Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 23 août 2017 - 19h44
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Les débuts de la tapisserie d’Arras

Bien que les origines de la tapisserie arrageoise demeurent nimbées de mystère, deux documents conservés aux archives départementales attestent de l’existence d’un ou de plusieurs ateliers de haute-lice dès 1313. Le premier est une commande pour la fabrication de six tapisseries et le second, selon toute vraisemblance, la quittance de paiement relative à cette commande. Les deux sont respectivement conservés sous les cotes A 313/43 et A 313/42.

Origines oubliées des tapisseries de haute-lice

L’étymologie nous apprend que le terme haute-lice vient du latin licium, qui signifie fil.

Au XIXe siècle, les origines de la haute-lice ont fait l’objet de débats passionnés de la part d’historiens spécialisés. Pour certains, c’est à Paris qu’est né ce savoir-faire, pour d’autres à Arras. Dans ses travaux plus récents, Mgr Lestocquoy avance que son implantation en Artois serait due aux avisés bourgeois d’Arras qui souhaitaient diversifier leur activité et donner une dynamique nouvelle à l’économie de la ville.

Effectivement, à partir de 1313, plusieurs indications prouvent l’existence de cette industrie à Arras :

  • le nom de hautelisseurs connus comme Jean de Thelu ou Thomas le Cardeur ;
  • des commandes et quittances, comme les documents mis à l’honneur dans cet article ;
  • la présence de pièces tapissées dans des inventaires.

Pièces de la comptabilité de la comtesse d’Artois

Le 4 juillet 1313, Mahaut mandate par écrit Mathieu Cosset, receveur d’Artois, pour la confection de "six tapis". Ce document est inédit en son genre dans la comptabilité de la comtesse : c’est la première mention de ce type dans l’histoire de la haute-lice d’Arras. On peut y lire :

De par la contesse d’Artois
Receveur, encore vous mandons que vous faciez en toutes manieres, comment que ce soit
que Sauvales n’ait defaute d’argent ou de finance legiere à Tourout car nous n’arions mie [note 1] ailleurs
esprin en bon marchié ne ni trouveroit on si bien ce qui nous faut, faitez nous faire à Arraz siz tapis
deliez [note 2] tes et de la longuer que li dis Sauvales vous dira. Nostres Sires vous gart [note 3]. Doné à Hedin le quart
jour de julet.

Archives départementales du Pas-de-Calais, A 313/43.

D’après Lestocquoy, qui reprend lui-même la thèse de l’archiviste Jules-Marie Richard, une quittance aurait été attachée à cette commande par une languette de parchemin. C’est elle qui permettrait d’affirmer que Mahaut avait bien commandé des tapisseries et non des tapis ; datée d’octobre 1313, elle est signée d’Isabelle Caurrée, une marchande arrageoise :

Jou, Isabiaus Caurree con dist de Hallennes, faic savoir a tous que j’ai eu et recheu de Mahieu Cosset, rech[ev]eur d’Artois, 
trente et noef livres et treze sols parisis, pour V dras ouvrés en haute lice et II behus [note 4] achatés a mi a pluiseurs 
fuers [note 5] pour la pourveance [note 6] del hostel Robert d’Artois, fil Madame, de laquele monnoie je me tieng bien a paiie. En
tiesmoing [note 7] de ce j’ai mis men seel [note 8] a ces lettres. Donnees a Arras l’an de grase M IIIc et XIII [note 9] el mois d’octembre.

Archives départementales du Pas-de-Calais, A 313/42.

La commande de Mahaut aurait donc été passée pour meubler l’hôtel de son fils Robert : suivant les indications du messager de la comtesse, Isabelle Caurrée aurait réalisé cinq draps de haute-lice et deux tentures pour habiller des bahuts.

Hormis ces deux documents, on ne trouve trace d’aucune autre mention avant 1337-1338. À cette date, les archives de la recette d’Artois évoquent Thumas le Cordonnier en sa qualité d’ouvrier de hauteliche ou encore Aghee de Londres, la tapisseresse (A 609).

