Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 20 août 2018 - 03h58
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Le 3 février 1918 : la fréquentation scolaire

Le 3 février 2018

Si la guerre a profondément bouleversé le quotidien des familles dans le Pas-de-Calais, elle a également impacté ses structures éducatives. Dès août 1914, le ministre de l’Instruction publique adresse une circulaire aux inspecteurs d’académie, expliquant que le premier jour de la rentrée scolaire, à la même heure dans tout le pays, les fils de France vénéreront le génie de leur nation et salueront l’héroïsme de ceux qui versent leur sang pour la liberté, la justice, le droit humain.
L’école, outil de savoir et de formation au service de la paix, devient ainsi le vecteur privilégié de la propagande en direction des enfants. Les matières enseignées en histoire, géographie, français et calcul doivent avoir un but de pédagogie patriotique ou être marquées par des faits liés à la guerre : on étudie les lieux des batailles en cours de géographie et on calcule les sommes d’argent versées pour l’emprunt national… Les bons points ou images distribués aux élèves font l’apologie de la patrie et de ses héros, que l’on retrouve dans la littérature de jeunesse ou en illustration des diplômes.

Malgré les déplacements de populations, l’absence de nombreux enseignants, les mesures de restriction des transports ou encore les réquisitions fréquentes d’établissements pour le logement ou les soins des soldats, les instituteurs et professeurs réussissent à poursuivre leurs activités, en ville comme à la campagne. Mais, avec le départ du père au front, le modèle familial s’est déséquilibré. Souffrant du manque d’argent et de nourriture, beaucoup d’enfants et d’adolescents doivent soulager leur mère et obtenir un salaire. Ils participent ainsi au travail des champs et d’usine car, même si leur salaire est modeste (l’équivalent d’un quart de celui d’un homme ou la moitié de celui d’une femme), il est indispensable à la survie de la famille.

Les autorités acceptent de telles perturbations du rythme scolaire ; mais elles déplorent aussi l’absentéisme d’enfants moins surveillés, qui passent leur temps à errer dans les rues ; elles veulent éviter la mendicité, perçue comme avilissante et donc nocive pour l’image de la France, et surtout pressent les familles de renvoyer leurs progénitures à l’école afin d’y étudier, de se former et de se mobiliser pour la production future, nécessaire au relèvement du pays. L’enjeu consiste à préparer l’après-guerre, en donnant à l’enseignement technique une place centrale dans les réflexions sur la reconstruction de l’économie. Les compétences seront indispensables pour relever ce défi.

Boulogne. Fréquentation scolaire 

Un instituteur nous communique la circulaire suivante que M. Aubrun, inspecteur primaire à Boulogne, a adressée au personnel de sa circonscription. Il espère que grâce au journal, elle pénètrera dans les familles, dont le personnel enseignant acquerra ainsi plus facilement la collaboration.

"D’une récente statistique à laquelle vous avez collaboré, il résulte que dans notre région, 6 % des enfants d’âge scolaire ne fréquentent aucune école et que le nombre des absences est, en moyenne, égal à 15 % des inscriptions au registre d’appel, c’est-à-dire qu’un cinquième au moins de la population scolaire échappe plus ou moins complètement à l’influence de l’école.

En temps ordinaire, une telle constatation serait grave ; à l’heure actuelle, elle est alarmante. Sans doute, à la campagne, il est fréquent que des enfants remplacent leurs pères ou leurs frères mobilisés. Mais, à la ville et autour des camps, combien manquent la classe pour gagner quelques sous qu’ils s’empressent de gaspiller, par suite de la négligence ou de la faiblesse de certaines mères ! Nous avons donc des centaines de petits vagabonds, de petits oisifs, voués dès à présent au parasitisme social, qui seront dangereux ou au moins inutiles pour le pays au lendemain de la guerre, quand il aura besoin de récupérer toutes ses énergies. Vous êtes certainement émus d’une telle situation, mes chers collaborateurs, et vous avez la volonté d’y remédier. C’est un devoir pour tous les bons citoyens, mais, pour nous, il est spécialement rigoureux.

Que pouvons-nous faire pour le remplir, mieux encore que par le passé ? Vous êtes tous trop souvent conscients de la perfectibilité de votre tâche pour douter qu’il soit possible de la rendre de plus en plus attrayante pour les enfants, de plus en plus utile et pour eux et pour leurs familles. En outre, par une action constante et persuasive auprès d’elles, il vous appartient – des exemples le prouvent – à réduire progressivement le nombre des absences jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus que de justifiées. D’ailleurs, je suis tout disposé à accorder, par application de la circulaire ministérielle du 14 juin 1915, les dispenses temporaires qui vous paraitraient justifiées par les travaux agricoles. J’ai donc pleine confiance, Mesdames et Messieurs, que, grâce à vote vigilance patriotique, nous parviendrons, pendant la guerre, à enrayer un mal funeste à l’école et, par suite, à donner à celle-ci une impulsion décisive, tant sous le rapport de l’instruction que de la discipline éducative. C’est une obligation morale que nous avons contractée à l’égard des pères que la lutte sacrée tient éloignés de leurs foyers, et à l’égard de la nation qui, dans la paix victorieuse, aura besoin que tous ses enfants lui apportent un dévouement éclairé pour reconstituer ses forces et reprendre le cours de ses glorieuses destinées".

La France du Nord, dimanche 3 février 1918. Archives départementales du Pas-de-Calais, PG 16/98.

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