Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 13 décembre 2018 - 07h32
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Les 23 et 24 septembre 1918 : session ordinaire du Conseil général du Pas-de-Calais Retour sur quatre années de guerre dans le Pas-de-Calais

Le 23 septembre 2018

Le lundi 23 septembre 1918 après-midi et le mardi 24, le Conseil général du Pas-de-Calais se réunit pour sa deuxième session ordinaire de l'année à l'hôtel de ville de Boulogne-sur-Mer, en présence du préfet du Pas-de-Calais, Robert Leullier. Charles Jonnart préside la séance et ouvre la session par un discours patriotique, porteur de l'espoir d'une fin prochaine de la guerre suite aux récentes victoires des Alliés, transcrit ci-dessous :

Mes Chers Collègues,

Aux heures lourdes d'angoisses, succèdent les jours bénis de la victoire. L'héroïsme de nos soldats, l'inébranlable volonté du pays, vont recevoir leur récompense. Tous, sur le front et à l'arrière, nous avons fait le serment d'aller jusqu'au bout ; la France a enduré les pires souffrances, consenti d'inouïs sacrifices pour défendre le Droit contre le crime, la civilisation contre la barbarie, en même temps qu'elle luttait pour son existence, et voici que, dans la nuit sombre des batailles, l'horizon s'éclaire et l'espérance gonfle nos cœurs.

Pour toucher le but, il faut tendre nos muscles et persévérer dans l'effort.

Vous êtes de ceux, mes chers collègues, qui, dans les jours les plus douloureux, n'ont jamais douté et n'ont jamais fléchi.

Je me souviens de la séance du mois de septembre 1914 où le Conseil général stigmatisait l'infamie des Empires de proie qui, sous l'apparence d'un prétexte, pour satisfaire leur rêve de domination universelle et leurs bas appétits de conquête, déchaînaient en Europe la plus terrible des guerres, et qui n'osant pas aborder de front le mur infranchissable de nos défenses de l'Est, se ruaient sur la vaillante petite Belgique, au mépris des traités où l'Allemagne avait apposé sa signature, tuant, pillant, incendiant, dévastant tout sur leur passage, violant toutes les lois de la guerre et toutes les lois humaines pour répandre dans le monde l'épouvante et la terreur. – (Applaudissements).

Nous siégions à Arras ; l'ennemi était à nos portes. La France, patrie de l'honneur, persistant à rejeter l'idée d'un pareil crime contre la neutralité de la Belgique, n'avait point fortifié ses frontières du Nord. En quelques jours, les armées allemandes réussissaient à occuper une partie des Flandres, et du territoire d'Artois.

Alors, avec une indicible émotion, nous exprimions nos plus affectueuses pensées et nos vœux à ceux de nos collègues demeurés au milieu des populations envahies qu'ils représentent avec tant de fierté et de courage, et nous leur promettions de ne pas faillir devant l'effroyable tourmente. – (Très bien).

Le Pas-de-Calais a tenu parole : il n'a pas connu le découragement, ni les défaillances. Des centaines de communes, des plus belles et des plus riches de notre département, ont subi les horreurs de l'invasion. Elles ont été ravagées, détruites, leurs habitants réduits en esclavage, suivant un plan infernal méthodiquement exécuté. Ce sont des ruines que foulent les armées alliées libératrices de notre territoire. Cependant, devant les excès de la plus odieuse barbarie, notre patriotisme n'a cessé de se raffermir et nous avons gardé une foi invincible dans la victoire du Droit et de l'Humanité et les réparations de l'avenir. (Très bien).

Les réparations, après tant d'abominables forfaits, il faut qu'elles soient intégrales, les sanctions implacables, les garanties d'avenir nettement déterminées. – (Applaudissements).

Nous n'avons pas voulu la guerre ; nous voulons plus que jamais la paix. Mais non la paix allemande, non pas un lâche compromis murmuré à voix basse qui s'appliquerait à détourner des grands coupables et des nations qui n'ont pas cessé de se solidariser avec eux les responsabilités et les châtiments !

Nous avons le droit d'élever la voix.

