Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 23 août 2017 - 12h04
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La prise de la cote 70 à Lens par les Canadiens

Occupée dès le 4 octobre 1914, Lens devient une ville de garnison, rassemblant douze mille hommes de troupes. Les Allemands s’installent sur deux hauteurs proches de la ville, la cote 70, au nord, et la colline de Sallaumines, au sud-est.
Ces hauteurs constituent de formidables points d’observation et permettent une défense aisée de la ville. Aussi, face au rapprochement du front, au moment-même où les Canadiens prennent la crête de Vimy (9 avril 1917), les derniers habitants sont évacués de force par les autorités d’occupation qui redoutent une action alliée dans ce secteur.

Objectif : la prise de Lens

Le 7 juillet, pour préparer une avancée vers Lille, le corps d’armée canadien reçoit de Douglas Haig l’ordre de prendre Lens. L’objectif est aussi bien d’obtenir des gains territoriaux que de fixer dans ce secteur d’importants effectifs ennemis, afin de les tenir éloignés de Passendale (Passchendaele, 31 juillet-6 novembre 1917) et du saillant d’Ypres, où se déroule une bataille majeure.

Le commandant de la 1re Armée, sir Henry Horne, ordonne à Arthur Currie d’attaquer la position de front. Ce dernier a pris le commandement du Corps expéditionnaire canadien le 9 juin 1917. Il est le premier et l’unique Canadien à en avoir eu la responsabilité à la suite de généraux britanniques.

L’intérêt stratégique de la cote 70 et la mise en place du plan d’attaque

Le général Currie s’oppose toutefois aux objectifs qui lui sont assignés sans la mise en place d’une préparation minutieuse. Il estime en outre que la cote 70 représente une position tactiquement plus importante, car l’occupation de la ville, déjà à moitié en ruines, n’aurait aucun intérêt si les Allemands restaient en mesure de tirer depuis les hauteurs. Il propose en conséquence de lancer son corps d’armée à l’assaut de cette colline, nommée cote 70 car se situant à 70 mètres au-dessus du niveau de la mer. Cette prise pourrait par ailleurs pousser les Allemands à sortir de leurs abris pour attaquer, s’ils souhaitaient conserver la ville.

Au cours d’une conférence le 10 juillet, Currie réussit à faire admettre son point de vue auprès du commandement allié. Afin de tromper les Allemands sur le lieu de l’offensive, des opérations mineures sont réalisées au sud du canal de La Bassée : la 9ième brigade canadienne attaque des unités de la 36ième division allemande de réserve à la tranchée de Méricourt, tandis que la 1re armée britannique réalise à la fin du mois des attaques au gaz au nord de Loos-en-Gohelle.

Préparatifs de bataille 

La mauvaise météo oblige le report de l’attaque, initialement prévue pour la fin juillet ; des raids sont cependant de nouveau exécutés pour tester la résistance allemande.

Le 9 août, le 40ième escadron du Royal Flying Corps abat la totalité des six ballons d’observation allemands. Durant deux jours et deux nuits avant l’assaut, les bombardiers du 10ième escadron (Armstrong-Whitworth), du 25ième (DH4) et du 27ième escadron (Martinsyde) attaquent les nœuds ferroviaires, les aérodromes et les postes de repos derrière les lignes allemandes.

De leur côté, les troupes canadiennes utilisent ce contretemps pour s’entraîner à la prise de la hauteur, mais les préparatifs alliés ne passent pas inaperçus et obligent l’état-major à organiser des leurres.

Début de l’assaut

Currie dispose de quatre divisions canadiennes, dont une de soutien. L’armée allemande, dirigée par le général Otto von Below (1857-1944), commandant de la VIe armée, regroupe cinq divisions d’infanterie, dont une de la garde (4ième division) et une de réserve (11ième).

Le 15 août 1917, à 4 h 25 du matin, à 4 kilomètres au nord-est de Lens, des compagnies spéciales du Royal Engineers envoient sur la cité Sainte-Élisabeth et ses environs 3 500 bombes à gaz, ainsi que des projectiles fumigènes, afin d’élever un rideau de fumée, donnant le signal de l’offensive. 204 canons de 18 livres, accompagnés par des obusiers de 4,5 et 6 pouces, ouvrent un barrage roulant d’une précision chirurgicale sur les premières lignes allemandes.

