Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 19 décembre 2018 - 10h42
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BERCK. Manifestation patriotique

Tout Berck a voulu participer vendredi à l'imposante manifestation patriotique organisée à l'occasion de la fête de la Toussaint.

Comme les années précédentes, cette manifestation avait été organisée par la municipalité, le Souvenir français, l'autorité militaire et les sociétés patriotiques.

Dans le cortège nous avons remarqué des officiers anglais, une délégation de R.A.T., les Vétérans dans les armées de terre et de mer, les Médaillés militaires, la Jeunesse catholique, des délégations des écoles privées et publiques de la ville ; de l'école normale d'Arras ; des diverses institutions d'Arras et de Doullens, à Berck ; le Souvenir français, la municipalité, M. le médecin-chef du service sanitaire de Berck, les administrateurs, les officiers gestionnaires des hôpitaux, tous les fonctionnaires municipaux, et de l'État, etc. Nous ne citons aucun nom afin de n'oublier personne ; la liste des personnalités présentes serait d'ailleurs trop longue.

De magnifiques couronnes avaient été offertes par la municipalité, le Souvenir français (comité central de Paris) et une autre par le comité de Berck de cette association nationale, par les Vétérans, les Médaillés militaires, l'autorité militaire etc. Nous avons également remarqué une couronne portant cette inscription l'Alsace reconnaissante aux morts pour la Patrie, couronne offerte par M. Calaine et portée par deux militaires, dont l'un alsacien d'origine, est le filleul de guerre du donateur.

C'est à travers une double haie d'habitants qui grossissaient ensuite le cortège que celui-ci a gagné la nécropole.

Les couronnes et de nombreux bouquets furent déposés sur le tertre élevé au milieu du cimetière militaire ; les drapeaux formèrent le cercle ; les assistants se groupèrent dans un ordre parfait ; puis commença la série des discours.

Discours de M. Michel Malingre

M. Michel Malingre, le sympathique adjoint, faisant fonctions de maire, salua les soldats inhumés à Berck et s'inclina devant la mémoire des Berckois morts pour la France. Il fit un tableau des plus sombres, mais très exact des dévastations commises par le Boche abhorré puis il ajouta :

Comme notre vénéré M. Clemenceau nous voulons notre droit tout entier avec les garanties nécessaires contre le retour offensif de la barbarie.

Nous voulons que les principaux coupables soient punis sévèrement et que l'Allemagne tout entière expie et soit châtiée.

En terminant M. Michel Malingre dit :

Dormez en paix, chers morts ! Par une vaillance que rien ne décourage, que rien ne rebute, vos camarades français et alliés achèvent votre oeuvre. Ils vous vengent et conquièrent la paix victorieuse à laquelle vous aspiriez.

Discours de M. Georges de Lhomel

M. Georges de Lhomel, le très dévoué président du Souvenir français et de la Croix-Rouge prononça le discours suivant :

Il y a quatre siècles, les armées de Charles Quint, empereur d'Allemagne, descendaient des plaines de l'Artois pour envahir la Picardie. Tout sur leur passage était brûlé, détruit, rasé. Aux quatre coins de la ville de Montreuil, le feu était mis par des mains criminelles. Pareil sort était réservé quelques années plus tard aux villes de Thérouanne et d'Hesdin.

La population de Berck s'élevant à 1 800 âmes, était obligée de fuir et sur les routes conduisant à Saint-Valéry, au Crotoy et à Abbeville, on voyait un long défilé de femmes, d'enfants, de vieillards, échappant à la mort, pendant que, dans le lointain, s'apercevait la lueur des incendies.

Il y a quatre ans, les troupes de Guillaume II, empereur d'Allemagne, traversaient la Belgique y semant la terreur et envahissaient le nord de la France. Les populations effrayées et menacées, quittaient précipitamment leurs foyers et se dirigeaient vers des pays plus hospitaliers et généreux. Du côté des Allemands, mêmes procédés des siècles passés, mêmes sentiments de barbarie et de cruauté, même terreur répandue autour d'eux, trois siècles n'ayant pas changé leur mentalité, leurs sentiments de haine à l'égard de la France.

Mais depuis la guerre, à Berck, les rôles sont renversés. Ce ne sont plus les habitants qui fuient devant l'ennemi, mais la ville de Berck ouvrant ses bras aux réfugiés et donnant l'hospitalité à tant de misères, à tant de douleurs, à tant de chagrins, à tant de ruines.

