Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 23 août 2017 - 11h50
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Henri Mayeur, historien et héros de guerre

Les archives départementales du Pas-de-Calais ont fait l’acquisition en octobre 2009 des archives d’Henri Mayeur (1893-1986). Celui-ci est né à Bouvigny-Boyeffles, commune dans laquelle il a été secrétaire de mairie et qui a été le principal objet de ses recherches historiques.

Qui était Henri Mayeur ?

Henri-Constant-Louis-Joseph Mayeur est né le 30 mai 1893. Il est le fils unique de Paul-Henri Mayeur (1862-1915) et de Léontine-Philippine-Joseph Dupuich (1862-1934), tous deux cultivateurs à Bouvigny-Boyeffles. En 1907, alors âgé de 14 ans, Henri Mayeur est admis en classe de 4ième A (section latin-sciences) à l’institution Saint-Joseph d’Arras. Bon élève, il obtient son baccalauréat dès 1911. Malgré son diplôme, il revient travailler à la ferme de ses parents, lorsqu’en 1913, il est appelé sous les drapeaux, pour effectuer son service national obligatoire.

Il est ainsi incorporé [note 1] le 28 novembre 1913 au 73ième régiment d’infanterie. Soldat de 2ième classe, il est nommé caporal le 13 septembre 1914, puis aspirant le 24 décembre de la même année. Son régiment participe à la première bataille de la Marne (du 6 au 13 septembre 1914). Henri Mayeur est blessé par balle à deux reprises, en octobre 1914 et en février 1915. Il est alors hospitalisé à l'hôpital auxiliaire Saint-Frai-Lourdes (Hautes-Pyrénées), puis à l'hôpital bénévole de Saint-Pé-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées).
Entre temps, son père est décédé le 31 août 1915, suite à l’explosion d’un obus tombé sur Bouvigny-Boyeffles. Passé au 108ième régiment d’infanterie le 8 octobre 1915, Henri Mayeur prend part à la fin de la bataille d’Artois.

Le 8 février 1916, il est gravement blessé par un éclat d’obus, au niveau de l’arcade sourcilière, ce qui entraîne la perte de l’œil gauche. Pour ses faits d’armes et ses blessures, il se voit décerner la croix de guerre avec étoile d’argent le 14 février 1916 et est élevé à la dignité de chevalier de la Légion d’honneur le 25 décembre suivant. Il a été également promu sous-lieutenant à titre temporaire le 14 février 1916, puis sous-lieutenant de réserve le 1er octobre. N’étant plus admis, après sa guérison, à participer aux opérations de première ligne, il devient officier contrôleur des battages de l’Aisne (de novembre 1917 à juin 1918), puis de la Creuse (de juillet à décembre 1918), enfin lieutenant délégué aux transports du ravitaillement à Guéret (en décembre 1918).

Henri Mayeur se marie le 16 juillet 1918, avec Claire Bosviel (1891-1968) qu’il a rencontrée lors d’un séjour de convalescence dans la région bordelaise. Ensemble, ils adopteront un enfant.

Résistant durant la Seconde Guerre mondiale, il est membre de l’organisation civile et militaire du bassin minier, sous les ordres du commandant Marcel Douphy. En tant que secrétaire de mairie, il pouvait transmettre aux Alliés les informations dont il avait connaissance.

Henri Mayeur a, effectivement, été secrétaire de la mairie de Bouvigny-Boyeffles jusqu’en 1958. À partir de cette date, il peut s’adonner entièrement à ses passions premières qui sont l’histoire locale et la généalogie.

Il décède à Douai le 5 juin 1986, à l’âge de 93 ans.

Fonds Henri-Mayeur (sous-série 87 J)

Les documents concernant Bouvigny-Boyeffles et ses environs forment la principale richesse de ce fonds. Ils sont complétés par une belle bibliothèque, essentiellement constituée d’ouvrages relatifs à la Révolution française.

Henri Mayeur s’est notamment passionné pour le folklore artésien, l’église Saint-Martin de Bouvigny-Boyeffles, ou encore les personnalités liées à sa commune. En premier chef, le graveur Arthur Mayeur, grand prix de Rome et célèbre chantre du patrimoine artésien (mais qui ne semble pas être en parenté avec Henri Mayeur).

Son intérêt pour la Révolution française le pousse également à étudier la vie des frères Duquesnoy, révolutionnaires renommés, aussi natifs de Bouvigny-Boyeffles. Ernest Duquesnoy (1749-1795) est connu pour avoir été député du Pas-de-Calais à la Convention nationale, tandis que son frère Florent (1761-1801) s’est illustré en tant que général en chef des armées du Nord et des Ardennes.

Une lettre à l’honneur

Le second intérêt réside, sans nul doute, dans les documents produits lors de la Première Guerre mondiale. L’abondante correspondance qu’a entretenue Henri Mayeur avec ses proches durant cette période (près de 664 lettres) est à ce titre une mine d’informations. Le document présenté ci-dessous n’en est qu’un échantillon.

Il s’agit d’une lettre de Victor Manchart [note 2], datée du 3 juillet 1915, qui demande des nouvelles d’Henri, alors hospitalisé depuis le mois de mars 1915, à l'hôpital bénévole de Saint-Pé-de-Bigorre situé en Gascogne. Le 17 février 1915, il avait, en effet, été pour la seconde fois blessé par une balle.

