Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 19 décembre 2018 - 10h46
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Tribunal criminel du département. Charles Dollet, tentative de discrédit de la valeur des assignats Interrogatoire (22 pluviôse an III)

L’an trois de la République une et indivisible, le vingt-deux pluviôse [note 1] à trois heures après midy, en chambre d’instruction du tribunal du district d’Arras, pardevant nous, Louis Joseph Le Gay, directeur du juré près ledit tribunal, faisant en cette cause les fonctions d’officier de police de seureté, assisté du citoyen Pierre Joseph François Dion, greffier dud[it] tribunal, en exécution de notre cédule et par exploit de l’huissier Cretelle de ce jour, avons la déclaration des témoins cy après à la charge du nommé Charles Dollet, prévenu d’avoir cherché à discréditer les assignats, en faisant sa marchandise un prix supérieur en assignats et un prix inférieur en argent, auxquelles déclarations avons procédé comme s’ensuit.

Est comparu François Vidocq, âgé de dix-neuf ans, marchand demeurant à Arras, auquel ne croyant pas devoir faire lecture du procès-verbal tenu le dix-huit pluviôse dernier, par le comité révolutionnaire du district d’Arras parce qu’il contient la déclaration du prévenu, nous avons demandé qu’il dit tout ce qu’il sçait relativement à Charles Dollet, marchand de mouchoirs, et à ce qui s’est passé entre eux le dix-huit de ce mois, lequel après sa déclaration de n’être parent, allié, serviteur ny domestique des parties, a déclaré que ledit jour dix-huit de ce mois, vers dix heures du matin, un quidam est venu lui offrir des mouchoirs à vendre et qu’il lui en proposa la vente à quinze livres le mouchoir en assignats et à cinq livres en argent ou autre numéraire, que sur ce que lui déclarant lui a dit que l’assignat valait l’argent et dont l’autre n’a pas voulu convenir, le déclarant lui dit Je t’arrête au nom de la loy, que ledit quidam, marchand de mouchoirs, voulut se deffendre avec un bâton qu’il tenait à la main, ce qui obligea le déclarant d’appeller un nommé Pierre, cordonnier, qui demeure chez luy, pour l’empêcher de sortir, vis-à-vis lequel ledit quidam a dit encore qu’il préférait l’argent aux assignats, qu’alors le déclarant fit venir la garde qui conduisit led[it] quidam au comité de surveillance. Représentation à luy faite des vingt-trois mouchoirs de mousseline [note 2] ou madrasse [note 3] et à luy demandé s’il les reconnait pour être ceux qui lui ont été présentés par led[it] quidam led[it] jour dix-huit de ce mois, il a dit les reconnaître et les avoir vu entre ses mains et qu’ils étaient l’objet du marché à faire entre eux, qui est tout ce qu’il a dit sçavoir.

Lecture à luy faite de sa déclaration, il a dit icelle contenir vérité, y a persisté et signé.

[Signé :] Legay, Vidocq, Dion

Du vingt-quatre pluviôse [rayé : cinq] aud[it] an troisième de la République, cinq heures après midy pardevant, au lieu et assisté que dessus.

Est comparu Pierre Delestré âgé de quarante ans, cordonnier demeurant à Arras, auquel ne croyant pas devoir faire lecture du procès-verbal tenu le dix-huit pluviôse présent mois par le comité révolutionnaire du district d’Arras, parce qu’il contient la déclaration du prévenu, nous avons demandé aud[it] Delestré, [rayé : qu’il dit tout ce qu’il sçait relativement à Charles Dollet, marchand de mouchoirs, et à ce qui s’est] s’il a connoissance que le nommé Dollet colporteur de mouchoir ait offert d’en vendre au citoyen Vidocq à quinze frans en assignats ou à cinq livres en argent, a déclaré qu’il y a environ huit jours, le citoyen Vidoq chez lequel il demeure l’a appellé et lui a dit, tient voilà un frippon qui veut me vendre des mouchoirs quinze frans en assignats ou cinq livres en argent et que l’homme dont ledit Vidocq parlait et qu’il tenait au collet, a répété devant luy déclarant qu’il voulait vendre ses mouchoirs quinze livres en assignats, ou cinq livres en argent, que la garde étant venue vis-à-vis laquelle, cet homme dont il ne sçait pas le nom répéta les mêmes propos. Elle l’emmena au comité révolutionnaire.

Représentation à lui faite de vingt-trois mouchoirs et de leur enveloppe, à luy demandé s’il les reconnait, a répondu que non, n’ayant pas vu les mouchoirs dont il parle dans sa déposition, qui est tout ce qu’il a dit sçavoir.

Lecture à luy faite de sa déclaration. Il a dit icelle contenir vérité, y a persisté et déclaré ne sçavoir écrire ni signer. Déclarant nuls les mots "qu’il dit tout qu’il sçait relativement à Charles Dollet marchand de mouchoirs et à ce qui s’est", rayés en la présente déclaration.

[Signé :] Legay, Dion

Archives départementales du Pas-de-Calais, 4 L 92.

 

Notes

[note 110 février 1795.

[note 2] La mousseline est un tissu lâche en coton né au Bangladesh, très en vogue en France à la fin du XVIIIe siècle.

[note 3] Le madras est une étoffe à chaîne de soie et à trame de coton, de couleurs vives, originaire du sud de l’Inde.

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Vue en coupe d'un pont sous-marin.

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