Au nom de nos concitoyens, au nom de tous ceux qui sont morts victimes des sévices raffinés et des brutalités de l'envahisseur, au nom de ceux qui ont enduré pendant plus de quatre ans les plus cruelles épreuves que l'Histoire ait connues, au nom de nos villages effondrés et de nos villes martyres, au nom de cette assemblée qui ne veut rien oublier, ni rien pardonner, je dois dire très haut, pour que mes paroles et vos volontés retentissent jusque dans les régions heureuses qui n'ont pas souffert de l'invasion, que nous nous dresserions contre tout Gouvernement qui engagerait des pourparlers avec l'ennemi avant que les territoires envahis soient complètement libérés, (Applaudissements)… avant que nous puissions imposer aux malfaiteurs de l'humanité une paix qui soit autre chose qu'une trêve et une duperie, une paix réparatrice, durable, fondant le règne du Droit sur des bases inébranlables, assurant le triomphe définitif de l'idéal de justice et de liberté et des nobles conceptions de l'honneur qui désormais doivent présider au Gouvernement des peuples et à leurs rapports entre eux.

La parole de nos ennemis, leur promesse de la tenir, chiffon de papier ! ce qu'il nous faut, suivant les déclarations du Président Wilson, c'est les mettre dans l'impossibilité de violer les futurs traités.

Messieurs, la parole reste au canon. – (Applaudissements).

Nos âmes communient avec celle du grand patriote Georges Clemenceau qui veut continuer la guerre jusqu'aux libérations triomphantes. – (Très bien, très bien). Nos cœurs battent à l'unisson du sien. Permettez-moi d'adresser au chef du Gouvernement l'expression de notre ardente sympathie et de notre entière confiance, en même temps que le nouveau tribut de notre admiration et de notre infinie gratitude aux magnifiques troupes françaises et alliées qui, sous le commandement de chefs admirables, avec un esprit de sacrifice qui dépasse l'imagination des plus belles légendes, luttent victorieusement sur tous les fronts et tout à l'heure bouteront l'ennemi hors de France. – (Salves d'applaudissements).

Messieurs, je puis dire à M. le Préfet que sa collaboration nous sera infiniment précieuse. Nous connaissons son esprit d'initiative, son activité. Nous savons que nous pouvons compter entièrement sur son dévouement aux intérêts du Département et au sublime idéal de la République.

Monsieur le Préfet, vous succédez à un homme qui nous a légué de grands exemples, qui laissera un souvenir impérissable de l'aménité de son caractère, de la bonté de son cœur, de son courage tranquille et superbe. Bon républicain, ardent patriote, il a emporté les regrets unanimes et les sympathies de ce Département qu'il servait depuis longtemps. Nous défendions auprès de lui, âprement parfois, les intérêts des contribuables. Nous protestions – comme nous continuerons à protester, – mais l'entente la plus cordiale n'a cessé de régner entre nous. Nous n'avions qu'une pensée, qu'une impulsion : gérer les intérêts de ce Département en bons pères de famille, maintenir toutes ses forces vives, travailler pour la petite Patrie, travailler du même élan à la prospérité et à la grandeur de la France.

Ce programme, Monsieur le Préfet, c'est le vôtre ; vous nous l'avez dit. Notre concours le plus cordial et le plus confiant ne vous fera jamais défaut. Vous êtes ici dans un département de braves gens. Il n'y a dans cette assemblée, sur quelque banc qu'ils siègent, que de bons serviteurs de la France et de la République. – (Très bien, très bien).

Archives départementales du Pas-de-Calais, 1 N 137.

Lors de cette même session, le nouveau préfet Robert Leullier présente à l'Assemblée départementale un exposé récapitulatif de la vie administrative, des œuvres de solidarité, d'assistance, d'hygiène et d'enseignement et de la vie économique du Département pendant la guerre, introduit par le discours suivant :

Messieurs,

Partiellement envahi dès le premier mois des hostilités, le Département du Pas-de-Calais subit depuis plus de quatre années les plus pénibles et les plus douloureuses épreuves. Dans deux de ses arrondissements, plusieurs cantons n'ont pas cessé d'être occupés par les troupes de l'empereur allemand. Un grand nombre d'habitants sont encore soumis aux souffrances morales et matérielles que l'ennemi s'ingénie à multiplier avec des raffinements inouïs de barbarie et de cruauté. Ceux qui ont échappé à son étreinte ont dû abandonner tout ce qu'ils possédaient. Le fruit de leur travail, de leurs laborieux efforts, celui des générations qui les ont précédés sont anéantis. La libération est prochaine, mais à leur retour nos malheureux compatriotes ne trouveront plus que des ruines amoncelées, des territoires bouleversés, et, partout, le spectacle de la plus indicible désolation. La nation tout entière a l'impérieux devoir de les secourir et de les aider dans la lourde tâche que nécessite leur relèvement. Elle n'y faillira pas.

