Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 15 octobre 2019 - 07h01
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La première traversée de la Manche par les airs

Publié par Thomas Vermeulen, service des classements

À la veille de la Révolution se développe en France un véritable engouement pour la conquête de l’air. Ainsi, le 21 novembre 1783, Pilâtre de Rozier et le marquis d’Arlandes vont être les premiers hommes à s’envoler dans les airs à bord d’un ballon gonflé à l’air chaud confectionné par les frères Montgolfier : leur exploit se produit dans le parc du château de la Muette, en présence de Louis XVI et de la cour.

Très vite la traversée de la Manche en ballon devient un véritable enjeu et même une obsession, notamment pour deux aventuriers : le Messin Jean-François Pilâtre de Rozier et son rival le Normand Jean-Pierre Blanchard. Le premier, auréolé de ses prouesses, est soutenu financièrement par l’État français, afin de mener à bien la traversée du détroit avant les Anglais. Quant à Blanchard, c’est un homme inventif et orgueilleux, qui désire la reconnaissance par une telle action d’éclat. Il est secondé par son ami et mécène John Jefferies, un médecin américain au service de l’armée britannique, davantage intéressé par les observations scientifiques que doivent lui permettre les voyages aériens.

Le premier à se lancer dans ce défi est Jean-Pierre Blanchard. Le vendredi 7 janvier 1785 à 13h15, accompagné de John Jefferies, il décolle du château de Douvres à bord d’un ballon gonflé à l’hydrogène. Le voyage est tumultueux. Afin de gagner le maximum de hauteur, presque tous les objets contenus dans la nacelle et même une partie des vêtements doivent être jetés par dessus bord. Les aéronautes finissent par s’échouer dans la forêt de Guînes vers 15h30.

Les documents présentés ont été rédigés par un notaire de Guînes, maître Dessaux (étude 76 de la sous-série 4 E). Le 7 janvier 1785, il est en effet chargé de dresser le procès-verbal de la descente de Blanchard et Jefferies, après avoir interrogé les témoins de l’arrivée du ballon en forêt. Le second acte, provenant du même registre, est un procès-verbal du 25 mai 1785, qui témoigne de la décision de la municipalité de Guînes d’ériger une colonne commémorant cet épisode historique.

En définitive, Jean-Pierre Blanchard, tout comme Jean-François Pilâtre de Rozier (à Wimereux), va périr de l’exercice de sa passion. C’est lors de sa 66e ascension, le 20 février 1808, en Hollande, qu’il fait une chute qui le blesse grièvement. Il expire, un an plus tard, le 7 mars 1809, à Paris.

Traversée de la Manche en ballon par Jean-Pierre Blanchard : procès-verbal du 7 janvier 1785.

Du 7 janvier 1785
n°6
Déclaration par le sieur Louis Marie
Dufossé de la descente de M. Blanchard

L’an mil sept cent quatre-vingt-cinq, le
septième jour du mois de janvier, six heures
du soir, en notre étude et par devant nous
Jean Louis Nicolas Joseph Dessaux, notaire
royal à Guînes et pays reconquis soussigné,
en présence des sieurs Jacques Merlot,
marchand drapier, et Jean Marie Julien
De Launay, marchand mercier, tous deux demeurants
audit Guînes, témoins pris à défaut d’un second
notaire aussi soussignés, sont comparus
volontairement le sieur Louis Marie Dufossé,
marchand brasseur, et le sieur Jacques Peltier,
aubergiste, tous deux demeurants audit Guînes,
Charles Gracient, soldat au régiment de Bourbon
infanterie, compagnie d’Edmont, actuellement
audit Guînes par congé de semestre, et François
Bertaux, journalier demeurant au même lieu.
Lesquels nous ont dit et déclaré, savoir lesdits
Gracient et Bertaux, que ce jour vers trois heures
un quart après midi, étant au lieu nommé la
Guinguette à l’extrémité de Guînes du coté
de la forêt, ils ont apperçu dans les airs,
au dessus de la plaine qui est entre Guînes
et ladite forêt, un balon aérostatique à une

hauteur assez considérable qui allait du nord-ouest
au sud-est ; qu’ils l’ont suivi voiant qu’il baissait
et ont remarqué qu’il se trouvait quelqu’un dans
une espèce de petite nacèle suspendue à ce balon,
ce qui les engagé à doubler leur course pour,
en cas de besoin, procurer les secours nécessaires
à la personne qu’ils croiaient voir dans ladite
nacèle ; que lorsqu’ils ont été arrivé au moulin
à vent du nommé Lianne, à une portée de
fusil de la forêt, ils ont vu le balon baisser
sur la forêt entre les cantons nommés le
Courtil-Picard et la Queue-de-Campagne, dans
la coupe de l’année dernière ; qu’ils ont dirigé
leur course de ce côté et qu’à environ trois cent
pas dans ladite coupe, ils ont apperçu le balon
suspendu entre deux chênes, et dans la nacèle
qui se trouvait dessous, deux hommes vêtus en
petite veste, la tête couverte, l’un d’un chapeau,
l’autre d’un bonnet de coton ; qu’ils se sont
approché d’eux et leur ont donné la main
pour descendre de leur nacelle ; que descendu
ces deux voyageurs aériens se sont embrassés.
Et ledit sieur Dufossé, que son domestique
lui ayant rapporté qu’il avait vu passer
en l’air le balon que le vent dirigeait vers
la forêt, il était parti sur le champ et était