Splendeur et décadence de la tapisserie arrageoise

Malgré ce manque d’informations, on sait néanmoins que le savoir-faire s’implante durablement dans la capitale artésienne. La seconde moitié du XIVe siècle est marquée par une multiplication des commandes, notamment par le duc de Bourgogne Philippe le Hardi, qui favorise les artisans de ses États et donne l’orientation des sujets à traiter. À côté de motifs religieux, une importante variété de sujets profanes atteste d’une grande liberté d’exécution.

Au cours des années et des commandes, le tissage au fil d’or, dit fin fillé d’Arras, fait la renommée des ateliers de la ville. La première moitié du XVe siècle correspond à la grande époque des tapisseries arrageoises, qui s’exportent jusqu’en Angleterre et en Hongrie. Toutefois, en raison de la richesse des matériaux employés, il nous reste aujourd’hui peu de témoignages de cette conséquente production, pillée à travers les âges.

Les raisons du déclin local de cette industrie sont tout aussi énigmatiques. Celui-ci aurait commencé en 1449, date à laquelle Philippe le Bon passe une première commande aux ateliers de Tournai. Certains témoignages semblent néanmoins attester que la production perdure au moins jusqu’au siège de 1477. Mais à partir de 1520, plus aucune trace d’activité n’est relevée.

Que reste-t-il des tapisseries arrageoises ?

Avant le XVIe siècle, les tapisseries ne portaient aucune marque de fabrique. C’est pourquoi, et bien qu’une grande variété d’œuvres ait été attribuée aux ateliers d’Arras, une seule tenture est formellement identifiée comme production des hautelisseurs arrageois. Il s’agit d’une Histoire de saint Piat et saint Éleuthère déposée au trésor de la cathédrale de Tournai en 1402. Exceptionnellement, cet ouvrage portait une inscription qui disparut au XVIe siècle. On pouvait y lire :

Ces draps furent faicts et achevés 
En Arras par Pierrot Feré, 
L’an mil quatre cent et deux,
en décembre, mois gracieux.

Veuillez à Dieu tous saincts prier 
Pour l’âme de Toussaint Prier.

Cet ancien clerc de chapelle du comte Louis de Male, aumônier de Philippe le Hardi puis chanoine de la cathédrale de Tournai, non dénué d’humour, a commandé pour cette église une importante tenture, aujourd’hui réduite de quatre scènes, mais dont il reste tout de même 22 mètres de long sur 2 mètres dix de hauteur.

À Arras, l’incendie du palais Saint-Vaast en 1915 a détruit la quasi-totalité des collections vraisemblablement sorties des ateliers de la ville. Seule subsiste une pièce de 1,28 mètre sur 1,78 mètre, évoquant saint Vaast, l’évangélisateur de l’Artois, apprivoisant un ours furieux qui dévastait la région. Cette pièce est aujourd’hui conservée au musée des Beaux-Arts. Clin d’œil aux grandes heures de la tapisserie d’Arras, cette tenture a été déclinée en timbre-poste en 1994.

 

Notes

[note 1] nullement.

[note 2] délicat, fin.

[note 3] protège.

[note 4] bahuts.

[note 5] prix.

[note 6] provision.

[note 7] témoin.

[note 8] sceau.

[note 9] 1313.

Bibliographie

  • "La tapisserie d’Arras", dans Histoire et Mémoire, n° 28, 2001, p. 6 ;
  • J. LESTOCQUOY, Notes sur la tapisserie d’Arras, Arras, Nouvelle société anonyme du Pas-de-Calais, 1939. Archives départementales du Pas-de-Calais, BHC 1196/12 ;
  • J. LESTOCQUOY, "Deux siècles de l’histoire de la tapisserie (1300-1500)", Mémoires de la Commission départementale d’histoire et d’archéologie du Pas-de-Calais, t. XIX, Arras, 1978.

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