L’auteur de la lettre, Victor Manchart, né le 4 janvier 1892, est un ami d’enfance d’Henri Mayeur. Employé de bureau, il est incorporé en tant que soldat de deuxième classe, le 9 octobre 1913. Il passe au 33ième RI à compter du 20 décembre 1915, puis au 201ième RI le 18 mars 1916. Il est enfin nommé caporal téléphoniste le 22 juillet 1917, avant d’être démobilisé en août 1919. Pour sa vaillance, il a reçu la croix de guerre avec étoile de bronze, ainsi que la médaille de la Victoire. Il devient ensuite chef comptable, puis décède à Douai le 22 août 1949.

Dans la première partie de sa lettre, il se remémore quelques souvenirs d’avant-guerre dans la campagne artésienne, revenus certainement à son esprit grâce à une lettre d’Henri et à une date, veille de la ducasse de Bouvigny-Boyeffles. Il évoque notamment le sort des deux tours de l’ancienne abbaye du Mont-Saint-Éloi, victimes des tirs d'artilleries ennemies, en raison de leur utilisation comme poste d'observation. La seconde partie de la lettre est, quant à elle, consacrée aux nouvelles qu’il a pu collecter sur plusieurs de leurs amis également mobilisés. Enfin, il revient sur leurs situations personnelles précédemment évoquées.

Le fonds Henri Mayeur est consultable dans la salle de lecture du centre Mahaut-d’Artois à Dainville sous les cotes 87 J 1 à 140.

Le 3 juillet 1915
(veille de la ducasse)

Reçu le 5 

Mon cher Henri,

Ton petit mot a ravivé le souvenir des délicieuses parties que nous avons partagé durant les quelques années qui ont précédées la guerre. Ce temps de ma jeunesse sera inoubliable et s’il nous arrivait de reprendre cette existence, il y manquerait néanmoins à présent le charme de nos campagnes, aujourd’hui en partie dévastées.

Que reverrons-nous dans notre petit coin natal ? et des communes tant à l’est qu’au sud, que restera-t-il ? Nous pourrons comme des étrangers visiter les… ruines des tours de Mont-St-Éloi qui n’ont plus rien de ce que nous en connaissons.

Nous devrons reprendre nos randonnées à bicyclette, pour apprendre à connaître le nouveau Pas-de-Calais.

J’ai eu la surprise d’avoir la visite d’Arthur Mayeur (Godefroy) [note 3], il y a 3 jours. Nous sommes dans la même commune. Il est maintenant cuisinier et en bonne santé… comme l’exige sa nouvelle situation. Jean n’est pas encore de retour sur le front, non plus que son frère Joseph.

Je reçois assez souvent des nouvelles de quelques camarades : des 2 Boidin - Paul [note 4] est à un parc à bétail - Aristide [note 5] dans un train régimentaire - de François Duquesnoy [note 6] au 27ième d’art[illerie] - de Jules Bauchet [note 7] de retour sur le front, au 73ième.

De Bouvigny je n’ai que des nouvelles de la santé de nos familles. Quant aux incidents et accidents, maman est sobre dans ses narrations à ce point de vue et je ne puis rien arracher sur la vie et l’aspect général du patelin.

Mon frère [note 8] est venu dîner avec moi il y [a] une quinzaine de jours, il est toujours en parfaite santé.

Quant à moi, je continue à me laisser vivre, dans la monotonie des papiers.

Que deviens-tu dans ce merveilleux pays de Gascogne ? J’espère que tu n’y pas trop le… Gascon !

J’attends de longues nouvelles sur ton état de santé, physique et moral.

Avec mes meilleures amitiés.

Reçois cher Henri ma plus cordiale poignée de mains.

Ton ami
V. Manchart

Réservons nos invitations de bal pour la ducasse de l’an prochain.

Notes

[note 1] Cf matricule d'Henri Mayeur (1/2) et matricule d'Henri Mayeur (2/2), classe 1913, bureau de Béthune, matricule 3712.  

[note 2]  Cf matricule de Victor-Benjamin Manchart (1892-1949), classe 1912, bureau de Béthune, matricule 2205.

[note 3] Probablement Arthur-Lucien Mayeur (1892-1930), mineur, fils de Godefroy Mayeur. Cf matricule d'Arthur-Lucien Mayeur, classe 1912, bureau de Béthune, matricule 2216. 

[note 4] Julien-Paul-Henri-Joseph Boidin (1892-19..), boucher. Cf matricule de Julien-Paul-Henri-Joseph Boidin (1/2) et matricule de Julien-Paul-Henri-Joseph Boidin (2/2), classe 1912, bureau de Béthune, matricule 1787.

[note 5] Aristide-Oscar-Joseph Boidin (1890-1917), cultivateur, mort de ses blessures dans un hôpital d’évacuation dans la Marne. Cf matricule d'Aristide-Oscar-Joseph Boidin, classe 1900, bureau de Béthune, classe 3387. 

[note 6] François-Charles-Joseph Duquesnoy (1888-1916), charpentier menuisier, tué à l’ennemi à Fleury devant Douaumont. Cf matricule de François-Charles-Joseph Duquesnoy, classe 1908, bureau de Béthune, matricule 3156.

[note 7] Jules-Charlemagne Bauchet (1889-1957), cultivateur. Cf matricule de Jules-Charlemagne Bauchet (1/4)matricule de Jules-Charlemagne Bauchet (2/4)matricule de Jules-Charlemagne Bauchet (3/4)matricule de Jules-Charlemagne Bauchet (4/4), classe 1909, bureau de Béthune, matricule 2661. 

[note 8] Probablement Joseph-Louis-Fleury Manchart (1882-1915), cultivateur. Cf matricule de Joseph-Louis-Fleury Manchart, classe 1902, bureau de Béthune, matricule 2010.  

Pour aller plus loin

87 J - Fonds Henri-Mayeur

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