Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 17 novembre 2017 - 20h24
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Le Lion d'Arras, journal de siège

Le Lion d'Arras, organe hebdomadaire d’union atrébate, est un journal de siège né le 1er janvier 1916. Vendu sous forme d’un feuillet de quatre pages, il se veut d’Union sacrée, n’affichant aucune tendance politique : il est l’une des rares créations de périodiques en temps de guerre.

Rétablir la vérité sur les faits de guerre

Né de la volonté d’hommes déterminés à rétablir la vérité sur les faits publiés dans la presse nationale, Le Lion d’Arras est le seul journal diffusé en Artois du 1er janvier 1916 au 1er décembre 1920. Tiré à 1 000 exemplaires (mais certains numéros seront réimprimés plusieurs fois, jusqu’à atteindre 10 000 exemplaires), on le trouve à Arras et dans les autres villes libres du Pas-de-Calais, mais aussi au-delà du département, comme à Paris à l’intention des réfugiés.

Assurant un lien entre le front et l’arrière, il connaît de fait un succès rapide auprès des civils arrageois et des évacués, car il est le seul moyen de suivre la vie locale et de garder contact avec les soldats sur le front. Il dispose également d’une grande popularité chez ces derniers.

Sur la page de couverture, on retrouve le lion qui se dressait fièrement sur le beffroi jusqu’au 21 octobre 1914, et est devenu le symbole du martyre de la ville. On le voit fouler au pied un casque à pointe. Sa forme est modifiée un peu plus tard, lui donnant des traits plus vengeurs ; le graveur Alexis Demarle y ajoutera, au-dessus du titre, une représentation des monuments détruits, semblant toujours en flammes.

L'abbé Aimé Guerrin, rédacteur en chef

L’abbé Aimé Guerrin en est le rédacteur en chef. Son père Eugène Guerrin, industriel à Fampoux et cofondateur en 1886 de la revue La Science sociale, suivant la méthode de F. le Play, est le principal bailleur de fonds, alors que, réfugié à Paris, il occupe les postes de secrétaire de l’Union catholique du Pas-de-Calais et de président de l’Association de défense des intérêts d’Arras et de son arrondissement.

Élève chez les Jésuites en Belgique, Aimé Guerrin (1890-1979) n’a pu entrer au noviciat de Florennes pour raisons de santé, et a été nommé professeur au collège Saint-Joseph de Reims.

En vacances dans sa famille à Arras lorsque le conflit éclate, il est réformé, mais s’engage comme infirmier volontaire, affecté à l’hôpital Saint-Jean d’Arras. Les mois vécus au cœur de la ville assiégée et les notes prises au quotidien, qu’il partagera dans la rubrique "Journal d’un témoin", l’incitent à fonder Le Lion d’Arras.

L’objectif du journal est annoncé dans son premier numéro :

…Face aux journaux qui publient tant de mises en scène romanesques sur Arras, le journal se veut le témoignage vrai de ceux qui vivent ici et de ceux qui sont restés… Dire ce que ne disent pas les autres journaux mais ce que la cité voudra savoir : la vie sur le front, le détail des faits de guerre quotidiens, la chronique de ses tragédies fréquentes… Dire à la France, à ses Alliés et aux neutres, dire à l’ennemi que sa rage et le temps ont obscurci les rangs et ruiné la cité mais qu’ils ont laissé intacte et fière la plus ardente et plus française âme d’Arras…

Autres collaborateurs

Grâce à ses liens étroits avec le clergé arrageois, les services de santé et les congrégations religieuses, Aimé Guerrin peut déclarer le 9 décembre 1915, au commissariat central de police d’Arras, que le nouveau journal bénéficiera de la collaboration de Jules Milléquant, curé de Saint-Nicolas-en-Cité, et de Louis Ducrocq, aumônier militaire et curé intérimaire de la paroisse Saint-Jean-Baptiste.

Le chanoine Milléquant

Le chanoine Milléquant (1864-1939), nommé à Arras en avril 1914, est à la disposition des ambulances militaires de la ville comme aumônier bénévole, avant d’y devenir, en 1916, aumônier des troupes de la mission française auprès des Britanniques. Il semble ne pas participer à la rédaction, mais ses conseils et avis seront des plus précieux.

