Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 27 avril 2017 - 22h42
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"C’est à croire que la France a été annexée à l’Artois"

En janvier 1874, le jeune Breton Jules-Marie Richard remplace à la tête des archives du Pas-de-Calais, Alexandre Godin, décédé six mois plus tôt. Dans une lettre du 8 février 1874, il rapporte à sa mère ses premières impressions, lors de son installation dans la capitale de l’Artois.

Une lettre à l’honneur

Cette longue lettre peut, pour une meilleure appréhension, être divisée en cinq parties bien distinctes :

  1. La première est une description générale d’Arras et de sa région. L’auteur semble être dépaysé par ce pays assez curieux à étudier. Le patriotisme, l’histoire et l’esprit associatif y sont mis en exergue. (voir la transcription)
  2. La seconde partie concerne sa vie mondaine. Cette lettre se révèle être un témoignage inédit sur la société arrageoise en ce début de Troisième République. Le ton, parfois railleur, trahit les préjugés du jeune archiviste, profondément catholique et royaliste. On sent toutefois une certaine fierté d’être intégré à cette riche et dynamique vie culturelle artésienne. On y croise ainsi, tour à tour, l’historien Adolphe de Cardevacque, la famille de Hauteclocque, l’archiviste du Nord l’abbé Chrétien Dehaisnes, le maire de Douai Alfred Asselin, le maire d’Arras Ernest Deusy, etc. (voir la transcription)
  3. La troisième partie est plus prosaïque, puisqu’elle concerne son emménagement, somme toute austère. (voir la transcription)
  4. La quatrième concerne des affaires familiales, plus intimes, qui ont le mérite de nous éclairer sur l’importance des alliances matrimoniales dans la famille Richard. Tous ses membres semblent s’appliquer à trouver les meilleurs partis pour les mariages de Constance ou de Jules-Marie. Rappelons que dans le milieu aristocratique, l’association amour-mariage n’est pas coutume, confrontée à l’importance du critère économique. (voir la transcription)
  5. Enfin, la cinquième se rapporte à son travail et à ses recherches. Il y mentionne notamment "ses" chartes (son inventaire-sommaire de la série A est encore utilisé aujourd’hui), le journal légitimiste L’Union pour qui il a rédigé quelques articles, et son étude de la correspondance de Marie-Antoinette [note 1]. (voir la transcription)

Jules-Marie Richard : un archiviste acharné

Jules-Constant-Félix-Marie Richard est né à Vitré, en Ille-et-Vilaine, le 3 juin 1845, fils de Jules-Félix-Marie Richard et de Constance-Victorine-Pauline de Gennes de Chanteloup. Il a une sœur cadette : Constance-Félicité-Marie (1848-1900), qui épousera le comte Joseph-Louis d’Héliand en 1875.

Jules-Marie Richard suit sa scolarité au lycée impérial de Laval, d’octobre 1856 à 1859, puis au petit séminaire de Notre-Dame des Champs à Paris, d’octobre 1859 à 1863, où il obtient son baccalauréat ès-lettres. Il fréquente ensuite les classes préparatoires du lycée privé Sainte-Geneviève à Paris, afin d’entrer à Polytechnique, Saint-Cyr ou l’École centrale, mais il y essuie plusieurs échecs.

En 1865, il entre à l’école Saint-Clément, à Metz, dans le dessein de préparer l’École forestière de Nancy, qu’il fréquente pendant deux ans. Ayant, pour des raisons inconnues, changé de filière, il retourne à Paris en 1868, pour finir le cycle de ses études à l’École des chartes où il obtient son diplôme d’archiviste paléographe en janvier 1873, avec une thèse intitulée Étude sur l’administration de Louis VII. Il a pourtant dû interrompre ses études pendant près de huit mois, à l’occasion de la guerre de 1870, pour s’enrôler dans l’armée de la Loire. Ainsi, en janvier 1874, il obtient la direction d’un des fonds les plus riches de province, les archives départementales du Pas-de-Calais, dont le dépôt se trouve au palais Saint-Vaast à Arras, où il est secondé par Jules-Aimé Cottel.