Mais si nombreuses et si agissantes que puissent être les marques de solidarité, notre Département n'en restera pas moins parmi ceux qui auront le plus cruellement souffert de la guerre. Si les habitants des communes demeurées libres ont été moins éprouvés, ils auront eu cependant leur grande part de deuils, de tristesses et de ruines. Il n'est guère, en effet, de communes qui aient été épargnées. Aussi n'est-il pas de département qui ait été plus que le nôtre associé aux heures angoissantes que le pays a vécues, comme aussi aux espoirs qu'il a successivement vu naître.

À chaque page de l'histoire de cette guerre reviendront les noms des localités du Pas-de-Calais à jamais célèbres par les combats – de fortune diverse mais tout infiniment glorieux pour nos armes – qui s'y sont déroulés.

1914 ! C’est la séparation d'une partie du Département du reste de la France et l'exode douloureux d'un grand nombre de ses habitants ; – mais c'est aussi l'arrêt de l'envahisseur, le salut du reste du pays assuré par l'héroïne résistance sur le front d'Artois. C'est Arras, son chef-lieu, meurtrie par le bombardement, qui reste inviolée. Et ses habitants voient leur foi inébranlable dans les destinées immortelles de la Patrie accrue par leur martyre même.

1915 ! C'est la retentissante épopée de Loos-en-Gohelle, de Lorette, d'Ablain-Saint-Nazaire, de Souchez et de Carency qui surexcite les espérances.

1916 ! C'est Verdun et, plus près de nous, l'offensive de la Somme qui détermine le premier repli important de l'ennemi.

1917 ! C'est la reprise de la Crête de Vimy et de Monchy-le-Preux et, aussitôt après, la première tentative pour la renaissance économique des localités récupérées.

1918 nous apporte une nouvelle épreuve : la perte de la plus grande partie des communes reconquises et de plusieurs autres restées jusqu'alors hors des atteintes de l'ennemi, et en même temps le bombardement violent et sans excuses des agglomérations de l'arrière. La liste des innocentes victimes civiles s'allonge journellement et les ruines s'ajoutent aux ruines.

Mais bientôt la vaillance des Armées françaises et alliées ramène la Victoire.

À travers les fluctuations inévitables des batailles, l'admirable confiance des populations de l'Artois n'a jamais fléchi. Leurs souffrances ont décuplé leur volonté de servir passionnément le pays : elles lui ont apporté sous des formes diverses tout ce qu'il était possible d'attendre du patriotisme le plus éclairé et d'une adaptation exceptionnellement rapide aux entreprises créées en vue d'accroître les moyens d'action de la Défense nationale.

Depuis les communes de la ligne de feu où ils ont peiné sous les obus jusqu'à celles si convoitées du littoral, les habitants ont rivalisé de zèle pour contribuer au ravitaillement civil et militaire et faire face aux besoins de l'Armée en munitions et en matériel.

À l'entrée de la 5me année de guerre, j'ai pensé qu'il pouvait être intéressant de fixer dans un court exposé la vie du département depuis l'ouverture des hostilités. J'ai divisé cet exposé en trois parties :

I - La partie administrative ;

II - La partie concernant les oeuvres de solidarité, d'assistance, d'hygiène et d'enseignement ;

III - La partie économique.

Le dit exposé est consultable dans son intégralité aux Archives départementales du Pas-de-Calais (1 N 138).

Les rapports et procès-verbaux du Conseil général, conservés en série 1 N, sont très riches d'informations sur l'action des pouvoirs publics dans le département et constituent une source de premier ordre pour son histoire administrative et économique.

Sources

  • Département du Pas-de-Calais, Conseil général. – 2e session ordinaire de 1918 : rapports et délibérations. Archives départementales du Pas-de-Calais, 1 N 137. [Consulter sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5824923t]
  • Département du Pas-de-Calais, Conseil général. – 2e session ordinaire de 1918 : Exposé de M. Robert Leulier, préfet, La vie administrative, les œuvres de solidarité, d’assistance, d’hygiène et d’enseignement et la vie économique du Département pendant la guerre. Archives départementales du Pas-de-Calais, 1 N 138.

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Vue en coupe d'un pont sous-marin.

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