Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 13 novembre 2018 - 01h46
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L’usine d’Isbergues sous les bombardements

Située à une vingtaine de kilomètres à l’ouest du front, l’usine d’Isbergues a été, tout au long de la Première Guerre mondiale, l’une des cibles principales des bombardements ennemis, devenus de plus en plus intensifs au fil des années et culminant au printemps 1918 lors de la dernière offensive allemande, dite "bataille de la Lys".

L’usine avant la guerre

L’usine sidérurgique d’Isbergues, construite dans les années 1881-1883 par la Société des Aciéries de France et spécialisée, dès le départ, dans la production de rails en acier pour les chemins de fer, connaît un grand essor au cours de la "Belle Époque". En 1913, elle emploie plus de 3 000 salariés. La déclaration de guerre remet tout en question.

Dès le 3 août 1914, l’usine est arrêtée. Elle reprend peu à peu son activité à partir de décembre, mais, soumise aux besoins de la Défense nationale, elle doit désormais fabriquer des ronds d’acier pour obus, devenant ainsi la cible toute désignée des bombardements allemands.

Les bombardements

On estime que, pour toute la durée de la guerre, l’usine a reçu 3 000 bombes et obus, d’après les renseignements relevés dans une publication de 1922, ce qui paraît très plausible quand on sait que, le 6 mai 1918, il tombait environ 280 obus en un après-midi de 1 heure 30 à 7 heures du soir (note de la Direction de l'usine).
À la suite de chaque bombardement, il faut consacrer de nombreuses heures de travail au déblaiement des chantiers pour permettre à l’entreprise de ne pas interrompre sa marche, et cela avec tout le personnel disponible, ce qui représente pour toute la guerre un total de 27 000 journées (à 6 francs la journée), sans compter les heures consacrées à la construction des nombreux abris.
Pour la seule période du 24 juin 1917 au 19 février 1918, on a dénombré 200 bombes tombées sur l’usine et 80 aux alentours, dont une tombée sur une maison d’ouvriers, provoquant la mort de toute une famille.

Les victimes

Dans un premier temps, il s’agit uniquement de bombardements aériens, qui ont toujours lieu au début de la nuit. Le premier d’entre eux se produit le mardi 25 mai 1915, vers 11 heures du soir. Une bombe tombe sur l’usine, occasionnant des dégâts matériels sur les grands bureaux, mais sans faire aucune victime.

Une première perte humaine est signalée le 26 juin 1917 : Élie Flandrin, soldat mobilisé à l’usine, décédé victime du bombardement aux ateliers des Aciéries de France, mort pour la France (registre des décès d’Isbergues).
On dénombre encore 9 tués de juillet 1917 à janvier 1918. Les bombardements s’intensifient au printemps 1918 : 7 morts en avril, 5 en mai et 3 en juin. La dernière victime est mentionnée à la date du 9 août.

On compte au total 26 personnes tuées sur le territoire d’Isbergues par suite des bombardements (bombes et obus), parmi lesquelles 12 mobilisés à l’usine, dont l’acte de décès porte la mention "mort pour la France", et trois ouvriers non mobilisés, sans parler des soldats alliés (Anglais et Portugais).

La population civile, qui avait reçu l’ordre de quitter la ville pendant la nuit à partir de décembre 1917, est contrainte d’évacuer, le 13 avril 1918, en raison de l’avancée des Allemands, qui ne se trouvent plus qu’à 10 km de l’usine. De son côté, comme on l’a signalé plus haut, l’usine a construit des abris souterrains, où les ouvriers peuvent se réfugier en cas d’alerte. Sans ces précautions, les pertes humaines auraient été beaucoup plus lourdes pour les civils.

Autour d'Isbergues

La commune de Guarbecque, qui se trouvait sur la trajectoire des avions et des obus ennemis, a souffert, elle aussi, des bombardements (7 personnes tuées, dont 6 dans la même maison, écrasée par une bombe). L’église du village, connue pour son clocher roman du XIIe siècle, échappe de peu à la destruction, une énorme bombe étant tombée juste au pied du transept sud. On aurait compté 5 victimes à Molinghem. Enfin, en dépit des nombreuses chutes d’obus, on n’en déplore aucune à Berguette.

Au service de la nation

Malgré les bombardements, s’ajoutant à toutes les difficultés occasionnées par la guerre (pénurie de main-d’œuvre et de matières premières), et malgré tous les risques encourus par le personnel et les habitants, l’usine d’Isbergues a réussi à travailler pour la Défense nationale pendant une grande partie de la guerre, au moins jusqu’au 9 avril 1918 (début de l’offensive allemande), ce qui lui a valu la citation suivante :

Le Gouvernement porte à la connaissance du pays la belle conduite du personnel dirigeant et ouvrier de l’usine d’Isbergues de la Société anonyme des Aciéries de France qui, sous l’impulsion de son directeur, a donné, au cours des nombreux et violents bombardements auxquels les établissements ont été soumis durant les trois dernières années, un magnifique exemple de courage, d’entrain et de dévouement.

Le 26 mars 1918, Le Croix publie l'article suivant dans son édition :

Une usine citée à l’ordre du jour 

Du "Journal", au sujet de cette citation que nous reproduisions il y a quelques jours.

Tout près du front, sous le feu des canons et des avions ennemis, il est maintes usines qui, travaillant sans relâche, apportent un appoint indispensable à la défense nationale.

Pour obscur qu’il soit, le courage que déploie le personnel de ces établissements n’en est pas moins digne d’admiration. Aussi convient-il d’applaudir à l’initiative prise par le gouvernement de citer à l’ordre du jour les plus éclatants parmi ces exemples de l’énergie nationale.

C’est ainsi que le "Journal officiel" vient de porter à la connaissance du pays la belle conduite du personnel dirigeant et ouvrier d’Isbergues (Pas-de-Calais) de la société anonyme des aciéries de France.

Sous l’impulsion de son directeur, M. Rémy, qui vient de recevoir la croix de la Légion d’honneur, cette usine, située dans la région si éprouvée de Lens, a subi, surtout au cours de ces derniers temps, des bombardements violents et meurtriers.

Cependant ni les dégâts causés ni les deuils cruels n’ont arrêté son fonctionnement. Après chaque catastrophe, les désastres ont été réparés, les vides comblés et le labeur a été repris. Jamais on n’a constaté de défaillances dans les rangs des travailleurs de tous ordres. Chacun a compris que son devoir était de demeurer à son poste et que continuer à travailler avec acharnement, c’était contribuer directement et efficacement à la délivrance, à la victoire.

La Croix, mardi 26 mars 1918. Archives départementales du Pas-de-Calais, PE 135/19.

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Vue en coupe d'un pont sous-marin.

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