Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 23 mai 2019 - 11h35
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Création de la croix de guerre

La croix de guerre est une décoration militaire instituée en 1915 pour récompenser les soldats ayant fait preuve d’une conduite exceptionnelle. Pendant les premiers mois du conflit, en effet, la France ne dispose pas de décoration spécifique pour gratifier et matérialiser les actes de bravoure individuels des soldats. À cette époque, il n’existe que la Légion d’honneur, créée en 1802 par Napoléon Bonaparte, la médaille militaire, instituée en 1852 par Louis-Napoléon Bonaparte, et les citations à l’ordre du jour des régiments.

Une récompense spécifique

Il a très vite semblé nécessaire, au regard de l’importance des forces mobilisées et des souffrances endurées, de créer une récompense spécifique destinée aux militaires titulaires d’une citation. L’un des plus fervents partisans en est le général Victor Boëlle (1850-1942), alors commandant du IVe Corps d’armée. Il s’entretient à ce sujet avec le député et écrivain Maurice Barrès (1862-1923), qui demande alors, par voie de presse, la création d’une nouvelle récompense militaire afin que le chef puisse décorer ses plus braves soldats sur le champ de bataille après chaque affaire.

Le 23 décembre 1914, plusieurs députés, dont Georges Bonnefous, de Seine-et-Oise, déposent une proposition de loi visant à instituer une médaille récompensant la valeur militaire pour commémorer les citations individuelles. Cette proposition est discutée à la Chambre des députés le 4 février 1915. Favorable à ce projet, le rapporteur de la commission de l’armée, le lieutenant-colonel Émile Driant, revient du front pour le défendre.

Voici quelques passages du discours qu’il prononce ce jour-là (Journal officiel de la République française. Débats parlementaires. Chambre des députés, 5 février 1915, p. 89-92) :

[…] La récompense nouvelle qui va devenir d’un seul coup – ne vous y méprenez pas – l’une des distinctions les plus enviées, sera surtout une source profonde, une source merveilleuse d’émulation.

Non pas, Messieurs, que le courage français, même après six mois de durs efforts, ait besoin qu’on lui rende du souffle ; il n’en a pas besoin, il ira jusqu’au bout. Demain comme hier, il se manifestera aussi fécond en dévouements de toutes sortes, que cette croix lui soit offerte ou non.

Mais dans les conditions nouvelles de cette guerre, où au choc retentissant des armées a succédé l’interminable série des actes de bravoure individuels, créer cette récompense, c’est mettre entre les mains des chefs militaires un levier d’une puissance incomparable.

Cela est si vrai, que ce levier, les principales armées de l’Europe le possèdent. La Russie a la croix de Saint-Georges, l’Angleterre la croix de Victoria, l’Italie la médaille de la valeur militaire. La France n’a rien d’équivalent.

J’entends bien que l’on me répond que nous avons la Légion d’honneur, le plus brillant, le plus beau de nos insignes nationaux et peut-être même de tous les insignes connus.
Nous avons aussi la médaille militaire, qui est une distinction infiniment précieuse […].

Rien de plus beau, en effet, que ces deux décorations françaises. Mais si le nombre en est suffisant en temps de paix, il est totalement insuffisant en présence des nombreux actes d’héroïsme dont s’enorgueillit aujourd’hui la nation.
Accroître ce nombre est impossible au-delà d’une certaine limite, puisqu’une dotation pécuniaire est attachée à chacune d’elles.

De plus, elles se donnent en temps de paix à l’ancienneté et nous tenons à récompenser uniquement des actes de guerre.
Enfin, et surtout, la Légion d’honneur et la médaille militaire ne peuvent payer les dévouements qui se traduisent par le sacrifice instantané de la vie. Nous avons vu un ministre de la Guerre essayer de décorer un aviateur tombé en service commandé et se heurter aux règlements de l’ordre de la Légion, qui ne permettent pas d’accrocher un ruban rouge sur une poitrine qui ne bat plus.

Dans l’armée française donc, le chef qui veut proclamer le courage d’un soldat n’a à sa disposition qu’un moyen, c’est la citation. […]

Et, qu’est-ce que la citation elle-même ?
Messieurs, un résumé bien terne et bien incomplet de l’acte accompli. […]

Évidemment, ces citations ont, par leur simplicité même, une admirable beauté, une beauté tragique ; mais rendent-elles tout l’héroïsme dépensé et surtout, quand le Journal officiel a paru, qu’en reste-t-il ?

C’est à cette dernière question que nous avons voulu répondre.
Nous avons voulu que les combattants morts au champ d’honneur, en accomplissant un acte de bravoure utile au pays par ses résultats, utile à l’armée par l’exemple, puissent léguer à leurs familles et à leurs enfants autre chose que quatre lignes noyées dans une colonne de journal.

L’article unique de la proposition de loi votée par la Chambre des députés le 4 février est en conséquence conçu en ces termes :

Article unique. – Il est créé une croix, dite "croix de guerre", destinée à commémorer, depuis le début de la guerre de 1914-1915, les citations individuelles des officiers, sous-officiers, caporaux et soldats des armées de terre et de mer, à l’ordre de l’armée, des corps d’armée, des divisions, des brigades et des régiments.

