Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 22 septembre 2018 - 17h14
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Le 11 juillet 1918 : la Bonne Fée de demain

Le 11 juillet 2018

En 1881, la fée électricité fait son apparition à l'exposition internationale de l'électricité à Paris. Pour la communauté scientifique, cette nouvelle énergie doit absolument entrer au service de l'agriculture. Un gouffre subsiste toutefois entre les promoteurs avides de changement et le monde paysan.

Au début du XXe siècle, l'éclairage se répand surtout en milieu urbain. En 1918, seulement 20 % des 28 014 communes sont raccordées au réseau électrique, contre 97 % (soit 36 899 communes) en 1938.

La Première Guerre mondiale joue à ce titre un rôle primordial dans le développement de l'électrification en milieu rural : les poilus, qui n'ont jamais eu l'occasion de quitter leurs terres, découvrent les bénéfices du progrès en traversant les villes.

Entre 1920 et 1938, le réseau électrique dessert enfin les campagnes sur de grandes longueurs. L'État et les collectivités locales deviennent les principaux bailleurs et initiateurs de fonds.

Dans les fermes, l'électricité supplée la main-d'œuvre manquante et contribue à l'augmentation de la production. Les fermes peuvent ainsi faire fonctionner au moteur électrique les petits appareils d'intérieur comme les écrémeuses, les barattes à beurre ou les concasseurs, destinés à produire l'alimentation du bétail. Le travail des agriculteurs ne se limite plus à la lueur du jour et devient ainsi plus aisé en hiver.

L'électricité améliore également le bien-être au sein du foyer. La femme n'est plus contrainte de traverser la cour en plein hiver pour récupérer le bois. Désormais, elle bénéficie d'un réchaud à gaz à l'intérieur même de la maison. Force est de constater qu'à cette période, les fermes pourvues en électricité ont plus de facilité à recruter des manouvriers que celles non alimentées.

 

La Bonne Fée de demain

J'entrai tout à l'heure chez notre ami Bastien, ch'tiot fermier de …… près d'Arras. Ah dame, vous comprenez bien que c'est là une façon de parler : j'entrai… dans la maison qu'il occupe, près de celle que j'occupe moi-même, à 300 kilomètres d'Arras. Vous savez bien n'est-ce pas qu'il faut actuellement chercher les Artésiens assez loin de leur lieu d'origine.

J'entrai donc chez Bastien ; il lisait le Lion d'Arras et paraissait tout ragaillardi, lui qui depuis trois mois a toujours l'air de revenir de l'enterrement ! – "Ah oui, ce Lion d'Arras s'y entend pour nous parler des choses de chez nous, dit Bastien, après les saluts d'usage. Mais, on a beau dire les choses n'iront pas si bien que ça, après la guerre. Les bras manqueront, alors qu'il y aura tant à faire !"

Je suis bien sûr qu'il y en a des milliers, parmi nos compatriotes qui pensent et parlent comme Bastien. Sont-ils dans le vrai ? C’est ce qu'il faut voir de près, avant de pleurer, mes petits Bastiens.

Voici mon idée sur cette affaire, vous me direz si j'ai raison. À la ferme il y a beaucoup d'ouvrage, mais c'est toujours le même ouvrage qui se répète et dans le même ordre du matin au soir.

La femme vaque aux travaux de la cour, avec un aide parfois, quelquefois deux. A-t-elle fini les nettoyages, elle manœuvre le coupe-racines, les laveurs ; puis elle attaquera la baratte, l'écrémeuse ; elle préparera ses lampes et lanternes pour la soirée ; elle fera sa provision d'eau et portera partout des seaux remplis au puits, à l'autre bout de la cour.

Voilà ce que fait, entre bien d'autres choses, la femme d'un cultivateur.

Quant à l'homme, dire ici tout ce qu'il fait journellement, ou énumérer ses travaux périodiques, serait beaucoup trop long, et parfaitement inutile ; alors passons.

Mais voici que tout va changer, grâce à une bonne fée comme celles dont nous parlait notre grand-mère dans les contes si goûtés de notre jeunesse.

Cette bonne fée existe, je la connais, je l'ai vue. La bonne fée veut consoler dès à présent tous les Artésiens qui pleurent ou broient du noir loin des bords de la Scarpe, de la Ternoise, du Cojeul et autres ruisseaux tant aimés.

Et voici ce que dit leur bonne fée :

"À vous, pauvre mère Bastien, je vous donnerai un fil enchanté qui vous enlèvera beaucoup de vos trop durs et trop nombreux labeurs d'antan. Vous n'aurez qu'à toucher, avec le bout de mon fil, vos barattes, écrémeuses, coupe-racines, hache-paille, lessiveuses et autres instruments de supplice ou au moins de fatigue, pour que tout cela se mette à rouler, à valser, à broyer, couper ou laver sans que vous y mettiez le doigt. Mon fil éclairera jusqu'aux moindres coins de l'exploitation ; il portera les fardeaux, chargera et déchargera les voitures. Et à vous, père Bastien, le fil rendra des services encore plus signalés.

"Vos labours seront faits moitié plus vite tout en vous coûtant moitié moins cher ; de même pour vos battages ; grâce à ce fil magique, l'eau montera toute seule du puits et sera distribuée dans tous les locaux.

"Allons, ne vous en faites pas, je vous promets un bout de mon fil et ma promesse n'est pas menteuse ; demandez à tous ceux qui me connaissent : je suis l'Électricité."

Et hier, mon ami Bastien, et vous autres, tous les Bastiens d'Artois, ne pensez-vous pas qu'avec le fil de votre bonne fée, vous pourrez vous passer de quelques paires de bras ?

Vous verrez que l'Électricité fera des merveilles dont vous serez stupéfaits.

Vous ne voyez peut-être pas bien tous les détails de l'organisation d'une ferme électrique future. C'est si nouveau que vous vous en épouvantez.

Ne vous en faites pas ! comme dit la bonne fée, tout s'arrangera. Il y a des hommes qui s'acharnent à étudier tout cela en détail. Ne vous en faites pas ! tout s'arrangera mieux et plus vite que vous ne le croyez.

L'important est que vous ayez le fil ; or, vous l'aurez.

Puisqu'il faudra remonter les fermes au grand complet, on aura soin de les mettre cette fois à la hauteur des temps modernes ; on se souviendra qu'il faut dorénavant compter avec le manque de bras.

La bonne fée existe ; elle passera chez vous, travaillera pour vous et décuplera la valeur de vos bras en économisant votre temps.

Ai-je tort de dire que grâce à l'électricité, les bras, bien que moins nombreux ne manqueront pas autant qu'on le croit dans nos fermes de demain ?

LE BOYAU ROUGE.

L'Artois Renaissant, jeudi 11 juillet 1918.

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Bibliographie

  • Arthur BERTHONNET, Histoire et société rurale. L'électrification rurale ou le développement de la "fée électricité" au cœur des campagnes françaises dans le premier XXe siècle, Association d’histoire des sociétés rurales, 2003.
  • Pierre FROMONT, "L'électrification des campagnes françaises", Annales de géographie, 1925, pp. 385-397.

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Vue en coupe d'un pont sous-marin.

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