Mais Berck ne devait pas avoir seulement cet honneur.

Un autre privilège lui était également réservé, celui d'ouvrir ses hôpitaux à nos héros blessés et malades, de les y recevoir, de les soigner et de les consoler. Héros quelquefois obscurs qui pour la France, versaient leur sang le plus pur. Hélas ! Parmi eux la mort devait faire de nombreuses victimes. Avec leurs familles, avec leurs amis, avec la France, nous les pleurons. Ils reposent dans notre vieux cimetière, autrefois baigné par les flots de la mer, qui venaient se briser sur la tour de notre vieille église.

Délégué par le Souvenir français pour déposer en son nom une couronne sur la tombe de nos braves, j'en suis fier à juste titre. Le Souvenir français par un sentiment de reconnaissance veut que les tombes des défenseurs du sol de la France soient entretenues et conservées pieusement.

Dans le mot de Souvenir, que de sentiments y sont renfermés. Sentiments de reconnaissance, sentiments d'admiration, pensées d'avenir, dette nationale. Une fleur sur une tombe, une couronne de buis, une pierre, un presque rien, ne sont-ce pas l'expression de pensées admirables, de regrets éternels. La main qui s'approche d'une tombe pour y déposer des fleurs, est celle d'une mère, d'une épouse, d'une fiancée.

La mort est passée par là, mais devant le cercueil, le coeur de ceux qui restent, bat avec plus de force que si le héros vivait encore. Le Souvenir, c'est le trait d'union entre la vie et la mort et dans ce mot se cachent les plus nobles sentiments, car ce sont des sentiments de regrets et de reconnaissance.

Messieurs, vous n'êtes plus aujourd’hui à l'aurore de la victoire, vous êtes entrés dans la Victoire, la victoire de la Justice sur l'injustice, la victoire de l'honnêteté sur le crime, de l'honneur sur le déshonneur.

Notre âme est fière, notre orgueil est légitime. Mais c'est à Dieu, à la bravoure de nos soldats, à leur ténacité, à leur discipline que la Grande Guerre assure le triomphe de nos armes, la grandeur toujours nouvelle de notre Patrie bien aimée et force l'admiration du monde entier pour la France éternelle.

M. L. Nortier, président de la section berckoise des Médaillés militaires salua le jour, proche, de la libération des nations opprimées, de la délivrance de l'Alsace et de la Lorraine.

Au nom des Médaillés militaires, M. Lucien Duvet s'incline respectueusement devant la tombe des braves dont le sacrifice, l'abnégation servent d’exemple, qui ont droit à la reconnaissance de la France et dont l'héroïsme contribua à libérer le sol national un moment souillé par la présence de l'ennemi.

Le distingué président de l'école de tir et d'instruction militaire, M. le capitaine Damay, rappelle ces mots du général Anthoine : Les hommes passent, la France reste. Chacun de ceux qui tombent pour elle lui lègue un rayon de gloire, et de ces rayons est faite sa splendeur.

M. Dupin, licencié ès-lettres, économe de l'hôpital maritime, prononça une poésie de circonstance de laquelle nous détachons ces quelques strophes :

Par vos douleurs, par vos travaux et par vos deuils

La Patrie est sauvée et la France éternelle

Répand tous ses trésors de tendresse immortelle

Sur vos foyers, sur vos efforts, sur vos cercueils.

M. Bournoville, réfugié d'Armentières, salua les morts glorieux des régions envahies, et il eut une pensée émue pour tous les malheureux qui succombèrent par suite des privations endurées sous le joug teuton.

M. le capitaine Vernez, commandant d'armes, clôtura la série des discours.

Pendant que se déroulait cette manifestation, de beaux et grands oiseaux alliés évoluaient dans le ciel. Leur "chanson" était jolie ; elle exaltait la vertu des morts, affirmait la puissance de l'Entente et la certitude de la Victoire.

La foule se rendit ensuite pour prier près des tombes des parents et des amis défunts et en quittant la nécropole elle eut plus confiance que jamais dans la Victoire libératrice prochaine. Elle se disputait le Télégramme qui annonçait la signature de l'armistice avec la Turquie, la situation grave en Hongrie. Tous les espoirs sont permis… Les morts seront vengés…

E. B.

Le Télégramme, samedi 9 novembre 1918. Archives départementales du Pas-de-Calais, PG 9/30.

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Vue en coupe d'un pont sous-marin.

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