Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 18 octobre 2017 - 20h09
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Premier numéro de l’Artois Renaissant

Un supplément fait son apparition dans Le Lion d’Arras du 11 octobre 1917 : L’Artois Renaissant, portant comme devise Par l’Artois, pour la France !. Composé d’une seule page, ce titre paraît 47 fois entre le 11 octobre 1917 et le 17 novembre 1918, se définissant comme l’ Organe du Relèvement de l’Artois dévasté.

Contexte et objectif de création

La création de ce nouveau titre intervient dans un contexte bien précis. Grâce aux assauts alliés du printemps 1917, près d’une centaine de communes du Pas-de-Calais ont été libérées du joug allemand. Alors que les habitants des territoires occupés retrouvent avec soulagement la liberté, les administrations et les civils de la zone libre découvrent quant à eux avec horreur l’état d’anéantissement des zones abandonnées par les Allemands.

L’Artois Renaissant s’adresse à toutes ces personnes. Dans son premier numéro, le rédacteur Octave Blondel définit le "programme" du supplément : 

Noter programme

L’ "Artois Renaissant" s’adresse aux habitants dispersés de Lens, de Béthune et de Bapaume désireux de reprendre contact ;
Aux sinistrés et aux mobilisés de leur situation compromise ;
Aux architectes-entrepreneurs et spécialistes du bâtiment ;
Aux techniciens et professionnels des travaux et améliorations agricole ou industrielle ;
À tous ceux qui s’intéressent au prompt relèvement de l’Artois dévasté.         

Il leur importe, en effet, de connaître la situation exacte de notre pays, de suivre les initiatives prises par les associations, les sociétés ou les personnalités ; le Journal doit être l’organe attitré de leurs intérêts et de leurs besoins, de leurs désirs et de leurs propositions, de leurs réclamations et au besoin de leurs protestations.

C’est aux intéressés qu’il appartient par leur concours et leur propagande de faire en sorte que l’ "Artois Renaissant" devienne un organe fécond et un instrument de travail. En s’unissant à lui dans un effort commun et dans une commune pensée, en lui permettant d’agir, ils hâteront le jour où notre région artésienne, arrachée à l’étreinte ennemie, ressuscitée de ses ruines et reconstituée dans sa plénitude, montrera à la France entière qu’elle a su trouver dans l’épreuve et le malheur même, une source nouvelle de vie et de prospérité.

La rédaction

L’Artois Renaissant, jeudi 11 octobre 1917. Archives départementales du Pas-de-Calais, PF 92/2.

Les sujets traités

La libération des territoires occupés contraint les autorités à aborder sérieusement la question de la reconstruction. Ce thème est omniprésent dans les colonnes du nouveau supplément.

Chaque numéro comprend un article sur les dommages de guerre, auquel s’ajoutent des chroniques sur la reconstitution citadine, industrielle ou agricole. De nombreux articles traitent de la mise en culture des terres et du problème de la main-d’œuvre.
La rédaction aborde aussi fréquemment la question du sort des réfugiés et de leur futur retour.
Parfois, elle s’arrête sur un territoire et propose un état des lieux sur sa situation au lendemain de sa libération.

Intrinsèquement affilié au Lion d’Arras, l’Artois Renaissant prône une reconstruction impulsée de l’intérieur, s’appuyant sur les ressources du territoire et donnant une large autonomie aux administrations locales. Cette litanie transparaît dans presque chaque numéro de l’hebdomadaire.

La symbolique du bandeau

Une autre caractéristique du titre est son bandeau, aux antipodes de celui du Lion d’Arras.
Dans ce dernier, le graveur Alexis Demarle offre une vision cauchemardesque d’Arras. Ses plus beaux monuments (le beffroi, la cathédrale de l’abbaye Saint-Vaast ou encore la tour du convent des Ursulines) sont en flammes, obscurcis par un ciel opaque de cendres.

Le bandeau de l’Artois Renaissant, créé par l’illustrateur Émile Tabouret, en est l’exact opposé. Le lion d’Arras a été gommé pour laisser place au drapeau de la patrie qui encadre le blason de l’ancienne province d’Artois. Le soleil s’étire dans un ciel rieur et éclaire une mer calme sur laquelle voguent paisiblement de petits voiliers. À gauche de ce paysage, l’Artois libéré renaît de ses cendres et les emblèmes architecturaux des villes récemment délivrées se dressent intacts et fiers.

Bapaume est symbolisée par son hôtel de ville. Si la ville est libérée le 17 mars 1917, elle subit une tragédie dans la nuit du 25 au 26 mars avec l’explosion de son hôtel de ville qui abritait les députés Raoul Briquet et Albert Tailliandier
Puis vient Béthune, de nouveau sujette à de très fréquents raids aériens depuis le printemps 1917. Sur le bandeau, on reconnaît son beffroi et l’église Saint-Vaast qui ont particulièrement souffert des bombardements (le campanile du beffroi s’effondrera le 19 mai 1918 et l'église est quasiment rasée à l’armistice).
Lens et ses chevalets de mine, symbole du bassin minier disloqué par l’ennemi, arrive ensuite. Au-delà des infrastructures industrielles, la ville a également été mise à sac par les Allemands avant leur départ en juin 1917
Autre incarnation de la "barbarie teutonne", le sommet des tours du Mont-Saint-Éloi, considérées comme un observatoire privilégié, tombe en 1915. Après-guerre, elles intègreront les sites patrimoniaux proposés à la visite par le comité de tourisme d’Arras et des champs de bataille de l’Artois. 
Enfin, près d’Arras dégagée en 1917 de la pression allemande, le moulin dit de la Tourelle à Achicourt détruit en 1916, apparaît inaltéré sur le bandeau. Reconstruit à l’identique, il est aujourd’hui ouvert aux visiteurs.

Fin du titre

Ce bandeau optimiste, tourné vers l’avenir, montre que les mentalités évoluent au fil du conflit. Même si la guerre est loin d’être terminée, on veut croire à une fin proche, ou du moins penser à demain et à la reconstruction.

Le 17 octobre 1918, la tribune du Lion d’Arras étale en lettres capitales : Arras est dégagé. Les Allemands rejetés à vingt kilomètres, Douai atteint et Cambrai pris. Le soulagement et l’espoir gagnent le numéro suivant sur lequel est modifié le sous-titre originel : auparavant journal franco-britannique du front d’Arras, il devient organe hebdomadaire d’Union atrébate.

L’Artois Renaissant garde quant à lui le même sous-titre, mais quelques jours après l’armistice, sa publication individuelle est suspendue. Du 28 novembre 1918 jusqu’au 27 mars 1919, il devient une rubrique intégrée au Lion d’Arras. Car à l’heure de la reconstruction, son titre et son message prennent tout leur sens.
La collection de L’Artois Renaissant a été numérisée et océrisée. L’internaute peut ainsi consulter ce titre et y faire des recherches en se rendant dans la rubrique Presse de la Grande Guerre d’Archives en ligne.

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Vue en coupe d'un pont sous-marin.

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