Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 13 décembre 2018 - 07h31
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Le 4 octobre 1918 : Émile Buloz, sous-préfet de Boulogne, cité à l’ordre de la Nation

Le 4 octobre 2018

Une citation à l'ordre de la Nation est un titre de reconnaissance créé en France en 1917, lié généralement à la remise d'une décoration, soit à titre militaire, soit à titre civil. Comme la croix de guerre, elle honore des actes de bravoure individuels et le dévouement d'individus qui se sont particulièrement distingués durant le conflit. C'est le cas du sous-préfet Émile Buloz, en raison de son action depuis son arrivée le 5 avril 1918 dans l'arrondissement de Boulogne-sur-Mer.

Émile Marie Hilarion Buloz, né à Toulon le 19 octobre 1866, est le fils d’Eugène Émile Stanislas Buloz, capitaine d'artillerie mort en 1872, et de Marie-Rose Antoinette Philippine Bertin. Charles Buloz, le directeur de la Revue des deux mondes, est son cousin. Élevé par sa mère, il obtient les baccalauréats de sciences et de droit. Exempté de service militaire en raison de son statut de soutien de famille, il débute sa carrière professionnelle comme commis auxiliaire des chemins de fer du PLM à Aix-en-Provence, de juin 1885 à octobre 1887. Alors qu'il occupe un poste de publiciste, il est nommé comme attaché non rémunéré au ministère de l'Intérieur le 25 octobre 1891. C'est en qualité de chef de cabinet du préfet des Basses-Alpes en janvier 1892 qu'il intègre véritablement l'administration. D'abord attaché le 18 mars 1893 au cabinet d’Alexandre Ribot, président du Conseil et ministre de l'Intérieur, puis rédacteur au sein de ce dernier ministère le 16 novembre, il devient sous-préfet d’Embrun dans les Hautes-Alpes, le 10 avril 1894. Suivent Avallon (Yonne) le 31 juillet 1894, puis Châteaudun (Eure-et-Loir) en septembre 1897.

Placé en disponibilité le 19 juillet 1898, Émile Buloz demande une recette des finances en 1902, puis en 1910, avant de partir en Roumanie dans le cadre d'une mission pour le ministère des Affaires étrangères. De retour en France, il rentre en mai 1913 dans la préfectorale comme sous-préfet de Cholet (Maine-et-Loire), puis de Vendôme (Loir-et-Cher) le 5 décembre 1914, avant d'être nommé le 10 mars 1918 à Boulogne-sur-Mer. Pour ses actes dans cet arrondissement au cours du conflit, il reçoit la croix de guerre et est cité à l’ordre de la Nation le 4 octobre 1918. Décoré de la Légion d'honneur le 26 juillet 1919, il est également fait chevalier de l'ordre de l'Empire britannique lors de la venue du roi à Boulogne-sur-Mer en 1919 et chevalier de l'ordre de la Couronne de Belgique.

M. Buloz

Sous-préfet de Boulogne cité à l'ordre du Pays

M. Émile Buloz, sous-préfet de Boulogne, vient d'être l'objet de la citation suivante à l'ordre du pays :

M. Buloz (Émile-Hilarion), sous-préfet de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) dans un arrondissement cruellement éprouvé, s'est dépensé avec un zèle et un dévouement inlassables pour conserver intact l'admirable moral des populations. S'est toujours porté, un des premiers, sans souci de la fatigue et du péril, au secours des victimes des bombardements, notamment à Calais et à Boulogne. S'est particulièrement distingué dans cette dernière ville, en parcourant les rues sous la chute des projectiles ennemis. A fait preuve d'un très beau courage et montré le plus parfait mépris du danger.

La population tout entière s'associera à cet hommage qu'en termes aussi flatteurs le gouvernement a rendu à notre distingué sous-préfet.

Quoique depuis 8 mois à peine à la tête de notre arrondissement, M. Buloz a su très vite conquérir l'estime générale et gagner l'affectueuse confiance de ses administrés par sa parfaite distinction, sa courtoisie bienveillante, sa bonté native et son désir de faire un peu de bien là où la guerre a fait tant de mal. Chacun sait combien il s'est toujours penché avec empressement vers les petits, les humbles et les déshérités, s'efforçant de les secourir et de les réconforter.

Dans les nombreuses cérémonies auxquelles il s'est rendu, il a, par ses émouvantes et éloquentes paroles, toutes vibrantes de patriotisme et toutes pleines d'appels écoutés à la concorde nationale, su maintenir élevé le moral de nos populations et affirmer sa valeur personnelle.

La France du Nord est heureuse, en la circonstance, d'adresser à notre dévoué sous-préfet ses compliments les plus vifs et les plus cordiaux.

La France du Nord, vendredi 4 octobre 1918. Archives départementales du Pas-de-Calais, PG 16/97.

Alors que sa carrière apparaît comme particulièrement prometteuse (préfet de Deux-Sèvres le 17 janvier 1920, de la Vienne le 27 juillet 1922), elle se termine brutalement lorsqu'éclate une affaire d'abus de confiance en juillet 1924. Le haut fonctionnaire est déféré devant la cour d’appel d'Orléans pour s'être approprié un registre paroissial, contenant les actes de baptême de Ronsard, de Joachim du Bellay et d'autres célébrités du Vendômois, ainsi que des objets et pièces précieuses appartenant à l'État, tous conservés dans les placards, caves ou greniers des sous-préfectures ou préfectures où ses fonctions l'avaient appelé à résider. Il demande à être mis en disponibilité le 8 juillet pour mieux pouvoir se défendre. La presse se déchaîne contre lui, alors qu'il n'avoue les faits qu'à demi-mots ; on le retrouve mort, le 7 octobre 1924, étendu sur le parquet d'une chambre de l'hôtel d'Orsay à Paris, à la veille de son procès. Tous s'interrogent sur les véritables circonstances de sa mort, jugée pour le moins suspecte. La police parisienne ordonne une autopsie, qui confirme la thèse d'une mort naturelle due à une hémorragie cérébrale, alors même qu'un sachet de substances médicamenteuses avait été retrouvée près de sa dépouille.

Lors de la saisie de ses affaires, on retrouve dans une malle le registre paroissial de Villedieu, enveloppé dans un papier portant comme inscription À ouvrir en cas de mort… pour ma justification et ma bonne foi.

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Vue en coupe d'un pont sous-marin.

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