arrivé dans ladite forêt avec ledit Peltier au
moment où les voyageurs descendaient de leur
nacèle ; que l’un d’eux avait prié ledit sieur Dufossé
de regarder à sa montre pour savoir l’heure,
ne voulant pas s’en rapporter à la sienne qui
pouvait avoir éprouvé quelque dérangement dans
les airs ; que ledit sieur Dufossé y ayant regardé
lui a dit qu’il était trois heures et demie ; que
ce même physicien lui a appris et auxdits
Peltier, Gracient et Bertaux, qu’il se nommait
Blanchard, que son compagnon était anglais, qu’ils
étaient parti du château de Douvres à une heure
un quart après midi, qu’étant au dessus de la
mer, leur balon avait baissé considérablement et
jusqu’à trois cents piés de la surface de l’eau, ce
qui les avait mis dans la nécessité de jetter à l’eau
leurs ancres, tout ce qu’ils avaient dans leur nacelle,
même leurs habits et un chapeau ; que ledit sieur
Dufossé ayant demandé à M. Blanchard
pourquoi il n’était pas descendu dans la
plaine, plutôt que dans la forêt, où il courrait
risque de ne trouver personne, il lui avait
répondu qu’ayant jetté ses ancres à la mer,
il devenait indispensable pour lui de chercher
à se prendre aux arbres pour arrêter son balon et
n’être pas exposé à rouler. Que ledit sieur Dufossé, voyant
les deux voyageurs en petite veste et dans le cas d’éprouver
le froid, a engagé le sieur Peltier à donner sa
redingotte audit sieur Blanchard, ce qu’il a accepté,
observant néanmoins que cela devenait indifférent

au moyen des mouvemens qu’il fallait qu’il se donnât
ainsi que son compagnon pour ployer le balon ; que
tous les comparants et avec eux, les nommés Antoine
Limousin, Delattre et Hennequin journaliers audit
Guînes à l’instant arrivés, et aussi comparants, ont aidé
ledit sieur Blanchard et son compagnon à ployer ledit
balon et le mettre dans la nacelle ; que ce travail étant
fait, ledit sieur Dufossé a engagé les deux voyageurs
à venir se reposer et prendre chez lui quelques
rafraichissemens, avec promesse de leur fournir des chevaux
pour les conduire à Calais, même de les y accompagner,
ce qu’ils ont accepté ; mais qu’au moment du départ, les
sieurs Cazin d’Honnincthun fils et Brunet sont arrivés
à cheval et ont prié ledit sieur Blanchard et son compagnon
d’accepter leurs chevaux et de venir se reposer chez ledit sieur
d’Honnincthun à Hardinghen, promettant leur fournir
une voiture et des chevaux pour les conduire jusqu’à la
poste de Marquise, que ces offres ont déterminé les deux voyageurs
à prendre avec lesdits sieurs d’Honnincthun et Brunet la route
d’Hardinghen ; qu’ils ont prié le sieur Dufossé de faire porter
leur balon à Guînes par lesdits Gracient, Bertaux, Peltier,
Limousin, Hennequin et Delattre et que ce balon vient
d’être par eux déposé chez M. de Guizelin de Grand
maison, ancien capitaine d’infanterie demeurant sur la
place dudit Guînes. Dont et de quoi les comparants
ont requis acte à eux octroyé le présent pour servir et
valoir ce que de raison, et ont lesdits sieurs Dufossé et
Peltier signé, et les autres comparants déclaré ne savoir
écrire ni signer, de ce enquis après lecture faite.

[Signé :] Jacque Peltier Merlot L.M. Dufossé De Launay Dessaux

Scellé ledit jour.

Controllé à Guînes le huit janvier 1785 par nous contrôleur ambulant des
Domaines du Roy en tournée de recouvrement, pour le contrôleur ordinaire,
notaire rédacteur du présent acte. Reçu vingt-quatre sols. Coesset.

Archives départementales du Pas-de-Calais, 4 E 76/158*.

 

Érection d’un monument commémoratif : procès-verbal du 25 mai 1785.

