouer à l’aide de tous ses moteurs ; puis, pour délester son navire, il fait sortir les torpilles des deux tubes avant, jeter à la mer une grande quantité de projectiles et lancer à toute vitesse ses moteurs en avant puis en arrière. Il était trop tard ; la mer baissait déjà, abandonnant à son triste sort le grand squale d’acier.

Par T.S.F., l’UC-61 prévint la station des sous-marins de Bruges de son échouage ; puis, sur l’ordre du commandant, l’équipage se prépara à faire sauter le navire en disposant, en différents endroits, les bombes destinées à couler les bâtiments non armés. Celles-ci, allumées, tout le monde se jeta à l’eau et gagna facilement la plage.

En courant à Wissant téléphoner au Gouverneur de Calais, les douaniers avaient prévenu un poste de cavalerie belge voisin. Celui-ci se hâta d’envoyer sur la plage un détachement de quarante cavaliers en armes. Il y arriva juste à temps pour faire prisonnier tout l’équipage. Déjà, sur le sous-marin, les premières explosions se faisaient entendre. Le commandant de l’UC-61 déclara alors à un capitaine de l’armée belge qui voulait aller à bord : "… Je vous en prie, n’en faites rien, nous sommes tous ici et mon bateau va sauter d’un instant à l’autre…".

Presque aussitôt, de nouvelles explosions se produisaient, coupant le sous-marin en deux. Les réservoirs de pétrole ayant pris feu, un immense panache de fumée et de flammes monta vers le ciel. L’arrière du sous-marin est en flammes et, seule, la marée montante éteindra, vers 4 heures de l’après-midi, l’incendie qui a épargné l’avant où les dix-huit mines et une torpille ne sont pas détruites.

Les autorités militaires ne tardèrent pas à accourir. Le commandant du Front de mer et le commandant de la marine, en arrivant les premiers, trouvèrent l’équipage devant la mairie de Wissant. Les interrogatoires commencèrent aussitôt ; entre temps, le général Ditte, Gouverneur de Calais, et le vice-amiral Ronarc’h, commandant supérieur de la marine de la Z.A.N., étaient également arrivés.
Un service d’ordre fut établi sur la plage pour empêcher toute la population du village d’approcher de l’épave.           

À l’interrogatoire, seul, un engagé volontaire refusa de répondre et se borna à donner son nom. Le commandant de l’UC-61 essaya de déclarer qu’il avait fait le tour de l’Écosse pour venir devant Calais, mais il ne tarda pas à avouer qu’il avait tout simplement franchi le barrage du P. de C. pendant la nuit.  Il fut ensuite l’un des plus loquaces et s’excusa presque d’être assez mal documenté. La plupart des marins capturés ne cachaient pas une satisfaction évidente de terminer de cette façon une existence à coup sûr rude et pleine de périls.

Lorsque l’on fouilla le "Steuermann" Lengs, qui lui aussi, parlait fort bien français, il fut trouvé porteur de billets de un franc des Chambres de commerce de Boulogne et de Calais. Il refusa toujours de faire connaître comment ces billets, émis pendant la guerre, étaient en sa possession.

Encadré par un peloton de cavaliers belges, l’équipage de l’UC-61, officiers en tête, fut conduit à Calais, en passant par Hervelinghen et Saint-Inglevert. Il fit une entrée sensationnelle en ville, où il obtint un vif succès de curiosité. C’étaient tous [des] jeunes gens robustes, de 20 à 28 ans, vêtus d’un complet en toile cirée noire et coiffés d’un béret de même tissu. Par les boulevards Gambetta et Jacquard, on les conduisit à la Citadelle en attendant leur départ pour un camp de prisonniers.
La nouvelle de la capture du sous-marin, très rapidement connue de la population calaisienne, avait provoqué une très vive émotion et une grande satisfaction.

Le sous-marin, s’enlisant rapidement dans les sables, une commission d’officiers, nommée par l’amiral Ronarc’h, s’empressa de prélever sur l’épave tout ce qui pouvait être intéressant à étudier, notamment, les périscopes, les microphones, etc.
 Huit mines furent dégagées et transportés au Front de mer de Calais pour y être démontées. Des soutes du sous-marin, les artificiers de l’arsenal avaient extrait 300 obus.           

Pendant une tempête, qui dura deux jours (28 et 29 août), l’UC-61 s’enfonça brusquement d’un mètre cinquante dans le sable, ce qui rendit impossible l’enlèvement des dernières mines et de la dernière torpille.
Pour se débarrasser d’une façon pratique de ces deux mille kilos d’explosif, l’on décida que le sous-marin servirait de but à des essais de tir d’un mortier belge nouveau modèle.           

Le 4 septembre, le tir s’acheva avec la quinzième bombe, qui provoqua l’explosion de toutes les mines. La déflagration formidable lança, à 80 mètres de hauteur, une trombe d’eau de plus de 40 mètres de diamètre se soutenant pendant près de quinze secondes.
Sous une pareille éruption une moitié de l’UC-61 se souleva, fit demi-tour et retomba sans dessus dessous. Le sous-marin n’était plus qu’un amas de ferraille.           

