Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 17 décembre 2018 - 18h04
Les informations contenues dans cette page ne sont valables avec certitude que jusqu'à cette date et heure.

Les Archives du Pas-de-Calais (Aller à l'accueil)

Pour pouvoir visualiser l'animation, vous devez télécharger le plugin Adobe Flash Player.

Archives en ligne Documents numérisés

Instruments de recherche

Accès direct :

Deux adresses :

Centre Mahaut-d'Artois
Archives anciennes et modernes (dont registres paroissiaux et d'état civil)
1, rue du 19 mars 1962
62000 DAINVILLE
FRANCE
Tél. : +33 (0)3 21 71 10 90
Du lundi au vendredi, de 9h00 à 17h00

Centre Georges-Besnier
Archives contemporaines, presse
12, place de la Préfecture
62000 ARRAS
FRANCE
Le lundi et mardi, de 9h00 à 17h00
Attention : En raison d'une défaillance technique, ce site est momentanément indisponible aux personnes à mobilité réduite

Plans d'accès

Nous envoyer un courriel

Flux RSS

Vous êtes dans : Archives > Anniversaires > 15 décembre 1764 : naissance de François Salembier

15 décembre 1764 : naissance de François Salembier

Le 15 décembre 2018

François-Marie Salembier naît le 15 décembre 1764 à Isbergues, où son père est savetier. Il reste dans sa ville natale, où il travaille probablement comme ouvrier agricole, jusqu’à l’âge de vingt ans, puis il s’installe à Aire-sur-la-Lys. Le 4 octobre 1785, il épouse Marie-Anne-Françoise Carpentier, âgée de trente ans et qui possède une maison. D’abord employé chez M. de Senneville, où il reste un an, il exerce ensuite plusieurs petits métiers, se livrant même occasionnellement à la contrebande. François Salembier ne semble pas prendre part aux troubles révolutionnaires. Pourtant, en 1793, il est soupçonné d’être un agent d’émigré et de soutenir le fanatisme. Arrêté et emprisonné pendant plusieurs mois, il est finalement acquitté par le tribunal révolutionnaire et s’engage comme volontaire dans les charrois militaires.

De la contrebande au crime organisé

De retour à Aire-sur-la-Lys, alors que la pénurie fait rage et que la vie est de plus en plus chère, il rencontre un certain Mouquet dit Cadet, fripier brocanteur à la réputation douteuse, qui lui propose d’entrer dans une "société secrète" qui pourrait améliorer ses conditions de vie. Il semble que Salembier ne se soit pas douté qu’il se liait alors à la bande des "chauffeurs du Nord", groupe organisé de brigands et d’individus suspects sévissant dans toute la région du nord de la France. Ces "chauffeurs", appelés ainsi parce qu’ils brûlent les pieds de leurs victimes pour qu’ils consentent à leur donner argent et bijoux, regroupent une centaine d’individus tous fripiers ou colporteurs. Ces métiers leur permettent de circuler facilement sans attirer l’attention et de se créer un réseau d’indicateurs et de complices à travers la région. Commence alors une série de vols, d’agressions et de pillages.

Dans les premiers temps, Salembier est réticent à l’idée de commettre de tels méfaits ; en novice, plus exercé à la contrebande qu’au crime organisé, il choisit de faire le guet pendant que ses complices agissent. Sa première véritable opération a lieu à Aire-sur-la-Lys, où la bande entreprend de s’attaquer à un aristocrate, Olivier, qui vit seul. Le butin est maigre et Salembier, horrifié d’apprendre que la victime a été étranglée, s’enfuit. Mais la peur d’être arrêté le pousse à rejoindre ses compagnons pour fuir la ville et rejoindre Lille. Dorénavant, il est lié à la bande et doit participer plus activement aux opérations pour espérer avoir sa part du butin. C’est ainsi qu’il fait son apprentissage lors de l’attaque de la ferme de Noël Delplanque à Lambersart, dans la nuit du 26 au 27 février 1796. Fidèle à son mode d’action, la brigade attache les habitants de la ferme : leurs pieds sont "entortillés de paille" puis enflammés. Cette fois, le bilan de l’opération est très important : 100 louis d’or, 200 livres en assignats, plusieurs bijoux en or et en diamant et quelques couverts en argent. D’autres attaques ont lieu jusqu’en mars.

