Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 15 décembre 2017 - 18h49
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La ligne Hindenburg et l'opération Alberich

Après avoir obtenu le commandement suprême à la fin du mois d’août 1916, Paul von Hindenburg et Erich Ludendorff décident de construire une nouvelle ligne fortifiée, plus courte et plus facile à défendre.
L’armée allemande sort épuisée par les deux grandes batailles qu’elle vient de mener (la Somme et Verdun). Elle n'est plus en mesure de l’emporter sur le front occidental par une seule guerre d'usure. Il est alors décidé de construire un vaste système de défense et de fortifications au nord-est de la France pour contrer les futures attaques alliées.

Stratégie de repli et de concentration des forces

Cette ligne est construite à travers une poche sur le front allemand, à une distance variant de 10 à 50 kilomètres. En se retirant jusqu’à ces fortifications, l’armée allemande raccourcit sa ligne de front et peut ainsi libérer treize divisions du service et les mettre en réserve. La ligne principale est triplée en profondeur par deux autres lignes. Chacune d’entre elles est coupée transversalement pour empêcher les manœuvres de percée-enroulement.

Tous les obstacles du terrain sont mis à contribution, les lignes d’eau et de relief, les régions boisées, les villages et les fermes. C’est un système impénétrable de souterrains, de profondes tranchées, d’abris contre les obus, de bunkers en béton armés de mitrailleuses, reliés par des tunnels et des kilomètres de réseaux de barbelés si denses qu’on ne voit pas au travers. Des postes de commandement complètent le dispositif.

Mise en œuvre du projet

La ligne Hindenburg (appelée ainsi par les Alliés par rapport au commandant en chef de l’armée ennemie, "ligne Siegfried" par les Allemands en référence au héros de la mythologie germanique) est construite pendant l’hiver 1916-1917, dans un délai de six mois seulement (de septembre 1916 à mars 1917). La principale modification du tracé du front concerne le vaste saillant allemand qui s’enfonce dans les lignes alliées entre Arras et l’Aisne.
La construction est réalisée par 600 000 civils français et belges astreints au travail obligatoire dans des conditions épouvantables, par des civils allemands, mais également par des prisonniers de guerre russes et roumains. A la fin de la construction, un civil sur trois est mort.

La nouvelle ligne de front est formée de cinq zones opérationnelles dont les noms sont tirés de la mythologie germanique (Wotan, Siegfried, Alberich, Brunhilde, Kriemhilde).

La plus puissante, Siegfried, relie Lens à Reims, sur près de 160 kilomètres. Sur cette ligne, les casemates de tir et les abris sont protégés par du béton armé et des plaques d’acier. Trois kilomètres environ devant la ligne principale, est disposée une ligne d’avant-postes, plus légèrement défendue, destinée à ralentir les troupes assaillantes.
La zone de bataille proprement dite est couverte par un véritable barrage d’artillerie et de mitrailleuses, capable d’éliminer toute infanterie adverse. Par la suite, des fossés antichars seront creusés devant les premières lignes. À terme, il était prévu d’étendre le dispositif de la Mer du Nord à Verdun.

La ligne Hindenburg est doublée en arrière de deux autres lignes. La première, de Douai à Pagny-sur-Moselle (au sud de Metz et au nord de Nancy) par Cambrai, Guise, Rethel, Vouziers et Dun-sur-Meuse.
La seconde, de Douai à Metz par le Quesnoy, le Cateau, Hirson, Mézières, Sedan, Montmédy et Briey.

L'opération Alberich

La retraite vers la ligne débute en février et s’achève en mars 1917 : c’est l’opération "Alberich", du nom du nain magicien de la mythologie germanique.

Le territoire entre le précédent front et la nouvelle ligne est dévasté par les Allemands, qui emploient la tactique de la terre brûlée

Erich von Ludendorff avait en effet décidé que le repli s’accompagnerait d’une destruction systématique des zones abandonnées, afin de ne laisser aucun abri aux Alliés et de gêner leur approche ; en outre, la zone devait être minée et piégée. 
La préparation en est confiée au groupe d’armées de Ruprecht de Bavière. Les populations sont évacuées en quelques heures vers l’est, à l’exception des personnes âgées, des infirmes et parfois des mères avec leurs enfants, laissés sur place avec des rations minimales. 

Les routes et les chemins de fer sont déterrés, les ponts sont détruits, les réseaux électrique et télégraphique sont mis hors d'usage et les fils de téléphone emportés, les maisons, les bâtiments agricoles et les usines sont dynamités, de même que les clochers des églises pour qu'ils ne puissent servir de sites d’observation, les arbres bordant les routes sont abattus et les arbres fruitiers sont sciés, les puits, les fontaines, les citernes et les sources sont pollués.

Un pillage méthodique et des destructions systématiques

Les troupes pillent avec beaucoup de méthode : saisie du bétail et des semences, des machines agricoles et industrielles, des métaux comme du mobilier des églises et des châteaux.  

Au total, 99 des 190 communes envahies du Pas-de-Calais vont être totalement ravagées. Ces destructions massives alimenteront les plaintes des Français contre la cruauté et la férocité allemande, en particulier lors des négociations sur les réparations demandées à l’Allemagne vaincue, en 1919.

Installation dans les nouvelles positions

Début mars 1917, les soldats allemands reçoivent l’ordre de s’établir sur leurs nouvelles positions. Leur repli s’effectue de manière méthodique, malgré un froid glacial. Beaurains est abandonnée le 7 mars. Le 16, à Bapaume, un plan de mise à feu prévoit le départ simultané de 400 incendies ; elle est anéantie en trois quarts d’heures.

Les Anglais et les Australiens harcèlent les troupes allemandes en retraite. Les villages (ou plutôt des champs de ruines) sont ainsi progressivement libérés :

  • le 1er mars 1917, les localités de Gommecourt, Puisieux et Ligny-Thilloy ;
  • le 14 mars : Grévillers ;
  • le 17 mars : Bapaume, Achiet-le-Grand, Moyenneville ;
  • le 19 mars : Lebucquière ;
  • le 20 mars : Morchies ;
  • le 26 mars : Lagnicourt ;
  • les 28 et 29 mars : Neuville-Bourjonval et Ruyaulcourt ;
  • le 2 avril : Croisilles, Écoust-Saint-Mein, Noreuil et Hénin-sur-Cojeul ;
  • le 4 avril : Metz-en-Couture ;
  • le 9 avril : Hermies.

Liens externes

Bibliographie

  • Y. LE MANER, La Grande Guerre dans le Nord-Pas-de-Calais 1914-1918, Lille, 2014. Archives départementales du Pas-de-Calais, BHD 190 ;
  • Maréchal FAYOLLE – Général DUBAIL, La guerre racontée par nos généraux, tome II, Paris, 1920. Archives départementales du Pas-de-Calais, BHD 211/2 ;
  • A. COILLIOT, Beaurains quatre ans sous le feu, 1996, Archives départementales du Pas-de-Calais, BHC 2264/3.

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Vue en coupe d'un pont sous-marin.

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