En 1920, l’épave fut vendue par les soins de l’inscription maritime de Calais et adjugée 1.500 fr. à un habitant de Wissant, M. Charlemagne Honvaut, qui, avec l’aide du chef-artificier Carton, ancien gardien de batterie à Calais, réussit encore à en retirer d’importantes quantités de bronze et de cuivre en y faisant exploser des charges de mélinite. Les débris de l’ancien sous-marin disparaissent maintenant de plus en plus sous les sables de la baie ; la photographie que nous donnons ci-contre, prise en juillet 1927, en est un saisissant exemple.

Albert Chatelle, Calais pendant la guerre, Paris, librairie Quillet, 1927, pp. 163-165. Archives départementales du Pas-de-Calais, BHD 32. 

 

Quelques semaines plus tard, la France du Nord republie un article de l'Écho de Paris apportant d'autres renseignements sur l'épilogue de cette affaire.

Le Sous-Marin de Wissant

Les mines boches      

Notre confrère Eugène Tardieu, de l’ "Écho de Paris", publie sur le sous-marin boche échoué à Wissant, il y a quelques semaines, les intéressants détails suivants :

J’ai vu dans un hangar de marine une mine boche qu’on venait de repêcher et qu’on avait rendue inoffensive en lui dévissant ses antennes. Imaginez un gros œuf d’autruche noir, haut de près d’un mètre, ayant dans sa partie la plus large environ 75 centimètres de diamètre.

Quatre antennes comme les cornes d’un limaçon, disposées sur le dessus, contiennent un tube de verre plein d’un liquide qui, en se mélangeant avec le contenu du gros œuf, provoque l’explosion.

Qu’une de ces cornes touche un bateau, le tube se brise et la mine saute. Elle est suspendue entre quatre montants de fer verticaux reliés par des charnières à une lourde base où se trouve un petit treuil avec un câble enroulé dont le bout est attaché au bas de la mine.

On coule le tout ensemble. En touchant le fond, un déclenchement se produit, les montants se rabattent horizontalement, le câble se déroule et la mine détachée remonte jusqu’au bout du câble, dont la longueur est calculée pour qu’elle flotte entre deux eaux à la profondeur voulue, afin que s’y heurtent les navires qui passent. Ainsi elle est comme à l’ancre.

Les petits bateaux et les chalutiers qui ont la mission périlleuse de repêcher ces mines et dont les équipages sont composés de héros trop peu connus sont constamment en route. Ils traînent derrière eux, au bout d’un câble, une sorte de ciseau flottant entre deux eaux qui coupe au passage le fil reliant la mine à son ancre. Détachée elle vient en surface, on la remorque alors jusqu’à une plage où on la fait sauter.

Il y a une quinzaine de jours, un sous-marin allemand qui contenait dans ses flancs dix-huit mines comme celle que je viens de vous décrire et qu’il allait poser dans le Pas-de-Calais, est venu s’échouer sur une petite plage voisine du cap Gris-Nez. J’ai pu visiter cette intéressante épave entièrement découverte à marée basse.

Une mutinerie à bord

On m’a raconté que le commandant du sous-marin se voyant enlisé dans le sable et incapable de reprendre la haute mer, voulait faire sauter le bateau avec lui et l’équipage, plutôt que d’être fait prisonnier. Mais, ses hommes, parmi lesquels se trouvaient, paraît-il des déserteurs repris, et embarqués de force l’auraient menacé de mort.

Ils se sont donc rendus aux douaniers et aux garde-côtes, non cependant sans avoir mis le feu au sous-marin. Une explosion a séparé l’arrière de l’épave, mais l’eau a fait plus de dégâts que le feu dans cette machinerie délicate, dès que la coque éventrée ne la protégea plus.

Je ne suis pas assez compétent pour risquer une description technique de ce redoutable engin de guerre.

Pour moi, c’était comme un grand bateau de fer, long de 50 mètres et tout plein de bielles, de manivelles, de pistons, de ressorts d’horlogeries, déjà rouillés avec un grand puits béant qui du capot allait au fond : c’est le poste de commandement.

Le canon avait déjà été enlevé, mais le tube lance-torpilles était toujours là avec sa torpille et les mines dans les cavités d’où elles doivent se détacher par un déclic.

Des officiers et des mécaniciens de la marine m’ont accueilli sur cette épave glissante où la promenade était peu commode. Ils étaient occupés à démonter les pièces du monstre échoué, qui ne pourra plus nuire.

Sur la plage, des cavaliers belges caracolaient devant les dunes que dorait le soleil enfin revenu. La mer, laiteuse et tranquille, s’était retirée très loin. A l’horizon quelques robustes silhouettes empanachées de fumée noire indiquaient que le détroit était bien gardé. J’avais quelque délice en respirant la brise salée du large, à piétiner cette terreur de mer réduite à l’état de ferraille.

La France du Nord, vendredi 24 août 1917. Archives départementales du Pas-de-Calais, PG 16/96.

Notes

[note 1]  "Au large" par L. Guichard.

[note 2] Voir "Dunkerque pendant la Guerre".

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Vue en coupe d'un pont sous-marin.

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