Une vie marginale

Informé par son épouse que des soupçons pèsent sur lui, Salembier comprend que tout retour à Aire est compromis et que sa vie ne pourra se faire qu’en marge de la société.
Après avoir commis de nouveaux méfaits à Douai puis à Isbergues, une partie de la bande cherche à rejoindre Amiens. En route, ils se font arrêter. Ils sont transférés à Arras et emprisonnés à la prison des Dominicains. Le 12 mai 1796, Salembier et deux de ses complices s’évadent. Ils quittent le département pour Rouen. Mais Salembier ne supporte plus cette vie avec ses compagnons de brigandage. Il repart pour Aire-sur-la-Lys rejoindre sa femme avec le désir de quitter la France pour une nouvelle vie. Mais les "chauffeurs du Nord" ne se quittent pas si facilement. Ses velléités de retour à une existence honnête sont rapidement mises à mal. Bientôt, les attaques reprennent, de plus en plus violentes. Arrêté une seconde fois à Valenciennes, il s’évade à nouveau et les agressions reprennent. Son signalement, envoyé dans toute la région, porte : trente ans environ ; taille de 5 pieds 2 pouces (1.68 m), cheveux bruns, barbe noire, visage ovale. Ne se sentant plus à l’abri, Salembier et trois de ses associés, partent pour la Belgique. Ils tentent un vol à la cathédrale de Malines, étranglent le conducteur de la voiture qui les emmène à Bruxelles et se font finalement arrêter à Dunkerque.

Salembier, un meurtrier ?

En décembre 1796, Salembier est transféré à Bruges où il est jugé, condamné à mort et guillotiné avec vingt et un de ses complices, le 6 novembre 1798. François Salembier a été l’un des "chauffeurs du Nord" durant seulement treize mois. D’après les dépositions faites lors du procès, il semble qu’il ait toujours voulu protéger les victimes. Durant les attaques, il ne commet lui-même aucun homicide, alors que la plupart des ses comparses sont plus violents et plus cruels. À plusieurs reprises, il s’oppose à des viols. Ce n’est donc pas parce qu’il est un meurtrier qu’il est condamné à mort, mais parce que la loi du 15 mai 1797 punit de mort le brigandage. Voulant racheter ses fautes et réparer ses forfaits, il aurait même aidé la police à démanteler la bande.
En 1845, François Vidocq s’inspire de cet épisode pour son roman Chauffeurs du Nord.

Procès-verbal contenu dans l’acte de décès de Pierre-Marie-Félix Olivier, victime des "chauffeurs du Nord". Registre des décès de la commune d’Aire-sur-la-Lys de l'an IV.

139. Pierre-Marie-Félix Olivier

Aujourd'hui, cinquième jour de ventôse de l'an
quatrième de la République une et indivisible, sur
les trois heures de l'après-midi, par de vant nous Alexis
Papegaÿ, officier public du canton d'Aire, département
du Pas-de-Calais, élu le onze brumaire dernier, pour
recevoir les actes destinés à [...] des naissances,
mariages et décès des citoÿens, est comparu en la
maison commune d'Aire François-Louis-Arnault
Wamin, juge de paix du canton d'Aire domicilié rue
Davocas section C, lequel ma déclaré, assisté de Célestin
Clacquet, officier municipal de cette commune âgé de quarante
quatre ans, domicilié rue du Doÿen section C, et de Xavier
Cattier, officier municipal de la ditte commune, âgé de quarante deux
ans, domicilié rue des Cuisiniers section C, lequel m'a déclaré
à moi Alexis Papegaÿ qu'un citoyen avoit été trouvé assassiné.
Il s'étoit transporté chez le citoyen et y avoit rédigé le
procès-verbal dont la teneur suit : l’an quatre de la République
françoise une et indivisible, le quatre ventôse, six
heures trois quarts de l’après-midi, sur le rapport fait à la
municipalité du canton d’Aire par le citoyen Bonaventure
Thorel marchand brasseur en cette commune que la maison
habité par le citoyen Pierre Marie Félix Olivier située rue du
Morianne numéro vingt-trois section B s’est trouvé fermée
pendant ce jour sans qu’on ai vu entrer ny sortir personne
que contre l’ordinaire ses volets ont restés fermés ce qui
donna des inquiétudes à ses parents à cause de son grand âge
et qui demeure seul, sur celui fait par le citoyen Coutelet
sergent de police de cette commune chargé de notifier les
rolles de l’emprunt forcé notament audit Olivier, ÿ
requi en la huitième classe qu’il seit transporté à cette
effet à différentes reprises à la porte ou il a sonné et frappé,
lesquels rapports nous ayant été communiqué par la dite municipalité
nous François Louis Arnoult Wanin juge de paix et officier de police
canton d’Aire accompagné des citoyens Célestin Cleugnet,
Alexis Papeguÿ et Xavier Callin, membre de l’administtration
municipale de cette commune nous sommes transporté à la
porte de la maison dudit Olivier et ayant frappé, sonnés à
plusieurs reprises sans que personnes n’ayent parues et de

