Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 26 avril 2017 - 03h04
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Les archives en guerre (l’entre-deux-guerres) De la défense passive à la construction de l’abri dit du "préfet"

Publié par Jean-Pierre Cathelain et Amandine Struzynski

La défense passive dans les années 30

Suite au traumatisme de la Grande Guerre et aux politiques protectionnistes résultant de la crise de 1929, on assiste au début des années 1930 à une suspicion mutuelle des nations. L’idée que nul n’est à l’abri d’une attaque ennemie se propage dans tous les pays, qui commencent à réfléchir et à organiser leur "défense passive". Il s’agit de mesures de protection de la population en cas de conflit. Pour parer à d’éventuels bombardements ou attaques chimiques, on construit des abris à l’épreuve des assauts, on aménage des postes de secours, on s’équipe en masques, on édite des fascicules de consignes d’extinction et d’alerte au feu ou aux bombes, etc. :

[…] les mesures de défense active ne suffisent pas. L’expérience de la dernière guerre a montré en effet qu’une défense active, aussi développée soit-elle, ne saurait préserver complètement les populations et le fonctionnement des services publics. Par contre, une bonne organisation et une préparation suffisante permettront d’atténuer dans une large mesure les redoutables conséquences de la guerre aérienne. Tel est l’objet de la défense passive (extrait de l’Instruction pratique sur la défense passive contre les attaques aériennes du 25 novembre 1931, Melun, 1931. Archives départementales du Pas-de-Calais, BHD 973/6).

En France, l’inspecteur général de la défense passive du territoire, sous la direction du maréchal Pétain puis du général Duchêne, prévoit en 1931 une organisation à différents échelons (national, départemental, urbain). Dès cette époque, plusieurs groupements offrent spontanément leurs services (Croix-Rouge, secouristes, brancardiers volontaires, etc.) ou sont créés (assistantes du Devoir national, etc.). Ces mesures restent isolées jusqu’à la loi du 8 juin 1935, qui institue l’obligation de la protection pour les services publics et permet la justification de crédits dans les budgets municipaux.

L’abri de la Préfecture

Dans ce contexte, le préfet du Pas-de-Calais commande à l’architecte départemental Paul Decaux un rapport sur la protection des services de la préfecture. Ce dernier préconise d’utiliser le sous-sol des archives (actuel centre Georges-Besnier, place de la Préfecture) : C’est principalement dans le sous-sol de ce bâtiment, construit en béton armé, avec des poteaux très rapprochés rendant plus difficile la destruction complète ou l’écroulement de ce vaste bâtiment établi sur un radier en béton armé, que seraient aménagées les installations nécessaires à la défense contre le bombardement et contre les gaz. Et, chose surprenante aux vues des pertes subies par les archives lors de la Première Guerre mondiale, il ajoute : Les rayonnages existants seront conservés, ils forment un abri naturel contre les bombardements analogues à celui d’un mur construit avec des sacs de terre (rapport du 29 juin 1935 : Archives départementales du Pas-de-Calais, 11 R 1855).

Le préfet semble accepter ce projet mais émet tout de même quelques réserves, car l’exigüité des lieux rend impossible le fonctionnement efficace des services. Decaux revient en 1938 avec un nouveau projet à la hauteur des espérances du préfet, une véritable "préfecture souterraine" à plusieurs étages qui serait construite sous le parc du préfet et accessible depuis le sous-sol des archives. L’espace, prévu pour 40 personnes, comporte un puits, un réfectoire et même un espace pour dormir. Mais ce projet ambitieux a un coût (2 millions de francs) et le préfet est contraint d’y renoncer.

Le plan définitif n’est approuvé qu’en février 1939. Occupant le sous-sol des archives, l’abri reste néanmoins indépendant grâce à deux entrées de part et d’autre de la face la plus longue du bâtiment. Une porte de secours permet de pénétrer dans le sous-sol, protégé depuis 1935 contre les gaz. On peut raisonnablement supposer que le graffiti photographié ci-contre (encore visible aujourd’hui) a été apposé à ce moment. La dalle de béton armé du rez-de-chaussée est portée à 0.35 cm, voire même à 0.45 cm par endroits. L’alimentation électrique est réduite au minimum et la ventilation assurée grâce à un pédalier.

L’abri est mis en service en avril 1939 et réquisitionné dès le 12 juillet. De nouveaux aménagements sont effectués en octobre (fosse septique, modifications d’accès et chauffage). En tout, il a coûté 570 000 francs.

