Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 15 décembre 2017 - 18h48
Les informations contenues dans cette page ne sont valables avec certitude que jusqu'à cette date et heure.

Les Archives du Pas-de-Calais (Aller à l'accueil)

Pour pouvoir visualiser l'animation, vous devez télécharger le plugin Adobe Flash Player.

Archives en ligne Documents numérisés

Instruments de recherche

Accès direct :

Deux adresses :

Centre Mahaut-d'Artois
Archives anciennes et modernes (dont registres paroissiaux et d'état civil)
1, rue du 19 mars 1962
62000 DAINVILLE
FRANCE
Tél. : +33 (0)3 21 71 10 90
Du lundi au vendredi, de 9h00 à 17h00

Centre Georges-Besnier
Archives contemporaines, presse
12, place de la Préfecture
62000 ARRAS
FRANCE
Le lundi et mardi, de 9h00 à 17h00
Attention : En raison d'une défaillance technique, ce site est momentanément indisponible aux personnes à mobilité réduite

Plans d'accès

Nous envoyer un courriel

Flux RSS

Vous êtes dans : Archives > Anniversaires > 25 septembre 1765 : naissance de Joseph Lebon, député du Pas-de-Calais à la Convention nationale

25 septembre 1765 : naissance de Joseph Lebon, député du Pas-de-Calais à la Convention nationale

Le 20 septembre 2017

Une jeunesse tournée vers la spiritualité

Guislain-François-Joseph Lebon (ou Le Bon) naît à Arras, paroisse Saint-Aubert, le 25 septembre 1765. Son père, Nicolas-François, originaire de Saint-Pol, est huissier du Conseil provincial d’Artois, avant de devenir sergent à verges, puis gardien de prison sous la Révolution. Joseph fait ses études au collège des Oratoriens de la ville, passe une année au noviciat de Juilly à Paris, avant d’être envoyé, en octobre 1783, enseigner au collège de l’Oratoire de Beaune, y devenant professeur de rhétorique en 1789. Ses professeurs louent sa piété et son éloquence, mais s’inquiètent cependant du caractère fougueux du jeune homme.

Lebon est ordonné prêtre à la Noël 1789. Entièrement tourné vers ses œuvres, il ne s’intéresse guère aux prémisses de la Révolution et songe un temps à se faire missionnaire. Pourtant, un esprit aussi passionné que le sien ne reste pas longtemps insensible à l’exaltation qui souffle sur la France et rapidement, il adhère aux idées nouvelles.

Le 19 mai 1790, influencés par l’enthousiasme de leur professeur, quelques élèves du pensionnat s’échappent pour participer à une fête patriotique donnée à Dijon. Joseph Lebon parvient à les rattraper, mais se fait vivement réprimander par ses supérieurs. Excédé, il déchire le collet de son ordre sur un coup de tête, avant de se rétracter, mais en vain : le supérieur de son collège lui signifie le 9 juin son exclusion. Longtemps il gardera comme une blessure profonde le rejet de ses pairs.

Il se tourne alors vers la politique : déjà adhérent de la société des amis de la Constitution de Beaune, il en devient l’un des membres les plus influents, espère être élu à la Législative – tout en étant nommé prêtre constitutionnel de Levernois, à la fin mai 1791. Mais, après un premier refus, sous la pression de sa famille (sa mère ayant perdu la raison), il doit accepter le 12 juillet la cure de Neuville-Vitasse (Pas-de-Calais), qui lui a été proposée pour faire face à la pénurie de prêtres assermentés ; il y ajoute bientôt un vicariat à Saint-Vaast d’Arras.

De la cure à la mairie

Revenu dans le Pas-de-Calais, Lebon entre rapidement en conflit avec l’ancien prêtre de Neuville-Vitasse, Martin Lebas, "destitué" pour non allégeance au nouveau régime, mais resté auprès de ses paroissiens. Par principe, Lebon entend faire reconnaître sa légitimité dans cette cure, même s’il n’est plus réellement attaché à la foi de son ministère. La prédication occupe une majeure partie de son temps et, de plus en plus, elle porte sur la politique et les affaires de l’époque plutôt que sur l’enseignement religieux. Il écrit même à sa cousine, à l’été 1792 : Je ne désespère pas d’amener mes paroissiens à prier bientôt eux-mêmes la Divinité sans le secours perfide et toujours funeste de la prêtraille.

L’habit ecclésiastique devient une gêne et un fardeau : il s’en débarrasse et se fait de plus en plus rare à Neuville-Vitasse. En contrepartie, il fréquente assidument depuis août 1791 la société des amis de la Constitution d’Arras, se lie d’amitié avec Augustin et Maximilien de Robespierre, et devient ainsi l’un des chefs des sans-culottes arrageois.

En septembre 1792, il se présente aux élections à la Convention et se fait élire suppléant. Peu de temps après, la Commission réclame le remplacement de "toutes les administrations gangrénées au royalisme", ce qui entraîne la destitution du maire d’Arras. Grâce à ses nouveaux amis, Lebon est élu à cette charge le 14 septembre. Pourtant, il n’y reste pas longtemps : nommé procureur général syndic de l’administration départementale provisoire du 19 octobre au 11 novembre, il est élu administrateur du département et entre en fonctions le 5 décembre ; le 9, il démissionne de son mandat de maire.

