Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 13 décembre 2018 - 07h32
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Le 13 mars 1918 : protection des œuvres d’art (l’exemple des Bourgeois de Calais)

Le 13 mars 2018

Les villes côtières du Pas-de-Calais n’ont jamais été aussi inquiètes qu’en ce printemps 1918. Les bombardements sur Calais et Boulogne ont repris avec une fréquence et une intensité qui alarment les autorités locales. 

Forte des enseignements tristement acquis lors de l’incendie du palais Saint-Vaast du 5 juillet 1915, la municipalité de Calais se hâte de poursuivre la mise à l’abri de ses œuvres d’art. Sous la direction de Georges Hembert, adjoint au maire chargé du service des Beaux-Arts, et d’Albert Guilmet, directeur du musée, les opérations de sauvegarde débutées en 1916 s’accentuent ainsi en mars 1918.

Après l’évacuation de plusieurs œuvres vers Paris, le déménagement des collections dans les caves du musée et l’obstruction des portes et fenêtres par des sacs de terre, les bustes du cardinal de Richelieu et du duc de Guise qui ornent les colonnes extérieures du musée depuis un siècle, sont démontées le 16 mars et entreposées dans les sous-sols de l’institution. Indemnes, elles reprendront leur place définitive en novembre 1919.

L’archiviste et bibliothécaire Gaston Tison fait également déplacer les archives de la ville dans les caves du nouvel hôtel de ville, jugées sèches. Mais la détection de traces d’humidité au bout de quelques mois oblige les services municipaux à les remonter dans les salles de l’hôtel de ville. 

En février 1918, l’architecte en chef des monuments historiques Pierre Paquet donne des instructions pour protéger le maître autel et le grand retable de l’église Notre-Dame, classé monument historique depuis 1908. Les autres œuvres ornant l’édifice sont également déplacées en lieu sûr.

Enfin, plusieurs projets sont étudiés pour préserver les Bourgeois de Calais, l’œuvre de Rodin si chère aux yeux des Calaisiens. Son transfert devient urgent, la statue représentant Eustache de Saint-Pierre ayant déjà reçu un éclat dans la jambe lors d’un précédent bombardement. Il est tout d’abord envisagé de recouvrir l’ensemble de sacs de terre, comme cela a déjà été entrepris à Paris. Cette solution, protection idéale contre la projection d’éclats, demeure néanmoins inadaptée en cas de chute de projectile sur la structure.

En mars 1918, à la demande de Georges Hembert, le lieutenant Sabatté, accompagné d’une équipe spéciale, arrive à Calais. Sous la surveillance de Pierre Paquet, il est décidé de déplacer le bloc de bronze pesant près de 2 200 kg. Les travaux durent deux jours. Le 14 mars 1918, les Bourgeois rejoignent les statues de Richelieu et Guise dans les caves du musée.

Ils demeureront dans leur abri jusqu’en novembre 1919, date à laquelle ils seront déplacés pour être exposés quelques jours devant le parvis du musée. Retrouvant ensuite leur piédestal primitif place Richelieu, ils seront de nouveau transférés sur la place d’Armes devant le musée le 17 mai 1924.

Calais : à l’abri des Boches

Calais déjà a eu beaucoup à souffrir des manifestations de la barbarie boche, principalement du fait des incursions aériennes entreprises au-dessus de la ville, par les pirates à la solde de Guillaume le Sanglant. D’importants dégâts ont été occasionnés par les bombes et torpilles de la Kultur germanique aux propriétés publiques et privées, à l’exclusion, ce peut paraître paradoxal, des ouvrages militaires qui, seuls, devraient être visés par l’ennemi si celui-ci avait tant soit peu le respect des conventions internationales. Nos industriels et nos usiniers, de même que [nos] locataires et propriétaires de maisons d’habitation, ont subi des pertes importantes mais qui n’intéressent nullement le développement de la guerre et ne pourront rien changer à son issue.
Cependant, devant la menace de raids aériens nouveaux, les autorités calaisiennes ont, comme nous l’avons dit dans le "Télégramme" de jeudi, décidé de compléter les dispositions reconnues nécessaires en vue de limiter ou plutôt d’atténuer dans toute la mesure du possible, les risques de destruction ou même simplement de dégradation des œuvres d’art, des monuments historiques et des richesses artistiques que possède la ville de Calais.

