Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 22 septembre 2018 - 17h14
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Le 12 septembre 1918 : Quand vont rouvrir les sucreries ?

Le 12 septembre 2018

Les départements du Nord et du Pas-de-Calais, qui occupaient avant-guerre une place éminente en France pour la culture de la betterave et la production de sucre, ont souffert, depuis lors, du manque de main-d'oeuvre et des destructions. Les plaines betteravières sont devenues de vastes champs de bataille ou ont connu l'épuisement des sols dû au manque d'engrais et à une culture céréalière intensive ; de nombreuses usines, mais aussi les grandes fermes qui les fournissaient, ont été touchées par les bombardements lorsqu'elles étaient situées à proximité de la ligne de front ; dans la zone occupée, les machines et appareils de fabrication contenant du cuivre, du plomb ou de la fonte ont été systématiquement démontés puis expédiés en Allemagne, et leurs bâtiments ont été réemployés à divers usages.

En ce mois de septembre, un profond pessimisme règne ainsi dans la campagne du Calaisis quant à l'avenir et au rendement en betterave sucrière ; la population qui subit la pénurie alimentaire et un système de rationnement des denrées majeures comme le sucre s'en inquiète. Celui-ci est partiellement remplacé par la saccharine, substance découverte en 1879, ayant un arrière-goût métallique et amer fort déplaisant lorsqu'elle est utilisée à haute concentration ; elle était alors peu connue des consommateurs, car son usage et sa vente étaient peu développés pour ne pas porter préjudice à l'industrie sucrière.

CALAIS

Quand vont rouvrir les sucreries

À pareille époque, en temps de paix, la grande préoccupation dans toute la campagne du Calaisis, pays par excellence de culture betteravière, portait sur la prochaine réouverture des sucreries de la région dont l'énorme production tenait une bonne place dans l'industrie sucrière nationale. Au Pont d'Ardres revenait la nombreuse armée d'ouvriers partie dans les premiers mois de l'année alors que se clôturait la campagne sucrière précédente. Et c'est une vision déjà lointaine que celle qu'offraient dès le mois d'octobre les hangars du port, s'emplissant de centaines de milliers de sacs de sucre venant de la sucrerie du Pont d'Ardres où des betteraves, récoltées dans les champs de la région, s'étaient magiquement muées, par un prodige de la science industrielle, en matière d'une grande saveur édulcorante. La guerre a jeté dans cette industrie du sucre la perturbation qu'on sait et que déplorent nos ménagères. Il est donc de circonstance de signaler l'écho qui nous arrive, de divers côtés, d'une sérieuse diminution dans la production de nos sucreries au cours de la prochaine campagne d'octobre. Il est donc certain que dans ces conditions, les consommateurs dûment prévenus, s'appliqueront à utiliser la saccharine concurremment avec le sucre de manière à pouvoir, malgré la rareté de plus en plus grande de cette dernière denrée, à en constituer une petite réserve familiale en vue de son utilisation pour la fabrication des confitures.

On sait qu'avant la mise en vigueur du régime des restrictions qui rationna sévèrement les consommateurs de sucre, l'usage de la saccharine était peu connue du public et ceci pour une excellente raison, la prohibition de son usage et de sa vente, précisément pour ne pas préjudicier à l'industrie sucrière si prospère en notre région. Seuls certains malades, sur le vu d'une ordonnance médicale, étaient autorisés à remplacer le sucre par l'emploi de la saccharine. Son autorisation d'aujourd'hui fournit la preuve que cette dernière peut fort bien être consommée couramment sans mettre en péril nos estomacs, soit sous forme de petites pastilles dosées à l'équivalence d'un morceau de sucre, soit sous forme de solution de tablettes de saccharine pure comme c'est généralement le mode d'emploi à l'heure actuelle.

La saccharine, il est bon qu'on le remarque, se décompose sous l'action d'une température dépassant cent degrés centigrades. Aussi ne faut-il pas l'utiliser dans des aliments destinés à passer au four. Elle devient alors toxique pour l'estomac et prend un goût acidulé. On recommande de ne l'employer que dans des boissons chaudes ou froides au moment de la consommation. La Société de thérapeutique a été consultée sur la valeur de l'usage de la saccharine et les docteurs Louchet, Gilbert et Robin ont confirmé qu'il y avait danger, surtout chez les sujets dont le rein n'est pas en parfait état ou chez les dyspeptiques, à en faire un usage régulier. Et le docteur Bardet considère qu'il vaudrait mieux remplacer la saccharine par la dulcine ou sucrol qui n'est pas toxique. L'intérêt du consommateur est donc d'agir sur les pouvoirs publics afin que ceux-ci favorisent la création de glucoseries. Nous savons bien que l'intérêt du fisc, peut-être celui des cultivateurs et d'autres, se heurtera contre cette proposition d'un médecin qui ne voit que l'intérêt de la santé publique. Mais il sera toujours facile de trouver des accommodements, avec un peu de bonne volonté de part et d'autre, surtout si cette fabrication n'est autorisée que durant la fin de la guerre et pendant la période de reconstitution économique qui suivra la cessation des hostilités.

PHAROS

Le Télégramme, jeudi 12 septembre 1918.

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Vue en coupe d'un pont sous-marin.

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