Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 20 août 2018 - 03h58
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Le 13 juin 1918 : Pour la reconstruction industrielle, une initiative modèle

Le 13 juin 2018

Les combats menés dans le Nord de la France ont entraîné de lourdes destructions et de multiples dommages dans les villes et villages de la ligne de front comme des zones d'occupation alliée ou ennemie. Chargé de participer à la remise en route de l'industrie, l'Office de reconstitution industrielle commence à préparer l'après-guerre en concertation avec les industriels. Sous l'impulsion de quelques figures locales, tel l'Arrageois Thomas Griffith, propriétaire d'une fabrique  d'huile et notable local exemplaire, de nouvelles organisations voient le jour : elles ont pour objectif d'offrir de nouveaux moyens aux petits comme aux grands producteurs sinistrés et de faire pression sur les différents acteurs de la reconstruction. Bien conscient de l'utilité de ce type de groupements et des avantages qu'ils peuvent rapidement procurer aux régions dévastées, l'État laisse une place importante à l'initiative privée pour hâter le relèvement industriel du pays.

Pour la reconstitution industrielle

UNE INITIATIVE MODÈLE

Un des plus gros problèmes de demain est assurément celui de la reconstitution industrielle des régions envahies. Comment, en effet, penser à ramener l'ouvrier si l'usine de rouvre pas ?

Pour la grande industrie, il se résoudra pour ainsi dire automatiquement. La mine rappellera le mineur ; la métallurgie, que la guerre aura plutôt enrichie qu'appauvrie, se trouvera sur le velours, sa production étant absorbée d'avance pour une longue période. Elle aussi reviendra forcément et vite près du charbon.

Tout autre est le sort du moyen et petit industriel comme le fabricant d’huiles, brasseur, etc. Il a tout perdu, et quelquefois davantage ; son usine et sa maison ? incendiées, son matériel ? expédié en Allemagne ; ses marchandises et ses matières premières ? saisies par l’intendance allemande, en échange – pas toujours ! – de bons de réquisition à qui il est interdit de revenir de ce côté de la ligne de feu ; son crédit ? allez en causer au banquier.

Mais l'État, dira-t-on. L'État, il a fondé un office de reconstitution industrielle, il tient 250 millions, pour commencer, à la disposition de ceux qui auront besoin d'outillage et de matières premières.

En attendant, il y avait à faire quelque chose que nous allons dire :

1° se souvenir que la devise de nos voisins belges : L'UNION FAIT LA FORCE est éternellement vraie ; 2° s'unir, se grouper, en un mot, se syndiquer, et de faibles, ils deviendront forts, et les portes, jusque-là fermées pour eux s'ouvriront, et la manne ministérielle pleuvra sur eux quand les temps seront venus.

Qu'ils imitent les fabricants d'huile. L'huilerie est – chacun le sait – une industrie très répandue dans le Nord de la France. Arras et sa région y tiennent – y tenaient, hélas ! – une place des plus honorables. Eh bien ! les fabricants d'huile n'ont pas voulu attendre que la tempête soit passée pour préparer l'avenir. Depuis quelques mois, ils se sont constitués en syndicat, et depuis quelques jours, exactement depuis le 21 mai, ils ont formé, eux aussi, leur comptoir : "comptoir général de l'Huilerie des régions envahies".

Le syndicat est, en quelque sorte, la société morale ; le comptoir – société anonyme au capital de 500 000 francs, dont la moitié est versée, et dont les fabricants sont actionnaires au prorata de l’importance de leur fabrication – est, lui, l'agent commercial, industriel, financier ; investi des pouvoirs les plus étendus pour acheter toutes matières premières, tout matériel industriel, toutes fournitures accessoires, soit pour son propre compte, soit pour le compte particulier de ses membres.

Il pourra prendre en charge les matières premières ainsi achetées, assurer leur transformation, suivre les opérations commerciales et financières nécessaires à leur réalisation ; il pourra utiliser et percevoir les avances de l'État à valoir sur les indemnités auxquelles ses membres auront droit.

Bref, grâce à lui, au crédit de chacun sera substitué le crédit de tous, et c'est quelque chose pour un banquier que le crédit de l'huilerie du Nord de la France ; l'accueil fait par la banque au comptoir est tel que son modeste capital lui permettra d'opérer sur des chiffres incomparablement plus gros.

Grâce à son intervention, le petit fabricant, aussitôt le boche refoulé à distance convenable, trouvera outillage, matériel, matières premières et crédit. Le comptoir fondé en principe pour une durée de 5 années, se dissoudra plus tôt ou plus tard, quand on cessera d'avoir besoin de lui.

Il est armé, d'ailleurs, pour rendre non seulement des services d'après-guerre, mais aussi des services immédiats.

On sait – ou l'on ne sait pas – que la fabrication des huiles de graines est en ce moment le monopole du consortium de l'Huilerie française qui a pour seul client l'État. Le prix payé par cet unique acheteur laisse une marge de fabrication équitable.

En entrant dans le syndicat, les huiliers envahis entrent en même temps dans le consortium. Suivant un accord convenu, 12,37 % de la totalité des graines importées en France leur sont dès maintenant attribuées. Ceux d'entre eux qui peuvent et veulent s'occuper eux-mêmes de les faire fabriquer le feront ; pour les autres, le comptoir sera le Maître Jacques, le factotum qui, moyennant une très modique commission, fera pour leur compte tout le nécessaire.

Évidemment, les importations de graines sont trop réduites par la guerre pour que cela leur rapporte de fortes sommes, mais ce sera toujours un peu de beurre sur leur pain dur de réfugiés.

Une initiative aussi intelligente ne saurait être trop louée et trop imitée. Qu’on ne s’y trompe pourtant pas, elle ne saurait émaner d’une collectivité. Elle ne peut venir que d'un initiateur doué à la fois de la notion nette des réalités et du sens aigu des possibilités, du cran qui est à la base de toute entreprise et de l'esprit critique qui préserve des faux départs.

C'est un Arrageois, un ami du Lion d'Arras, qui a mis sur pied le syndicat et le comptoir de l'Huilerie, notre honorable concitoyen, M. Th. Griffiths. Nous en sommes doublement heureux et fiers et nous comptons qu'un tel exemple ne peut être que merveilleusement fécond et contribuer puissamment au relèvement industriel de nos malheureuses régions.

E. GUERRIN.

L'Artois renaissant (jeudi 13 juin 1918)

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