On a vu déjà les mesures de protection prises sur la place d’Armes, le long de la façade au rez-de-chaussée du musée. Les vastes baies en arcades ont été garnies de sacs de sable sur plusieurs mètres de hauteur. Derrière cet écran protecteur, les principales collections ont été mises à l’abri. Toutes les toiles qui garnissaient la grande salle ont été retirées de leurs cadres et soigneusement emballées. Toutefois, dès que les pirates aériens avaient manifesté une tendance à venir méthodiquement accomplir des raids sur Calais, on avait pris des mesures pour mettre hors d’atteinte des engins de destruction cinq des plus remarquables œuvres d’art qui, dès le mois de mai 1916, furent dirigées sur le ministère des Beaux-Arts qui a bien voulu se charger de leur conservation durant la Guerre.
Ces tableaux sont les suivants : "Jeune Berger" de Gérard Honthorst ; "Un Vieux", de Valladon ; "Orphée aux Enfers", d’Henri Regnault ; "Ébauche d’un Combat" par Courtois, dit le Bourguignon.

Depuis lors, le déménagement des diverses collections, sculpture, histoire naturelle, numismatique, archéologique, entomologie etc., a été poursuivi avec ordre et méthode et, dès maintenant, le plus gros de la besogne est accompli. Les porcelaines et faïences provenant des anciennes industries céramiques qui prospéraient jadis à Calais et Saint-Pierre, sont également en sûreté. On va s’occuper immédiatement de mettre pareillement à l’abri les collections ethnologiques et la nacelle du ballon à bord duquel Blanchard et Jeffries accomplirent la première traversée aérienne du détroit pour atterrir dans le bois de Guînes, à l’endroit où se dresse la colonne commémorative connue de tous les promeneurs.

Ces précautions sont d’autant plus sages et nécessaires que déjà le musée a eu à souffrir il y a quelques mois, de l’explosion d’une torpille dans son voisinage. Tous les carreaux de la toiture vitrée, des fenêtres et des baies furent brisés livrant les salles intérieures aux intempéries. Nous verrons par la suite les dispositions adoptées pour protéger Notre-Dame et ses richesses, le monument de Rodin et les bustes et statues qui ornent la voie publique.

Pharos

Le Télégramme, mardi 5 mars 1918. Archives départementales du Pas-de-Calais, PG 9/29.

Le transfert des Bourgeois de Calais    

Mercredi dans la journée ont commencé les travaux relatifs au transfert et à la mise en sûreté du chef-d’œuvre de Rodin : Les Bourgeois de Calais.

Cette opération difficile comporte deux phases : l’une, le déboulonnement de la statue, l’autre le transfert de l’œuvre du génial sculpteur dans la retraite qui lui est assignée. La première partie de ce programme a pu seule être exécutée en une journée. Elle a duré exactement de 11 heures du matin à 6 heures du soir.

Pour résoudre ce délicat problème, le ministre des Beaux-Arts avait envoyé sur place l’équipe spéciale de service des monuments et œuvres d’art de la zone des armées : front Nord (sic).
Cette équipe qui n’en est pas à son coup d’essai semble s’acquitter de sa lourde tâche avec son habituel succès. Sous la direction d’un lieutenant chargé de surveiller l’important travail, les boulons retenant les Bourgeois de Calais au socle ont été retirés et remplacés par des cales en bois. Celles-ci seront à leur tour soustraites et des rondins qui les remplaceront glisseront lentement la statue sur un plan incliné entre le transfert des Bourgeois de Calais, socle et un camion automobile militaire affecté à cet effet (sic).
Ce dernier opèrera le transfert de nos hommes de bronze au sous-sol du nouvel Hôtel de Ville.

Des clichés pris par un photographe faisant partie du personnel de l’équipe nous donneront en des poses successives les détails de cette délicate opération. L’équipe dont nous avons parlé s’occupera ensuite du démontage du duc de Guise, de Richelieu et des génies qui ornent la façade du musée.
Puis elle prendra les mesures de protection indispensables pour le retable de l’église Notre-Dame.

Pour en revenir aux Bourgeois les membres de la commission du musée ont suivi avec intérêt la nouvelle évolution de nos glorieux ancêtres.
Un public nombreux et sans cesse renouvelé en a observé les différentes phases et ne cachait pas sa satisfaction sur la façon dont s’opérait de difficultueux transferts.

Le Télégramme, vendredi 15 mars 1918. Archives départementales du Pas-de-Calais, PG 9/29.

Le transfert des Bourgeois

Le transfert s’est opéré jeudi. Vers onze heures, des planches et madriers avaient remplacé au-dessous de la statue, des coins en bois. Vers deux heures, les Bourgeois étaient sur le plan incliné adhérant au camion-automobile. À quatre heures, le socle était veuf de son groupe magnifique. Et maintenant félicitons sans réserve le sympathique lieutenant Sabatté dont la manœuvre habile a conduit sans encombres le chef-d’œuvre à sa cave-abri.

Le Télégramme, samedi 16 mars 1918. Archives départementales du Pas-de-Calais, PG 9/29.

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