Il faudra quelques décennies pour que les archives recouvrent l’usage presque complet de leur sous-sol. Aujourd’hui, l’abri du préfet est visité à l’occasion des journées du patrimoine.

Transcription du projet d'aménagement d'un abri blindé dans le sous-sol du bâtiment des archives, 20 décembre 1938

Arras, le 20 décembre 1938

Département du Pas-de-Calais
Préfecture d’Arras

Défense passive
Aménagement d’un abri blindé
dans le sous-sol du bâtiment des Archives

Exposé succinct

Certains services de la Préfecture devant rester et
assurer leur service à ARRAS en temps de guerre, il a paru
nécessaire de prévoir un abri à proximité des bureaux actuels
qui ne peuvent, quoi qu’on fasse, permettre de travailler et
de vivre en sécurité.

L’abri projeté doit, en conséquence, résister à tous
les bombardements et permettre à 40 employés ainsi qu’à leurs
chefs de continuer à assurer leurs services dans des condi-
tions, sans doute précaires, mais acceptables.

Il est apparu, au cours d’une étude sur place faite
par une Commission composée de représentants de l’Administra-
tion et de techniciens, que le sous-sol du bâtiment des Archi-
ves départementales pouvait, après certains travaux d’adapta-
tion, répondre à ces conditions après une transformation
infiniment moins onéreuse que la construction d’un abri de
toutes pièces.

La disposition naturelle de cet immeuble, dont les
plans à petite échelle sont joints, protège le sous-sol par
5 planchers en B. A. [béton armé] avec des hauteurs d’étage de 2.60 ;
l’épaisseur moyenne de ces planchers est de 8 à 10 cm ; ils
sont séparés par des piles verticales de dossiers ficelés
qui augmentent la résistance à la pénétration des obus ; on
voit donc l’intérêt qui s’attache à protéger le dernier plan-
cher sous lequel les Services doivent s’installer.

En outre, une protection est étudiée pour tenir compte
de l’angle de chute des obus qui peut atteindre jusqu’à 30°
sur l’horizontale ; ainsi transformé, le plancher haut du
sous-sol aurait une épaisseur totale de 0.30 en B. A. avec
4 planchers de 0.10 d’ép. suivant les indications des croquis
joints.

L’étude ci-dessous comprend également les dispositifs
nécessaires à la vie dans les abris. Chacun de ces dispositifs
est exposé dans un devis spécial.

Ces dispositifs se résument de la façon suivante :

  1. Travaux de super et sous-structure
  2. Ventilation et régénération de l’air
  3. Groupe électrogène pour assurer l’éclairage
  4. Poste d’émission de télégraphie sans fil
  5. Installations intérieures.

Le chauffage n’est pas prévu, le bâtiment étant déjà
pourvu d’une installation ; cependant des prises de courant
permettraient d’installer des radiateurs électriques si la
partie supérieure des archives était atteinte par le bombar-
dement, le courant étant fourni par le groupe électrogène
installé dans l’abri. Rien n’est prévu pour les WC et l’eau
potable existant dans le sous-sol.

La récapitulation fait apparaître une dépense se décom-
posant de la manière suivante :

  1. Travaux de super et sous-structure : 353.000.00
  2. Ventilation et régénération de l’air : 19.500.00
  3. Groupe électrogène pour assurer l’éclairage : 125.000.00
  4. Poste d’émission de télégraphie sans fil : 50.000.00
  5. Installations intérieures : 20.000.00

Ensemble : 567.500.00

L’Architecte en chef du Département,
Decaux

Archives départementales du Pas-de-Calais, 11 R 1855.

Bibliographie

Commentaire(s)

juan Fernandez, 56 ans, Ormes :

séjour républicains espagnols à Liévin Bonjour,
écrivant les mémoires de mes parents ,ma mère Cinta Marti Pallarés née le 20 janvier 1919 m'a relaté qu'après avoir pris le train, (affrété par parti communiste?) à Cerbères elle et sa sœur Magdalena Marti Pallarés née le 6 juin 1922 sont arrivées à Liévin au début févier 1939.Je voulais savoir SVP si vous aviez des documents d'enregistrements de ces réfugiés républicains. Le maire de Liévin d'après ma mère a été emprisonné au début de la guerre de par son appartenance à un parti de gauche.
merci d'avance
le 24-03-2015 à 12:57:36

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Vue en coupe d'un pont sous-marin.

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