L’an mil sept cent quatre-vingt-cinq, le mercredi
vingt-cinq mai, cinq heures après midi, nous Charles
Lefebvre, échevin, François Jérôme Fortin et Hubert Joseph
Berger, assesseurs, et Jean Baptiste Delaunay, procureur
du Roi en la mairie royalle de la ville et comté de
Guînes au pays reconquis, en conséquence de notre délibération
du neuf janvier dernier, par laquelle il a été arrêté que
nous nous adresserions au Conseil du Roi pour être autorisé
à élever dans la forêt dudit Guînes à l’endroit où
l’aérostat qui a transporté Mrs Blanchard, phisicien et
méchanicien français, et Gefferies, medecin anglais,
d’Angleterre en France, le sept dudit mois de janvier, une
colonne en marbre du pays pour perpétuer la mémoire
de cet intrépide voyage aérien, et à donner au canton où
ils sont descendus le nom de canton Blanchard ; de la
lettre à nous adressée le vingt-sept du même mois
par Monseigneur le baron de Breteuil ministre,
portant que Sa Majesté trouve bon que nous fassions

élever le monument proposé à la gloire des deux aéronautes,
de notre délibération du dix-sept février suivant, par
laquelle nous avons réglé la forme et les proportions de
la colonne et chargé M. Fortin, l’un de nous, de veiller
à son exécution ; de notre autre délibération du six avril
dernier jointe au devis de ladite colonne, revêtue de
l’approbation de Monseigneur le comte d’Agay
intendant de Picardie, du rapport à nous fait par ledit
sieur Fortin que tout était disposé dans la forêt pour
commencer le travail, nous nous sommes transporté
à ladite forêt, accompagné de Messire Pierre Joseph
Théodore vicomte Desandrouin, baron d’Andres, seigneur
d’Heppignyes et autres lieux, chambellan de sa Majesté
impérialle apostolique, chevalier de Malte, qui a reçu
en son château d’Hardinghen lesdits sieurs Blanchard
et Gefferies à leur descente des airs et que nous avons
prié de vouloir bien poser la première pierre du monument
que nous leurs érigeons, où étant ledit sieur Fortin a
présenté à mondit sieur vicomte Desandrouin, une pierre

blanche taillée de dix pouces de longueur sur cinq
de largeur creusée dans le milieu, en laquelle a été
déposé une lame de cuivre contenant l’inscription suivante :
"Le 25 mai 1785 cette pierre qui est la première de
la colonne que les officiers municipaux de Guînes
font élever à la gloire de Jean Pierre Blanchard et Jean
Gefferies qui ont franchi les premiers l'espace qui sépare
la France de l'Angleterre dans un aérostat, à été posée
par M. le vicomte Desandrouin, chambellan de l'Empereur.
Et ledit sieur vicomte Desandrouin a posé ladite pierre
à l’angle oriental des fondemens de la colonne en
présence de Me François Gabriel Godde, prêtre curé
doyen de Guînes, de Me Pierre Joseph Cazin, seigneur
d’Honincthun, receveur de Son Altesse Sérénissime
Monseigneur l’amiral, de Mre Daniel Marie
de Guizelin, chevalier, seigneur de Grandmaison, Puit-du-
Sart et autres lieux, ancien capitaine d’infanterie
demeurant à Guînes, de Messire Jean Louis de
Senneville, écuier, exempt des gardes suisses du
corps de Monsieur, frère du Roi, et de Me Jean Louis
Nicolas Joseph Dessaux, notaire royal et receveur

des domaines du Roi à Guînes, conseil de ladite ville
de Guînes.
Dont et de quoi nous avons fait et rédigé le présent
procès-verbal, dont expédition sera déposé en l’étude
de M. Dessaux, pour servir et valoir ce que de raison, et contrôlé.

Délivré par moi secrétaire greffier
soussigné et certifié conforme à l’original
étant au registre du corps de ville
signé des dénommés en la délibération
et contrôlé le vingt-sept mai par Dessaux.

Archives départementales du Pas-de-Calais, 4 E 76/158*.

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Pour aller plus loin

  • BUY (Éric), La traversée de la Manche en ballon, Coulogne, 1996, pages 5-13. Archives départementales du Pas-de-Calais, BHB 5614/7.
  • FONTAINE (Raymond), La Manche en ballon. Blanchard contre Pilâtre de Rozier, Dunkerque, Westhoek-Éditions, 1982, 254 pages. Archives départementales du Pas-de-Calais, BHB 3927.
  • registre des baptêmes, mariages et sépultures de Wimille, 1785 : Jean-François Pilâtre de Rozier et Pierre-Ange Romain, décédés "de mort subite" à Wimille, le 15 juin 1785, vers 8 heures du matin, et inhumés le même jour. Archives départementales du Pas-de-Calais, 3 E 894/7.
  • inventaire après décès de Jean-François Pilâtre du Rozier, des 30 juin, 1er et 25 juillet 1785, Archives départementales du Pas-de-Calais. 4 E 48/346-347.

Commentaire(s)

JEAN-MARIE AUBRY, 63 ans, FLEURUS :

BLANCHART SUPERBE DOCUMENTS,
MOI QUI EFFECTUE DES RECHERCHES SUR LES DESANDROUIN JE REMARQUE QUE L'ÉCUYER DESANDROUIN (ET OUI IL NE FUT JAMAIS VICOMTE EN BELGIQUE CAR PAS DE LETTRE PATENTE EN 1769 DATE OU SES FRÈRES DEVIENNENT VICOMTE)
REÇOIT LES GRAND DU MOMENT
UN PLAISIR DE LIRE UN VIEUX PAPIER
CORDIALEMENT ET MERCI POUR CETTE MISE EN LIGNE
JMA DIT Desandrouins
le 23-10-2013 à 22:22:49

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Vue en coupe d'un pont sous-marin.

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