L’artillerie ennemie riposte presque immédiatement, mais n’arrive pas à contrer le premier assaut de la 4ième division. Les Canadiens avancent rapidement ; en 20 minutes, ils atteignent la première ligne, qu’ils trouvent totalement retournée, pleine de débris humains et d’épaves. Malgré les contre-attaques, ils parviennent peu à peu à prendre des postes de mitrailleuses et à progresser en direction du sommet.

Au soir du 15 août, les deux parties ont perdu beaucoup d’hommes : 1 056 morts, 2 432 blessés et 39 prisonniers pour les Canadiens ; le chiffre des pertes allemandes n’est pas connu, mais il est certainement équivalent et quelque 350 soldats ont été capturés.

Poursuite de l’attaque les jours suivants

Le 16 août, les Canadiens repartent à l’assaut et s’emparent en moins d’une heure de l’essentiel de la seconde ligne allemande, ainsi que du sommet de la cote.

Les 17 et 18, des opérations de moindre envergure remportent des succès divers et les combats se poursuivent sur la hauteur. Pour récupérer la colline, les Allemands utilisent en grande quantité des gaz toxiques. Entre 15 000 et 20 000 obus d’ypérite sont tirés pour la première fois en Artois, ainsi qu’un grand nombre d’obus contenant du diphosgène.

Après le 18 août, le front se stabilise ; les Canadiens se retranchent entre la deuxième et la troisième ligne allemande. Afin d’améliorer sa situation, Currie ordonne une nouvelle offensive en direction de Lens sur un front de 2 700 mètres.

Attaque avortées contre Lens

L’attaque, programmée pour le 21 août à l’aube, est lancée par les 2ième et 4ième divisions. Elle consiste à nettoyer les banlieues à l’ouest de Lens ainsi que les hauteurs au nord-est de la ville. La progression des Canadiens, contrée par les mitrailleuses allemandes, est mesurée et le résultat final est très mitigé.

Un nouvel assaut, le 22 août, échoue en raison d’une mauvaise communication des ordres qui laisse exposés les flancs du 44th Batallion ; la majorité des soldats sont tués, blessés ou capturés.

Le 25, un ultime effort est entrepris à deux heures du matin : pour tenter de renforcer sa position sur la gauche de la 10th Brigade, le 50th Battalion déclenche une attaque contre la moitié nord de la tranchée Aloof et parvient à son objectif. Cet ultime épisode met à peu près fin aux opérations canadiennes dans le secteur de Lens. Au total, 21 contre-attaques allemandes ont été repoussées.

Si la cote 70 est définitivement aux mains des Alliés, la ville reste, elle, entre celles des Allemands, jusqu’à leur repli général d’octobre 1918. Le 20 décembre 1917, la prise de la cote 70 vaut au général Currie de recevoir la citation suivante : Chef éminent ayant en de maintes occasions affirmé ses qualités de conducteur d’hommes. Dans de rudes combats et, en particulier, à Vimy, puis à Lens, a su arracher le succès grâce à son esprit de décision, à son énergie persistante et à ses qualités éminentes d’organisateur qui ne laisse rien au hasard

L’offensive du 15 au 25 août 1917 a provoqué la perte de 9 198 Canadiens et de 20 000 à 25 000 Allemands. Currie la décrit en ces termes : Cette bataille a indubitablement été la bataille la plus difficile à laquelle le Corps a participé. Ce fut une magnifique et fabuleuse victoire que le quartier général a considérée comme l’une des performances les plus extraordinaires de la guerre.

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Bibliographie 

  • E. LABAYLE, Byng Boys !, 1999. Archives départementales du Pas-de-Calais, BHC 2843.
  • C. DUQUESNE, Les Canadiens à Lens, août 1917, hors-série n° 12 de la revue Tranchées (Un regard nouveau sur la Grande Guerre), mars 2017.

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