Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 18 octobre 2017 - 20h17
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"Venez à moi jeunes bergères…" Recueil d’ariettes et de chansons

Alors que vient de débuter l’exposition Dansez, embrassez qui vous voudrez au Louvre Lens, qui met à l’honneur les fêtes galantes du XVIIIe siècle, nous avons choisi de vous faire découvrir aujourd’hui le Recueil d’ariette et de chanson appartenant à Mlle Watelet de Lavinelle que viennent d’acquérir les archives départementales.

Ce petit volume de 288 pages à reliure veau, dos à nerfs ornés, coté 1 J 2382, a été rédigé à Arras en 1786. Détails intrigants, il porte l’ex-libris imprimé de la famille Des Robert-Joybert et contient deux lettres adressées à une certaine Marie Duhay de Golberg.

De l’ex-libris Des Robert-Joybert aux Watelet de Lavinelle

Il y a quelques mois, un curieux ex-libris - apposé lui aussi sur un recueil de chansons - avait été le point de départ d’une enquête qui nous avait conduits sur les traces d’un amour perdu. Bien que ce dernier ne nous ait pas livré tous ses secrets, nous décidons de débuter cette nouvelle énigme avec l’analyse de l’ex-libris de la famille Des Robert-Joybert, dernier propriétaire connu de ce manuscrit.

Edmond des Robert (Sathonay, Ain, 25 mai 1878-12 mai 1955) est un érudit et historien lorrain. Président de la Société d’archéologie lorraine de 1926 à 1944 et de l’Union Drouot, il fonde également l’Association française des collectionneurs d’ex-libris. Le 16 janvier 1908, il épouse à Nancy Marguerite de Joybert, fille de Gaston, baron de Joybert, et de Jeanne Watelet (Arras, 31 mars 1843 – Nancy, 5 octobre 1913), descendante indirecte de la propriétaire de ce recueil.

Jeanne Watelet est en effet la petite-fille de Mathias René Joseph Watelet de La Vinelle (Arras, 20 décembre 1753-Arras, 13 février 1823), conseiller au Parlement, maire d’Arras, marié le 18 décembre 1787 à Marie-Thérèse Henriette Joseph Gosse (1781-1830).

Notre recueil, daté de 1786, ne peut donc appartenir à une fille du sieur Watelet ; nous pouvons ainsi supposer qu’il aurait été possession d’une des trois sœurs de Mathias encore vivantes en 1786 : Catherine Renée Josèphe (1753-1822), Charlotte Constance Josèphe (1756-1804) ou Marie-Thérèse Nathalie Josèphe (1762-1846).
Hélas, rien ne nous permet d’affiner plus catégoriquement cette hypothèse.

Ce qui est certain, en revanche, c’est que l’acquisition de ce manuscrit vient compléter les papiers des familles Gosse d’Ostrel et Watelet de La Vinelle déjà conservés aux archives départementales (entrés par don Des Robert en 1949 et 1956, cotés 1 J 257-259 et 355-356).

L’éducation des jeunes filles

Ce type de manuscrit était assez courant, semble-t-il, dans le cartable des jeunes filles de bonne famille du XVIIIe siècle. Marie Weigel (1731-1808), fille d’un procureur du conseil d’Artois, en possède un semblable, intitulé Manuel amusant ou recueil de chansons, vaudevilles, odes, romances, brunettes, musettes, rondeaux, etc.

L’éducation musicale est essentielle pour les jeunes femmes de familles aisées, au même titre que la danse ou la broderie. Mais on leur enseigne rarement davantage. En ce siècle des Lumières, l’éducation féminine reste encore malgré tout confinée aux destins traditionnels, domestiques et religieux de leur sexe.

Pourtant, dès la fin du XVIIe siècle, le Traité de l’éducation des filles combat l’image d’Épinal qui limite le rôle de la femme à celui d’épouse, de mère et de gestionnaire du foyer. Fénelon affirme au contraire que pour le bien public, l’éducation des filles est aussi nécessaire que celle des garçons. Les voix des premières "féministes" commencent également à émerger et à réclamer une plus grande reconnaissance sociale.

