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Congrès du Parti socialiste (14-16 juillet 1914)

Publié le 16 juillet 2014

Du 14 au 16 juillet 1914, le Parti socialiste SFIO tient congrès à Paris et consacre une bonne partie de ses débats aux moyens à engager contre l’impérialisme et contre la guerre, concluant à la nécessité d’une grève générale internationale pour faire plier les gouvernements lancés vers le conflit.

De 1906 à 1914, cette question a été traitée au cours de quatre congrès nationaux et de deux congrès extraordinaires, donnant lieu à l’affrontement de trois orientations principales :

  • l’action révolutionnaire, fondée sur la grève générale et l’insurrection armée, que proposent les antimilitaristes, tel Gustave Hervé ;
  • le renversement du capitalisme, le seul ennemi réel, et le refus de la grève générale qui affaiblirait le pays le plus avancé politiquement au profit du plus rétrograde, comme l’affirme Jules Guesde ;
  • la "socialisation" de la patrie, représentée par la majorité du Parti autour de Jean Jaurès, et comprenant un système militaire défensif centré sur des milices, l’arbitrage international, une action internationale coordonnée des socialistes, l’éducation à la paix, le rapprochement franco-allemand et le refus de la loi de trois ans.

Dans son intervention au congrès de juillet 1914, Jaurès souligne ainsi que l’impérialisme économique est une conséquence du capitalisme, à la conquête de nouveaux marchés, et qui pousse les nations à la guerre au détriment du prolétariat. C’est justement sur celui-ci qu’il compte pour imposer aux gouvernements de prendre la voie de la négociation plutôt que celle des armes :

Ce n’est pas quand les peuples auront vu monter l’orage, et qu’à demi foudroyés, ils ne pourront agir, c’est avant qu’ils doivent user de tous les moyens parmi lesquels l’action la plus pratique, la plus émouvante est la grève générale se dressant contre la guerre. [1]

C’est d’ailleurs Jaurès, lors de la clôture du congrès, qui donne lecture de la motion majoritaire.

Les guerres ne cesseront complètement qu’avec la disparition de la société capitaliste […]. Entre tous les moyens employés pour prévenir et empêcher la guerre et pour imposer aux gouvernements le recours à l’arbitrage, le Congrès considère comme particulièrement efficace, la grève générale ouvrière simultanément et internationalement organisée dans les pays intéressés, ainsi que l’agitation et l’action populaire sous les formes les plus actives. [2]

aurès défend cette motion dans trois éditoriaux de L’Humanité, publiés du 18 au 20 juillet 1914 [3], insistant sur les désastres incalculables pour la civilisation d’une guerre moderne et le rôle essentiel du peuple dans la défense de la paix. Il s’y attache également avec force à lever une équivoque avancée par ses détracteurs de droite, à savoir le patriotisme des socialistes et leur attitude en cas de déclenchement de la guerre :

Si la guerre éclate malgré nous, [il faudra consentir à] l’effort maximum pour assurer, dans l’horrible tourmente, l’indépendance et l’intégrité de la nation. [4]

Pour Jaurès, cette alliance du prolétariat européen et la défense de la nation ne sont pas antinomiques, elles constituent au contraire l’idéal de civilisation européenne prôné par l’Internationale : une Europe des peuples pour la liberté, les droits, la justice et la paix, à l’opposé d’une Europe des nations portée par l’impérialisme économique belliqueux.

Mais Jaurès a bien conscience que cette manœuvre du prolétariat impose au mouvement ouvrier français et européen de poursuivre son organisation et sa structuration, encore immatures en cette fin juillet 1914. [5]

D’autant que la motion du congrès de Paris fait l’objet de critiques, au sein même des socialistes du Pas-de-Calais, ce qu’affirme et dénonce d’ailleurs le militant antimilitariste Émile-René Beudot, dans un article paru dans L’Avant-garde du 2 août 1914 [6], en pointant l'attitude du député Briquet :

[Briquet] s’insurge contre les décisions du Congrès de Paris et préjuge déjà que le Congrès international de Vienne rejettera cette motion. Drôle de mentalité pour ceux qui prêchent la discipline, soit syndicale ou socialiste, et qui s’élèvent en dictateurs contre les décisions prises en commun par leur parti. Briquet, ayant besoin des voix rurales de l’arrondissement d’Arras, ne sait comment s’y prendre pour ne pas compromettre son élection. Et pour ne pas paraître un antipatriote, auprès de ses naïfs électeurs, il préconise le devoir de tous les citoyens qui est, d’aller se faire tuer bénévolement, sur un point géographique quelconque et assurer ainsi, encore pour longtemps, à la bourgeoisie de bons jours à passer.

 

[1] L’Humanité, 16 juillet 1914, article "Au Congrès du Parti socialiste, un important débat est engagé sur l’impérialisme et la guerre".

[2] L’Humanité, numéro du 17 juillet 1914.

[3] L’Humanité, 18 juillet 1914, "Les furieux" ; 19 juillet, "Ridicule sophisme" ; 20 juillet, "Ce qu’ils oublient".

[4] L’Humanité, 18 juillet 1914, "Les furieux".

[5] L’Humanité, 19 juillet, "Ridicule sophisme".

[6] L’Avant-garde, hebdomadaire syndicaliste révolutionnaire, 2 août 1914.

Bibliographie

  • Patrice Buffetot, Le socialisme français et la guerre. Du soldat-citoyen à l’armée professionnelle (1871-1998), Bruxelles, Bruylant ; Paris, LGDJ, 1998.
  • Les socialistes dans l’Europe en guerre. Réseaux, parcours, expériences, 1914-1918, sous la direction de Romain Ducoulombier, Paris, L’Harmattan, 2010.

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Vue en coupe d'un pont sous-marin.

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