Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 28 avril 2017 - 06h29
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Dans les profondeurs du fonds Besnier

Le fonds Georges Besnier a été donné aux archives départementales du Pas-de-Calais, en juillet 1985, par Mme Bougard, directrice de la bibliothèque municipale d'Arras. Georges Besnier y avait, en effet, encore son bureau jusqu'à son décès accidentel en 1961. De par leurs variétés, ses papiers sont le reflet d’un homme aux compétences nombreuses : archiviste, bibliothécaire, historien, conservateur des Antiquités et objets d’art, mais aussi militant et résistant.

Qui était Georges Besnier ?

Georges Besnier a déjà fait l’objet d’un ouvrage réalisé par Nathalie Vidal et de quelques articles publiés sur ce site internet [note 1]. Toutefois à l’occasion de l’achèvement du classement de son fonds, il est utile de rappeler quelques éléments biographiques [note 2].

Georges-Marie Besnier est né le 6 septembre 1879 à Saint-Servan, en Ille-et-Vilaine. Son père, Charles Besnier est le directeur de la succursale de la Banque de France à Évreux et le président du comité ébroïcien de la société de secours aux blessés. Quant à sa mère, Cécile-Marie Menés, elle est issue d’une vieille famille de marins bretons. Georges a deux frères et une sœur : Charles (1876-1916), Serge (1881-1982) et Marcelle (1877-1973). Après de brillantes études au collège Saint-Charles de Saint-Brieuc puis au collège Stanislas à Paris, il obtient une licence ès lettres à l’âge précoce de seize ans.

À sa sortie de l’École des Chartes, en 1900, il occupe successivement les postes d’intérimaire aux archives départementales de la Somme et de la Meuse. Il devient ensuite archiviste départemental de l’Eure en 1902, puis du Calvados en 1906.

La Grande Guerre l’éloigne toutefois de la Normandie durant cinquante-sept mois, où il acquiert les honneurs au sein du 3ième régiment d’artillerie à pied, avec les galons de capitaine, trois citations à l’ordre de l’armée et la rosette de la Légion d’honneur pour ses qualités militaires et son courage.

De retour à Caen en mars 1919, où il s’apprête à diriger l’agrandissement du dépôt, Georges Besnier obtient finalement, le 1er décembre, le poste du Pas-de-Calais, durement frappé par la guerre. Il met, à nouveau, toute son énergie à résoudre les tâches qu’impose la reconstitution des archives départementales et communales sinistrées.

Bien qu’il soit à la tête des archives départementales de 1919 à 1949, il dirige également la bibliothèque et les archives municipales d’Arras. Il prend en outre de nombreuses responsabilités administratives, comme chargé de la liquidation de comptabilité de fait des communes (1919), puis chef du service départemental d’apurement des comptes de guerre et de ravitaillement (1924), chef de la 4ième division de la préfecture (assistance et hygiène publiques, 1929), etc.
Il est conservateur des Antiquités et objets d’art du Pas-de-Calais à partir de 1927, mais aussi de la Somme en 1935. Il anime l’Académie d’Arras aussi bien que la Commission départementale des monuments historiques.

Lors de l'invasion allemande en 1940, il est l’un des derniers fonctionnaires à rester à Arras et assure bénévolement les fonctions de secrétaire général de la mairie. Membre actif de la Résistance, il se fait arrêter par la Gestapo le 6 avril 1943 et condamné par le Tribunal de guerre allemand, le 14 octobre suivant, à 30 mois d'emprisonnement pour détention d'armes et aide à "illégaux" par délivrance de fausses pièces d'identité et titres de ravitaillement. Après la Libération, il est nommé au comité local de libération d’Arras.

Il décède à Arras le 10 juin 1961, à l’âge de 81 ans.

Le fonds Georges-Besnier (sous-série 61 J)

Le fonds Georges Besnier présente de multiples intérêts, en grande partie dus à la variété des documents qu’il contient. Outre ses archives personnelles et familiales, il est avant tout riche de dossiers d’études, concernant particulièrement l’histoire d’Arras et de l’Artois. Notons aussi l’importance historique des documents originaux du XVIIIe siècle qui y sont conservés. Le 61 J contient également les archives du comité local de libération d’Arras, qui apportent des informations primordiales et même inédites sur l’occupation de la ville durant la Seconde Guerre mondiale.

Ce fonds est consultable dans la salle de lecture du centre Mahaut-d’Artois à Dainville sous les cotes 61 J 1 à 139.

Un témoignage à l’honneur

Le document présenté ici, en plus d’être particulièrement instructif, symbolise la variété des papiers composant le fonds Besnier. Il s’agit d’un récit rédigé par Serge Besnier, le frère cadet du futur archiviste, intitulé "15 jours aux grèves du Pas-de-Calais", à l’occasion d’une mission dans les mines de la Clarence situées à Calonne-Ricouart. Présenté sous une forme épistolaire, ce document est probablement issu de lettres recopiées a posteriori.  

