Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 24 septembre 2017 - 19h23
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Le 5 septembre 1917 : l’école moderne de Doullens

Le 5 septembre 2017

Au lendemain de la première bataille d’Artois, l’autorité militaire exhorte les civils à évacuer Arras. Afin d’inciter les habitants à partir, l’administration organise des convois de départ. Un premier convoi de 400 personnes prend ainsi le chemin de l’exil au petit matin du 10 février 1915.

Au printemps, alors que s’accélèrent les préparatifs de la deuxième bataille d’Artois, les autorités procèdent au recensement des enfants de moins de 14 ans et encouragent les parents à les soustraire aux risques qu’ils encourent en demeurant au plus près des zones de combats. Pour faciliter leur transfert et leur accueil, la Fédération des amicales d’instituteurs et institutrices de France et des colonies crée l’Accueil français en février 1915. Cette association se charge de recueillir et de placer gratuitement dans des zones plus sûres, pendant la durée de la guerre, les enfants des réfugiés belges et français.

Bien que grandement désorganisées, les écoles tentent tant bien que mal de poursuivre leur mission pédagogique, comme le souligne l’article suivant, paru dans le Lion d’Arras du 5 septembre 1917. Alors que le quartier de Ronville est la cible des bombardements ennemis (le clocher de l’église de Ronville tombe sous les bombardements le 13 avril 1915), Madame Châtelain se voit contrainte d’abandonner l’école privée catholique qu’elle tenait dans cette partie de la ville. Accompagnée d’une partie de son équipe éducative, elle trouve refuge à Doullens (dans la Somme), dans l’école tenue par son mari. L’établissement qui les accueille existe depuis 1849. À l’origine pensionnat privé d’instruction primaire et supérieur pour garçons, il est rebaptisé École moderne par le directeur Auguste Lecocq en 1905, suite à la promulgation de la loi de séparation des Églises et de l’État. Son but est alors de maintenir un enseignement catholique aux côtés des écoles publiques laïques.

Réquisitionné le 1er octobre 1914 pour être transformé en hôpital complémentaire, l’établissement réussit cependant à maintenir son activité, tout en tenant également une permanence pour les réfugiés.

L’École moderne de Doullens

Je viens de visiter des amis du Lion et de notre Arras.

Peu d’années avant la guerre, M. Châtelain avait fondé à Doullens l’École moderne et tout de suite il avait vu couronner son effort d’un magnifique succès. Survint la guerre. L’École moderne donna à nos blessés les neuf dixièmes de son immeuble, mais l’activité, le dévouement et l’énergie de son directeur triomphèrent de toutes les difficultés et l’École moderne fut à la fois une école, un hôpital et une permanence pour les pauvres réfugiés du P. d. C. (ils sont plus de trois mille dans le seul arrondissement de Doullens) qui y reçurent les secours matériels et moraux les plus divers.

C’est là que la bonne Mme Châtelain et sa fidèle compagne, Mlle Carré, se retrouvèrent quand l’évacuation du faubourg Ronville les eut obligées d’abandonner l’école où pendant trente ans elles avaient peiné ensemble.
Dans l’intervalle, elles avaient ouvert à Arras une autre école pour la terrible année 1914-1915.
Mais la vaillance ne recule pas indéfiniment les limites des forces humaines ; épuisée de fatigue et d’émotions, Mlle Carré mourut à la tâche.

Réfugiés aussi, la plupart des professeurs, parmi lesquels M. A. Lenglet, qui a bien voulu assumer gracieusement la charge de correspondant du Lion à Doullens.
Nous y retrouvons encore toute une ancienne communauté de la Providence d’Arras ; les quatre professeurs de l’école des mines de Grenay.
Le jardinier, la cuisinière, quatre femmes de service viennent aussi de notre région.           

Aussi qui ne comprendra les bonnes heures que le rédacteur du Lion a passées dans cette maison toute embaumée de charité chrétienne !
Ce qui frappe de prime abord, c’est la gaîté, la joie franche, le large sourire des élèves ; symptômes qui ne trompent pas : ils disent le travail joyeusement accepté, la bonté du cœur et la pureté de l’âme.
C’est que l’activité intellectuelle et physique trouve largement à se dépenser et que, comme toute force vivante, en se dépensant elle se développe.
Aux veillées, le Cercle d’études sociales et religieuses réunit les plus grands ; l’Harmonie compte quarante exécutants ; la Symphonie une douzaine ; la "Croix Blanche" environ trente.
Et tout près de l’installation, des plus "modernes", les élèves trouvent dans le terrain de la citadelle un champ vaste pour leurs jeux et leurs exercices physiques.
L’organisation la plus sage préside au travail : le cinquième du temps est consacré à conduire l’élève dans la voie qu’il a choisie ; car il sera demain industriel, commerçant ou agriculteur.
Les quatre autres cinquièmes sont donnés à l’instruction en général ; car avant d’être industriel, commerçant ou agriculteur, il doit être homme et homme instruit.
Mais à chaque instant, l’éducation accompagne l’instruction, car, plus encore qu’une intelligence, il importe de faire une volonté.

Et c’est là tout un programme ; programme noble et séduisant qui explique que, même depuis le départ de l’ambulance, l’École moderne soit au grand complet ; programme supérieurement appliqué par M. et Mme Châtelain, le directeur et la sous-directrice, et par les auxiliaires intelligents et dévoués qu’ils se sont adjoints.
Le Lion d’Arras a tenu à le dire ici. 

J. D.

Le Lion d’Arras, mercredi 5 septembre 1917. Archives départementales du Pas-de-Calais, PF 92/2.

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