suite nous sommes entrés chez la citoyenne Jacqueline
Delporte veuve Canlers qui occupe la maison tenante de
celle dudit Olivier nous lui avons demandé si elle avoit
connoissance de l’absence dudit Olivier, laquelle nous a dite
que de toute la journée elle n’avoit vue entrer ny sortir de
chez lui ledit Olivier ni personne, que contre l’ordinnaire les
volets donnant sur la rue étoient fermés, surquoi nous
juge de paix susdit avons requis le citoyen Henrÿ Lanvin,
serourrier, de sintroduire par la courre de laditte maison de
ditte veuve Canlers dans celle dudit Olivier, ce qu’il a effectués
avec le citoyen Coutelet et Adrien Ducrocq sergent de police
de cette commune, ou étant ils ont forcés et fracturés une
fenêtre par laquelle ils ont entrés dans la cuisine et nous
ont avertis que ledit Olivier se trouvoient étendu sur le pavé
et de suite nous ont ouvert la porte donnante sur la rue
qui se trouvoit fermée sans la serrure sans que les verroux
fussent mis ou nous sommes entrés accompagnés des membres
de l’administration municipale susdit nous étant introduit
dans la cuisine qui se trouve sur le derrière de la ditte
maison nous avons trouvé un cadavre masculin gissant
par terre la face en dessous que nous avons reconnus être
ledit Olivier vetu d’une capotte blanche cendré, une veste
verte, un gillet blanc, une culotte blanche en laine ou se
trouve des boucles d’argent aux jarretière avec des pantoufles,
ayant retourné ledit cadavre nous avons trouvé sa face
ensanglantées le net applati aÿant linge enfoncé dans la
bouche et soux lui un rubant de fil gris de trois quart d’aulne
de longueur que nous avons que scellés et paraphé, près de lui
étoit une table sur laquelle se trouvoit du pain, du beurre
et du fruit, au même instant est survenu sur notre
invitation le citoÿen Louis Ignace Licson chirurgien en
cette commune lequel d’après visite et examin faite du
dit cadavre nous a dit et raporté lui avoir trouvé plusieurs
contusions considérables situés tant au front qu’aux temple,
une plaie longue de deux traverts de doigt [...] de la prunelle
du cotté droit, laquelle plaie lui a paru aussi faite par un
corps contandant de plus différents excoriations au col
avec limpression d’une corde avec laquelle cette partie
nous a paru violament serré, de plus un bonnet de
toille ou chiffon dans la bouche et qu’on a peut tirer qu’avec
violence ce qui joint aux levres enflamées et dune
equimose située au dessus et en dessous de la dite ligature
avec gonflement de toute la face nous fit juger que le
dit Olivier a été etranglé et assommé. [...]

Archives départementales du Pas-de-Calais, 3 E 14/55.

Pour en savoir plus

Georges Sangnier, Le brigandage dans le Pas-de-Calais de 1789 à 1815, 300 p.

L'Europe s'engage

archivespasdecalais.fr est cofinancé par l'Union Européenne. L'Europe s'engage en Pas-de-Calais avec le Fonds Européen de Développement Régional. (FEDER)

Vue en coupe d'un pont sous-marin.

copyright 2011 Pas-de-Calais le Département / Archives départementales | Mentions légales | Crédits