Passionné et laborieux, il entreprend très vite le classement de fonds anciens et prestigieux, que son prédécesseur avait laissé de côté à cause de son ignorance du latin, tels que celui du trésor des chartes d’Artois (série A) ou encore des séries C, E et G. Très prolifique, il publie de nombreux ouvrages historiques concernant l’histoire du Pas-de-Calais, et cela, même quelques années après son départ. Ses publications les plus notables sont, par exemple :

  • Deux anciens plans de Thérouanne, publiés avec documents inédits, Paris, H. Champion, 1879, 27 p. ;
  • Une petite nièce de Saint-Louis, Mahaut comtesse d'Artois et de Bourgogne (1302-1329) (1887) ; étude sur la vie privée, les arts et l'industrie, en Artois et à Paris au commencement du XIVe siècle, Paris, H. Champion, 1887, 456 p. ;
  • Cartulaire de l'hôpital Saint-Jean-en-l'Estrée d'Arras publié avec d'autres documents et une étude sur le régime intérieur de cette maison et des hôpitaux d'Hesdin et Gosnay dans la première moitié du XIVe siècle, Paris, H. Champion, 1888, XXXVIII-154 p. ;
  • Documents des XIIIe et XIVe siècles relatifs à l'hôtel de Bourgogne (ancien hôtel d'Artois), tirés du Trésor des chartes d'Artois, Bulletin de la société de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-France, tome XVII, 1890, pp. 137-159 ;
  • Thierry d'Hireçon, agriculteur artésien (13..-1328), Bibliothèque de l'école des chartes, 1892, tome LIII, pp. 383-416.

Conservateur de métier mais également d’opinion, parallèlement à son travail d’archiviste, il rédige, en effet, des articles pour L’Union et fréquente l’œuvre des cercles catholiques d’ouvriers et notamment son fondateur Albert de Mun.

Apprenant qu’un poste d’archiviste départemental se libère à Laval, en Mayenne, à une quarantaine de kilomètres de sa ville natale, il démissionne le 4 mars 1879. Il est brièvement remplacé, à Arras, par son confrère des Vosges, Gustave Guilmoto, qui démissionne dès le 24 mai 1879. Henri Loriquet lui succède le 1er novembre (avant même d’être diplômé de l’École des chartes, le 1er février 1880) et reste, lui, à son poste arrageois jusqu’en 1899.

Quant à Jules-Marie Richard, il profite du retour au pays pour se marier, le 21 avril 1879, à Charlotte de Mésenge avec qui il aura trois enfants : Marie (en 1880), Constance (en 1881), et Pierre (en 1885). Il n’obtiendra, finalement, pas le poste convoité [note 2] et vivra de ses rentes jusqu’à son décès, qui surviendra le 20 novembre 1920.

Un fonds d’archives épistolaires

La lettre présentée ici est issue du fonds Jules-Marie Richard, acquis par les archives départementales du Pas-de-Calais à l’occasion d’une vente aux enchères organisée, en juin 2012, par la maison de ventes parisienne Lafon-Castandet. Ce petit fonds, qui appartenait jusqu’alors à ses héritiers, ne représente que 20 centimètres linéaires et couvre la période 1857-1920.

L’essentiel est composé de correspondances privées, qui en constituent d’ailleurs le principal intérêt. Nous disposons ainsi de 253 lettres que Jules-Marie Richard a écrites à ses parents durant dix-sept ans (du 6 févier 1862 au 21 janvier 1879). Celles-ci datent d’une période essentielle de sa formation où il y livre une grande partie de ses impressions et de ses pensées, qu’elles portent sur ses études, sur la religion ou sur la politique, sur la guerre contre la Prusse ou sur son travail aux archives du Pas-de-Calais. L’autre partie de sa correspondance se compose des lettres que Jules-Marie Richard a reçues de sa famille, de ses amis, de ses confrères, d’historiens ou d’érudits. Auxquelles s’ajoutent quelques missives issues des membres de l’œuvre des cercles catholiques d’ouvriers et de collaborateurs du journal L’Union.

Le fonds Jules-Marie Richard est consultable dans la salle de lecture du centre Mahaut-d’Artois à Dainville, sous les cotes 1 J 2282 à 2284.

 

Notes

[note 1] En vue de la rédaction d’un article bibliographique, à l’occasion de la sortie, en 1874, d’un ouvrage intitulé Marie-Antoinette : correspondance secrète entre Marie-Thérèse et le comte de Mercy-Argenteau, avec les lettres de Marie-Thérèse et de Marie-Antoinette, du chevalier Alfred d’Arneth et Auguste Geoffroy.

[note 2] Victor Duchemin, archiviste de la Mayenne jusqu’en décembre 1878, sera finalement remplacé par Alfred de Matronne (1820-1896) qui occupe ce poste jusqu’en 1896.

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