Toutefois, la décision et l’orientation de l’éducation des enfants restent la prérogative du chef de famille. En effet, hormis le couvent où on leur apprend certains rudiments de latin et de calcul, les jeunes filles ne bénéficient pas d’une éducation institutionnalisée, à la différence des garçons. Les plus nanties reçoivent les leçons de professeurs particuliers et sortent peu de la sphère familiale.

Recueil de chansons et d’ariettes

Néanmoins, le développement de la musique dans les salons privés au XVIIIe siècle va diversifier le répertoire assez conventionnel dont elles disposent jusque là.

Dans ce Recueil de chanson et d’ariette, on trouve bien entendu des chansons populaires telles que Malbrouck s’en vat en guerre, un air de Jean-Jacques Rousseau ou des extraits d’opéras et d’opéras comiques, tels qu’Annette et Lubin (Marmontel et Favart, sur une musique d’Adolphe Blaise ou de Jean-Paul Égide Martini), Le Cadi dupé (Lemonnier et Gluck), Rose et Colas et Le Déserteur (tous deux de Sedaine et Monsigny), Tom Jones (Poinsinet et Philidor), Le Mariage de Figaro, etc.

Mais on répertorie également un certain nombre de chansons locales, composées lors d’occasions précises : "Vous tous citoyens d’Arras venez à la fête" (pour la naissance du Dauphin), un chant pour les fêtes données en faveur de l’évêque d’Arras, une "Chanson à l’occasion de l’arrivée de Mde de Villers, abbesse d’Avesne, en son village de Fresnoy" en picard, etc.

Car le folklore local et picard n’est pas boudé dans ce recueil, alors même qu’il est propriété d’une jeune fille d’une famille aristocratique. N’oublions pas que la mode de cette époque prône le retour des valeurs pastorales et rustiques. Étonnamment, on trouve donc une "chanson à boire" ou une "chanson villageoise", sans doute pour des fêtes champêtres tant prisées à cette époque.

Chanson villageoise Air. Va t’en voir s’ils viennent, Jean

Il se fait eune assemblée,
Le dimanche d’en no village
On y voit chés filles chuchrées,
Ces prudentes et ces sages,
et quand Colin l’en prend leur main
Alle quetent en féblese,
Sans le secour d’un bon voisin,
Al resteroient en presse.

Je m’y en alloit l’auter jour,
Aveucq m n’habit ganne [note 1] ;
j’avois bonne envie d’faire l’amour,
A m’camarade Marie Anne,
Mais, par malheur je l’ai trouvée,
Diablement en colere,
Al m’a rudement encachée
Je ne l’ai jamais vû si fière.

Quand j’ons vu chel bel équipée
Je m’sû rué sur Jacqleigne
Al a l’mugiau un peu harlé,
Mais al foit bonne meine,
J’l’ai prin par l’main,
J’li ay prin (l’menton),
Je l’y ai payé chopeine
Je vous l’y ai fait faire un rigodon
Tout a travers de l’plaine.

V’las ce qui s’appelle un bon efant
Pour les fêtes et dimanche,
J’nay pon vû qu’alent fait semblant
Q’ j’avoi touché as manche,
Tous chés refrognes, chés égrignes,
J’les ploteroit par douzaigne
Drès qu’ol l’zatouche y sont aux camps
Vive Marie Jacqleigne.

[…] Pour voir la chanson dans son intégralité, suivez ce lien.

Archives départementales du Pas-de-Calais, 1 J 2382.

 

Notes

[note 1] Ganne peut être traduit par jaune.

Pour aller plus loin

La clé du Caveau, à l'usage de tous les chansonniers français, des amateurs, auteurs, acteurs du vaudeville & de tous les amis de la chanson de Pierre Capelle, 1811 ("Va t’en voir s’ils viennent, Jean" : n° 613, p. 266).

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