Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 18 octobre 2019 - 14h59
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Le plus vieux "permis de construire" conservé aux archives

La collection Barbier renferme le plus vieux plan de "permis de construire" d’Arras [note 1]. Il date de 1681 et est de trois ans antérieur au plus précoce de ceux conservés dans la collection communale.

Maison de Gilles Cambier, médecin pensionnaire

Le document paraphé par le greffier civil de la ville, Hector Bacler, comporte une mention manuscrite en haut, indiquant la date de décision des échevins autorisant les travaux, le 12 avril 1681, et le nom du requérant. Il s’agit de Gilles Cambier, qui venait d’être nommé par le magistrat médecin pensionnaire de la ville pour soigner les pauvres de la bourse commune [note 2].

En revanche, l’inscription ne fournit pas la localisation de la maison. La décision du magistrat consignée dans le petit registre mémorial [note 3] indique seulement que le médecin habitait rue des Récollets, sans que l’on puisse toutefois être assuré que les travaux concernaient sa demeure personnelle.

Ordonnance des échevins

L’établissement de ce plan fait suite à l’ordonnance du 29 mars 1679. Les échevins, voyant que leurs règlements en matière de voirie et de construction d’habitations n’étaient pas respectés, avaient décidé de renforcer les moyens de contrôle en obligeant les propriétaires, qui désiraient rebâtir ou transformer la façade de leur maison, à faire établir un dessin du projet sous peine d’amende et de démolition :

[...] il est défendu à tous les propriétaires des maisons de cette ville qui en feront reconstruire les pignons et les devantures […] d’y faire travailler sans qu’au préalable ils en aient donné avis à Messieurs du Magistrat pour que les lieux soient vus et visités, et qu’il en soit fait un papier ou dessein figuratif […] contenant la forme de la construction nouvelle, des pignons et des devantures, ainsi que la hauteur, la largeur et tout ce qui contribue à la décoration et à l’ornementation de la ville.

L’ordonnance stipule que le plan doit être dressé par le clerc des commis aux ouvrages, en l’occurrence Claude Lestoquart, architecte et sculpteur, auteur des stalles de l’abbaye Saint-Vaast (aujourd’hui conservées à l’église Sainte-Élisabeth de Paris).

Architecture locale

L’élévation montre une façade à trois niveaux, animés par un jeu polychrome de brique et de pierre, selon un procédé constructif en vogue en France dans la seconde moitié du XVIe siècle.

Au rez-de-chaussée, l’amorce de soupiraux visibles dans le soubassement en grès indique la présence d’une cave. L’ordonnance de la façade se caractérise par une travée centrale plus étroite que les deux autres, particularité qui pourrait résulter soit d’un remaniement ancien ayant regroupé deux maisons, soit correspondre à une volonté moderne d’éclairer au maximum les pièces.

Pas-de-moineau et volutes

Le principal intérêt du document réside dans le projet de pignon qui offre un témoignage précieux du goût à Arras en cette fin du XVIIe siècle. Le plan laisse au propriétaire le choix entre deux partis pour le dessin des rampants : des pas-de-moineau à gauche, des enroulements et des volutes à droite.

La première formule est très ancienne. Née au XIIIe siècle, ainsi que l’atteste la maison de l’Étape à Gand, elle s’est propagée aux XVe et XVIe siècles dans toute l’Europe du Nord. À Arras, ce type de frontispice a connu un franc succès. La vue panoramique précise et détaillée de la ville, dessinée par Antoine-François Van der Meulen pour représenter L’entrée de Louis XIV et de Marie-Thérèse à Arras le 30 juillet 1667, montre que rampants continus et rampants à redents se partagent à parts à peu près égales le versant des toitures.

C’est de Flandre aussi que provient le fronton à enroulements qui a donné son originalité aux places d’Arras. Le premier pignon dont les pentes sont adoucies par des ailerons est apparu en 1517 à Malines, au palais de Marguerite de Flandre. Dans les années 1560-1580, l’Anversois Hans Vredeman de Vries a contribué à répandre le goût pour ce type de couronnement et mis au point un modèle d’un caractère profondément flamand. L’événement déterminant qui a provoqué l’essor de cette formule à Arras serait la construction entre 1618 et 1624, par l’ingénieur et architecte des archiducs, Wenceslas Coebergher, du mont-de-piété, dont le pignon multiplie corniches, baies et ornements.

Ainsi ce dessin témoigne-t-il de l’attachement de la population artésienne aux traditions flamandes. Deux décennies après le rattachement à la France, les habitants demeuraient peu réceptifs aux modes de la capitale. Ce n’est qu’au cours du XVIIIe siècle que le pignon disparaît progressivement pour être remplacé par un toit à croupe, à la française.

Le 5 mai 1778, un règlement du magistrat, prenant pour prétexte le danger que représentent ces frontispices mal entretenus, interdit l’érection de tout nouveau pignon et ordonne que ceux devenus vétustes soient supprimés et remplacés par un pan de toit. Précisons que les places d’Arras, si caractéristiques, n’étaient pas concernées par l’ordonnance.

 

Notes

[note 1] Archives départementales du Pas-de-Calais, 4 J 393 ; encre et lavis sur papier, 30,5 x 19 cm.

[note 2] Ordonnance du 24 janvier 1681 (Archives communales d’Arras, BB 27, fol. 53 r°). Gilles Cambier, appelé aussi Gambier ou encore Le Cambier, appartient vraisemblablement à la bourgeoisie arrageoise. L’un de ses membres, Louis, avait été échevin et conseiller d’Artois.

[note 3] Archives communales d’Arras, BB 27, fol. 54 v° : Suivant aultre requeste présentée par maistre Gilles Le Cambier, médecin demeurant à Arras, messieurs, après avoir ouy le rapport des sieurs eschevins sepmaniers et du procureur général de ceste ville, luy ont permis de faire construire de pieres et de bricques un pignon de pierres et de bricques […] Sy ont accordé en tant qu’ils peuvent l’exemption de logement en la maison où il réside size en la rue des Récoletz pour huicts ans à commancer du jour que l’on travaillera audit pignon […].

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Vue en coupe d'un pont sous-marin.

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