Serge Besnier est né le 9 mai 1881 à Angers. Engagé volontaire, il est incorporé à l’école spéciale militaire de Saint-Cyr, le 24 octobre 1899. Au moment des faits, il est sous-lieutenant au 28ième régiment des dragons [note 3]. Il poursuit sa carrière militaire dans de nombreux régiments, où il est reconnu pour sa bravoure et son sang-froid : il reçoit la croix de guerre avec palme et étoile d’argent, ainsi que la Légion d’honneur. Notons que, de 1908 à 1911, en poste au Tchad, il adresse chaque semaine à sa famille des lettres relatant ses aventures [note 4]. Selon sa fiche matricule [note 5], il est affecté à l’état-major particulier le 10 septembre 1926, comme professeur adjoint du cours géographique à l’école spéciale militaire. Il décède à Neuilly-sur-Seine, le 9 juillet 1982, à l’âge de 101 ans.

Ce présent témoignage s’inscrit dans le contexte des revendications salariales des ouvriers mineurs. À la suite d’une conférence tenue à Arras le 31 octobre 1900, la prime sur les salaires des mineurs de la région est augmentée de 10 %, mais seulement jusqu’au 31 mars 1902. À la suite d’une demande faite par Émile Basly, les compagnies houillères consentent à la maintenir provisoirement et à entamer des pourparlers avec les ouvriers. Ces efforts sont toutefois vains et les différentes réunions organisées à Lens ou à Arras n’aboutissent pas.

Le conflit éclate d’abord à la compagnie des mines de l’Escarpelle le 24 septembre 1902, puis s’étend peu à peu dans toutes les concessions du bassin du Nord et du Pas-de-Calais, par suite de la pression syndicale et des patrouilles de grévistes. Ce n’est qu’à partir du 9 octobre que les mines de La Clarence sont à leur tour touchées par la grève, qui s’achève sans trop de heurts, le 13 novembre suivant.

Lors du congrès des ouvriers mineurs du Nord et du Pas-de-Calais tenu à Lens ce jour-là, la Fédération régionale des mineurs invite en effet les ouvriers à reprendre le travail dans les plus brefs délais. Il faut toutefois attendre le 17 pour que la grève se termine dans toutes les concessions minières de la région.

La Compagnie des mines de La Clarence est alors une jeune exploitation. Créée en 1894, l’extraction ne débute que le 31 janvier 1901. Elle n’est composée que d’une fosse située à Divion, à proximité de Calonne-Ricouart, et emploie seulement 300 ouvriers [note 6]. Le puits nº 1, profond de 1 186 mètres, est en revanche à son ouverture le plus profond d’Europe. Il est probable que les conditions de travail, dans cette compagnie très récente, soient moins pénibles que dans les mines voisines, comme nous l’indique à plusieurs reprises l’auteur – qui adopte, il est vrai, le point de vue de la direction qu’il côtoie. Le coup de grisou du 3 septembre 1912 y fera cependant 79 victimes [note 7].

Le récit de Serge Besnier offre la vision d’un officier partisan de l’ordre sur les événements qui ont agité le bassin minier à l’aube du XXe siècle. On distingue plusieurs thèmes abordés par le narrateur : ses impressions personnelles, les conditions de vie des troupes et des mineurs, et enfin le regard méprisant qu’il a sur les grévistes.

À plusieurs reprises, il déclare le pays joli et ses habitants polis, ce qui ne l’empêche pas de souhaiter revenir au plus vite dans sa garnison. Il s’y ennuie, mis à part peut-être le 13 novembre, lorsqu’il mène une enquête auprès des maires des communes environnantes sur les activités d’une patrouille de grévistes.

Chez ses hommes, l’ennui prédomine également. Le 10 novembre, il écrit même que pour tuer le temps, ils se sont procuré des bâtons afin de rudoyer ceux qui n’ont pas l’air dans leur droit chemin. Il conclut, néanmoins, que cette mission a été pour eux plus instructive que les manœuvres.

Dès son arrivée, il juge les mineurs très heureux, grassement payés pour un travail pas si pénible qu’on le croit : à la veille du départ, après avoir énuméré tous les avantages du métier, il déclare même que tous ses hommes veulent se faire mineurs en quittant le service. Il reconnaît cependant les difficultés du travail de chauffeur. Sous sa plume, les mineurs sont des lâches, poussés par des agitateurs professionnels.

 

Notes

[note 1] Cf. 6 septembre 1879 : naissance de Georges Besnier, archiviste du Pas-de-Calais de 1919 à 1951 et Les archives en guerre : la seconde Guerre mondiale.

[note 2] Voir aussi la biographie se trouvant dans l’introduction du répertoire numérique.

[note 3] Promu par décret du 30 septembre 1901.

[note 4] Ces lettres ont été mises en valeur par son fils, François Besnier, dans un ouvrage intitulé Moussoro, cent ans déjà, publié en 2011, aux éditions Sépia.

[note 5] Cf. Fiche matricule de Julien-Serge Besnier, archives départementales de l’Eure, 41 R 79 (nº 516).

[note 6] Exactement 325 ouvriers en 1903. Cf. Dubois (Guy) et Minot (Jean-Marie), Histoire des mines du Nord et du Pas-de-Calais, tome I, 1991, pp. 158-159.

[note 7] Cf. Dossiers sur la catastrophe de La Clarence (1912) : archives départementales du Pas-de-Calais, S 1527-1530.

 

 

 

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Bibliographie 

  • G. DUBOIS et J.-M. MINOT, Histoire des mines du Nord et du Pas-de-Calais, tome I, 1991. Archives départementales du Pas-de-Calais, BHD 759
  • Comité central des houillères de France. Documents relatifs à la grève des mineurs de 1902, Paris, impr. Chaix, 1903. Archives départementales du Pas-de-Calais, BHC 1440.

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