Le Sénat l’étudie en urgence les 25 et 26 mars. La commission sénatoriale de l’armée se refuse à suivre la Chambre, et – sur l’avis du ministre de la Guerre et du commandant en chef – n’admet initialement que les citations à l’ordre de l’armée pour donner droit à la nouvelle décoration. La discussion, en séance, porte sur ce point, mais aussi sur la possibilité d’étendre la décoration aux marins, aux troupes coloniales, aux civils, aux familles des soldats tués, etc., et sur la forme à lui donner (croix ou étoile, couleurs,etc.).

Le texte de loi adopté le 26 mars (Journal officiel de la République française. Débats parlementaires. Sénat, n° des 26 et 27 mars 1915) est conçu en ces termes :

Article unique. – Il est créé une croix, dite croix de guerre, destinée à commémorer, depuis le début de la guerre de 1914-1915 les citations individuelles, pour faits de guerre, à l’ordre des armées de terre et de mer, des corps d’armée, des divisions, des brigades et des régiments.

Jusqu’à la cessation de ladite guerre, cette croix sera attribuée, dans les mêmes conditions que ci-dessus, dans les corps participant à des actions de guerre en dehors du théâtre principal des opérations.

Un décret règlera l’application de la présente loi.

Ce texte, adopté à son tour par la Chambre des députés le 2 avril 1915, paraît au Journal officiel le 9 avril suivant.

Conditions d’attribution et modèle de la croix de guerre

Un décret du 23 avril, publié au Journal officiel du lendemain, précise les conditions d’attribution de la croix de guerre et en décrit le modèle (Bulletin des armées, 22-24 avril 1915) :

Article 3. La croix de guerre est conférée de plein droit aux militaires des armées de terre et de mer, Français ou étrangers, qui auront obtenu, pour faits de guerre, pendant la durée de la guerre contre l’Allemagne et ses alliés, une citation à l’ordre d’une armée, d’un corps d’armée, d’une division, d’une brigade, d’un régiment, ou une citation à l’ordre d’une unité correspondante.

Article 4. La croix de guerre est également conférée, de plein droit, aux civils et aux membres des divers personnels militarisés, qui auront été l’objet d’une des citations visées à l’article précédent.

[…]

Article 6. La croix de guerre est conférée, de plein droit, en même temps que la Légion d’honneur ou la médaille militaire, aux militaires ou civils non cités à l’ordre, dont la décoration aura été accompagnée, au Journal officiel, de motifs équivalant à une citation à l’ordre de l’armée pour action d’éclat.

Cette décoration, dont l’aspect a varié au fil des débats parlementaires, mais aussi au gré des propositions d’artistes (pas loin de sept projets), se présente sous la forme d’une croix en bronze florentin du module de 37 mm, à quatre branches avec, entre les branches, deux épées croisées. Le modèle retenu est celui du sculpteur Albert Bartholomé.

Sur l’avers, figure au centre une tête de "Marianne" coiffée d’un bonnet phrygien et ornée d’une couronne de laurier, avec en exergue "République française".
Au revers, figure l’inscription "1914-1915", qui est modifiée chaque année jusqu’à la fin de la guerre. La croix de guerre est suspendue à un ruban vert avec liseré rouge à chaque bord et comptant cinq bandes rouges de 1 mm 5. C’est le ruban de la médaille de Sainte-Hélène. Elle se porte sur le côté gauche de la poitrine, immédiatement après la Légion d’honneur ou la médaille militaire.

Les insignes distinctifs des diverses citations sont les suivants :

  • pour une citation à l’ordre de la brigade, du régiment ou unité assimilée, une étoile en bronze ;
  • pour une citation à l’ordre de la division, une étoile en argent ;
  • pour une citation à l’ordre du corps d’armée, une étoile en vermeil ;
  • pour une citation à l’ordre de l’armée, une palme représentant une branche de laurier en bronze.

Plusieurs citations obtenues pour des faits différents se distinguent par autant d’étoiles correspondant à leurs degrés ou de palmes. La matérialisation des citations, les conditions d’obtention et l’aspect général de la décoration sont précisés dans le décret d’application du 23 avril 1915. À chaque citation – reconnaissance d’un acte de bravoure individuel – correspond un insigne spécifique et distinctif. Celui-ci s’agrafe sur le ruban qui peut en recevoir plusieurs.
Pour les citations collectives, la fourragère est instituée en avril 1916. Ce cordon en tissu tressé aux couleurs de la décoration est porté par tous les militaires pendant leur présence au sein de l’unité citée.

La croix de guerre peut aussi être décernée aux civils, à des étrangers, à des institutions, à des régiments, à des bâtiments de la Marine nationale, à des collectivités, et même à des animaux (le pigeon voyageur par exemple).
C’est ainsi que le 33e régiment d’infanterie d’Arras a eu son drapeau décoré de la croix de guerre par le général Pétain le 14 août 1915, et a obtenu le droit au port de la fourragère aux couleurs du ruban de la croix de guerre.
271 communes du Pas-de-Calais l’ont obtenue entre le 25 août 1919 (Calais) et le 17 novembre 1923 (Souastre), avec pour la plupart les 23 et 25 septembre 1920 – Bapaume, décorée de la croix de la Légion d’honneur dès le 10 octobre 1919, recevant la croix de guerre par arrêté du 9 août 1928.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, une croix de guerre 1939-1945 sera également instituée.

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