Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 21 mai 2019 - 04h54
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Le 16 mars 1918 : du béton armé pour les ports de Calais et Boulogne

Le 16 mars 2018

Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’invention du ciment armé en France résulterait de la construction d’une barque imputrescible, fabriquée en fer et en ciment par l’ingénieur Joseph Louis Lambot en 1847. Lors du dépôt du brevet en janvier 1855 à la préfecture de Marseille, ce dernier précise que son invention a pour objet un matériau servant à remplacer le bois en construction navale et partout ailleurs où il est confronté à l’humidité, comme les planchers en bois. Il s’agit d’un treillis métallique, constitué de barres et d’étrésillons ligaturés entre eux ou assemblés en une forme de corbeille déterminée. Il est ensuite noyé dans un ciment hydraulique, permettant de régler le problème des joints. Joseph Lambot nomme ce nouveau matériau le "ferciment". Présent à l’exposition universelle de 1855, son bateau-ciment et son brevet passent toutefois inaperçus au milieu des milliers d’exposants.

L’invention du béton armé se situe à la convergence de diverses réflexions. Après 1880, le nombre de brevets augmente et les systèmes se multiplient : rien qu’en France, 262 brevets sont déposés jusqu’en 1906. Ces chiffres illustrent le succès du matériau qui pénètre peu à peu le monde du bâtiment. L’invention qui aura les plus grandes retombées commerciales est celle de François Hennebique, dont le brevet déposé en 1892 place explicitement les fers en fonction des contraintes et préconise l’emploi d’étriers pour relier les fers longitudinaux afin de répondre à l’effort tranchant et de faciliter la mise en œuvre. Entre 1895 et 1910, la société Hennebique exerce un monopole sur la construction en béton armé. Les entrepreneurs locaux, qui ont en fait un label et une garantie technique, participent à la diffusion et à l’enracinement des techniques du béton armé. Hennebique réalise toutes sortes de projets, comme les filatures Barrois à Tourcoing en 1895 ou le réservoir à charbon de Saint-Vaast en 1898.

La dépression économique de 1890 entraîne la mutation des métiers du bâtiment, en incitant à une nouvelle productivité par la diminution des coûts et un découpage rationnel des tâches. À la veille et durant la Première Guerre mondiale, période où l’on cherche à économiser l’acier réservé à d’autres usages, les ingénieurs de tous les pays s’intéressent aux perspectives ouvertes par le béton armé. C’est ainsi que pendant le conflit, des péniches britanniques et américaines en béton de mille tonnes transportent les armes et les munitions vers la France. Des chalands-hôpitaux pour ramener les blessés vers l’arrière sont même envisagés.

En mars 1918, se tient à Paris une exposition organisée par la Ligue maritime française. Son objet est d’être une vitrine et un moteur de la puissance maritime française. Entre divers projets, les visiteurs découvrent ainsi les qualités et les techniques du ciment armé comme élément de la construction navale. L’ingéniosité des procédés et les nouvelles méthodes de travail devraient contribuer à la renaissance de la marine commerciale de la France, y compris pour les ports de Calais et de Boulogne-sur-Mer, situés au centre de riches industries cimentières.

Pour les ports de Calais et Boulogne

Actuellement se tient à Paris, dans le Palais du Louvre, au pavillon de Marsan, 107 rue de Rivoli, une fort intéressante exposition, organisée par la Ligue maritime française, que n’ont pas manqué d’aller visiter tous les Boulonnais et Calaisiens de passage à Paris.

C’est que cette exposition a pour objet de faire toucher du doigt, en quelque sorte, la nécessité qu’il y aura, après la guerre, de travailler à la renaissance de notre puissance maritime et de donner à notre marine de commerce une vitalité et un développement qui nous permettront de reprendre la belle place à laquelle notre pavillon a le droit de prétendre sur les océans.

Dans les différentes salles de l’exposition, l’attention est retenue par des maquettes, des plans, des graphiques, des procédés nouveaux, des perfectionnements qui frappent l’esprit et ouvrent des horizons, éveillent des idées et suggèrent des projets dont la réalisation pourrait avoir les plus heureuses conséquences.

C’est ainsi qu’entre cent projets divers, nous avons remarqué celui ayant pour objet la substitution aux anciens matériaux employés jusqu’ici dans la construction des navires, bateaux de pêche, cargos de tous tonnages et de toutes dimensions, voiliers caboteurs et longs courriers, le ciment armé, élément nouveau de construction avec lequel l’art de l’ingénieur a réalisé de véritables prodiges sous les applications les plus variées.

Dans la grande salle du rez-de-chaussée du pavillon de Marsan, on a précisément l’attention attirée, dès l’entrée, par de grandes charpentes occupant le centre de la salle, autour de laquelle se trouvent de fort intéressantes maquettes et réductions des plus modernes cargos et paquebots de nos compagnies françaises de navigation, Chargeurs ou Affréteurs réunis, Transatlantique, Messageries maritimes, Transports maritimes, Sud-Atlantique, etc., etc. Ces charpentes ont cependant pour objet d’initier les visiteurs à l’innovation très intéressante de la construction navale en ciment. Ce sont des gabarits et des moules dans lesquels se coulent l’ossature, les couples, la coque et la quille des paquebots et cargos de l’avenir. À les examiner, on est surpris de voir la simplicité unie à l’ingéniosité de la méthode. Et des chiffres explicatifs commentent les indications techniques et pratiques fournies par les gabarits. En appliquant cette nouvelle méthode de l’art naval à nos ports de Calais et de Boulogne, nous pourrons contribuer, pour notre part, au grand œuvre de la Renaissance de notre marine commerciale d’après-guerre.

À Boulogne principalement, centre de l’une des plus riches industries cimentières, on aura toute facilité pour se procurer les matériaux indispensables au fonctionnement des futurs chantiers de construction de navires en ciment armé.
Et Calais, par sa proximité immédiate de Boulogne, pourra voir se créer des chantiers semblables. Dans les deux ports, la même activité pourra régner dans cette industrie poursuivant un but à la fois patriotique, industriel, commercial et économique de toute première importance.

Le Télégramme, samedi 16 mars 1918. Archives départementales du Pas-de-Calais, PG 9/29.

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