L'abbé Ducrocq

L’abbé Ducrocq (1863-1934) est lui déjà connu pour avoir collaboré à La Croix d’Arras, qui a cessé de paraître au début du conflit. Auteur prospère, il rédige pour Le Lion d’Arras des articles rétrospectifs la cité dans la guerre, son patrimoine civil et religieux, ainsi que des notices nécrologiques et des articles en anglais pour une rubrique intitulée "To our friends of British Army".

Même s’il a été fondé par des prêtres, Le Lion d’Arras ne peut toutefois être considéré comme un journal catholique : la quantité des articles touchant de près ou de loin l’Église, celle d’Arras en particulier, est moindre et se résume à quelques entrefilets ou articles un peu plus longs lorsqu’il s’agit d’évoquer l’actualité de l’évêque.

Fondateur et rédacteur en chef, l’abbé Guerrin est partout, même s’il se cache sous des pseudonymes comme J. Darras et Gabriel Aymé (les plus utilisés), de l’éditorial aux chroniques sur les bombardements quotidiens et les évènements militaires du front, des comptes rendus de réunions aux questions de ravitaillement ou d’indemnités pour la population ; on le voit aussi à la recherche de nouveaux souscripteurs et il va jusqu’à distribuer lui-même un certain nombre de journaux, au risque de sa vie.

Des difficultés quotidiennes

Dès le 24 janvier 1916, il combat la censure, en plaçant ses lecteurs devant des pages ou des encarts blancs mentionnant "supprimé par la censure". À plusieurs reprises, il doit également faire face aux bombardements qui atteignent les locaux du journal et l’immeuble où se trouve installé le service des expéditions.

Les conditions d’existence en sont difficiles, tout comme les moyens humains et financiers qui font parfois défaut, occasionnant des retards ou des modifications dans la périodicité. La publication devient ainsi tri-mensuelle à partir de mai 1916 (parution les 5, 15 et 25 du mois), puis mensuelle pendant quelques numéros.
Le 1er janvier 1920, sort le dernier numéro : Le Beffroi d’Arras lui succède.

Le Lion d’Arras livre ainsi aux lecteurs des informations précieuses sur la vie à Arras durant la Grande Guerre. Et il est un objet d’étude en lui-même, en sa qualité de journal rédigé et imprimé pendant la guerre avec toutes les contraintes que cette situation entraîne.

La presse en parle

Le Lion d'Arras

Nos souhaits de bienvenue au nouveau confrère qui, sous ce titre fier, apparaît crânement au milieu des ruines d’Arras.

Il publiera, dit-il, une chronique atrébate détaillée, des souvenirs, des notices sur les victimes, les reproductions "mises au point", des articles de la presse française et étrangère sur la ville-martyre, "des pages de nos écrivains et poètes attestant le génie français", un feuilleton d’actualité, des illustrations, etc.

Il "travaillera pour l’âme d’Arras", en attendant la grande reconstruction.

Les souscriptions et abonnements (6 mois, 2 fr. ; un an, 3 fr. 50) sont reçus à Arras, 6 rue des Balances.

La Croix du Pas-de-Calais, samedi 1er janvier 1916. Archives départementales du Pas-de-Calais, PE 135/18.

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Bibliographie

  • J. JANICKI, "Le Lion d’Arras et les Poilus", Histoire et Mémoire, n° 55, septembre 2008 ;
  • J.-P. VISSE, La presse arrageoise 1788-1940, collection Kiosque 59-62, 2009. Archives départementales du Pas-de-Calais, BHC 3365 ;
  • M. BEIRNAERT, X. BONIFACE, A. CASSAN, Y.-M. HILAIRE, Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, t. 11, Arras-Artois-Côte d’Opale, Paris, éditions Beauchesne, novembre 2013. Archives départementales du Pas-de-Calais, BHB 7522 ;
  • A. CASSAN, "Le Lion d’Arras pour la Cité, pour la Patrie, tenir !", Journal de la société des amis de Panckouke, n° 25, 2013. Archives départementales du Pas-de-Calais, PC 1595/1.

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Vue en coupe d'un pont sous-marin.

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