Le 5 novembre 1792, à Saint-Pol-sur-Ternoise, il a épousé sa cousine, Marie-Élisabeth-Joseph Régniez ; la Convention avait en effet autorisé les prêtres à se marier, arguant qu’il n’y avait d’autre loi que celle décrétée par le pouvoir civil et applicable à tout citoyen, fût-il prêtre.

Une ascension fulgurante

Début 1793, après la mise à mort de Louis XVI, les réformes se durcissent et on assiste aux premières arrestations. Les tensions s’intensifient entre Montagnards et Girondins, jusqu’à la chute de ces derniers. Cinq des représentants du Pas-de-Calais à la Convention sont radiés ; dans ce climat trouble, leurs suppléants, Joseph Lebon en premier, prennent en conséquence leurs places. Le 2 juillet 1793, Lebon fait son entrée à l’Assemblée, et s’y fait très vite remarquer par son ardeur et son éloquence.

De la mi-août au début septembre, il est représentant en mission dans la Somme et sur la côte du Pas-de-Calais, de Montreuil à Boulogne-sur-Mer : il écrase à cette occasion le soulèvement de la "Petite Vendée" de Pernes. À son retour, il est désigné pour siéger au Comité de Sûreté générale.

Le 8 brumaire an II (29 octobre 1793), le Comité de Salut public l’envoie dans le Pas-de-Calais, afin d’y éradiquer des mouvements contre-révolutionnaires ; sa mission est élargie aux départements limitrophes dès le 23. Totalement investi dans sa nouvelle mission, Joseph Lebon met en place un certain nombre de réformes réduisant les libertés, endosse à la fois les rôles de commissaire de police, de juge d’instruction, de procureur général et de président de tribunal et multiplie les mesures contre les émigrés, les membres du clergé ou de la noblesse. Sa rigueur implacable et sa passion croissante le font craindre de tous.

Début 1794, de retour à Arras après une tournée dans le département, il décide de purger les administrations locales "gangrenées par l’indifférence ou le modérantisme" et oblige les tribunaux à choisir eux-mêmes leurs jurés. Mais cette épuration ne lui suffit pas ; il organise aussi celle des prisons arrivées à saturation.

Le 24 nivôse an II (13 janvier 1794), il reçoit le décret de la Convention du 9 qui fait de lui pour le Nord et le Pas-de-Calais l’un des cinquante-huit représentants du peuple chargés d’établir le gouvernement révolutionnaire, et le revêtant de pouvoirs illimités. Il épure les administrations, lutte contre tout ce qui peut nuire à l’approvisionnement des armées en fournitures et en subsistances…

Dès le début de sa seconde mission dans la région, le 11 ventôse (1er mars), il fait aussitôt appliquer les décrets de ventôse prévoyant la mise sous séquestre des biens des suspects emprisonnés et leur utilisation au profit des pauvres. Les arrestations se multiplient, à son initiative comme à celle des autres autorités présentes (ainsi, les représentants auprès de l’armée du Nord Saint-Just et Lebas).

Le 2 pluviôse (21 janvier), le Comité de Salut public a transformé le tribunal criminel du Pas-de-Calais en tribunal révolutionnaire : il le maintient en activité par arrêté du 30 germinal (19 avril), en contradiction avec le décret du 27, qui a transféré les prévenus de conspiration devant celui de Paris. S’y ajoute celui de Cambrai (21 floréal-10 mai), établi dans une ville menacée par les troupes ennemies. Commence une longue suite de jugements, fondés ou non, qui trouvent souvent la même issue : l’échafaud, que ce soit à Arras, Douai ou Cambrai (voir les articles l’Ogre et la Veuve et Un perroquet devant la justice révolutionnaire).

Une chute brutale

Mais suite à des désaccords personnels avec Lebon, le député du Pas-de-Calais Armand Guffroy s’inquiète de ce déchaînement de violence et en réfère à la Convention. La querelle prend de l’ampleur et Guffroy multiplie les discours et les publications, dans lesquels il met en avant les irrégularités supposées de Lebon et souligne l’anormale abondance de têtes coupées.

Le 21 messidor (9 juillet), Barère défend Lebon devant la Convention ; mais le lendemain, le Comité de Salut public met fin aux activités des tribunaux révolutionnaires d’Arras et de Cambrai, puis demande à Lebon de lui présenter tout ce qu’il aura pu rassembler sur les complots de Cambrai. Puis les événements s’enchaînent ; alors que la Terreur s’accentue à Paris, Robespierre est arrêté le 9 thermidor (27 juillet) et guillotiné : c’est un allié de poids qui disparaît, alors même que la voix de Guffroy semble de plus en plus écoutée.
Le 10, Joseph Lebon est rappelé à la Convention ; dénoncé le 15 en séance, il est arrêté et emmené à la prison du Luxembourg.

Les interrogatoires et articles se succèdent : le 10 ventôse an III (28 février 1795), Guffroy dévoile Les secrets de Joseph Le Bon et de ses complices, nouvelle charge distribuée largement ; du 24 germinal au 1er prairial (13 avril-20 mai), le Comité de Sûreté générale transfère Lebon ainsi que d’autres détenus dans un cachot à Meaux.

Le 1er messidor (19 juin), enfin, la commission chargée de l’enquête rend son rapport à la Convention. Après avoir écarté les accusations d’ordre privé, elle classe les autres sous quatre chefs :

  • assassinats juridiques,
  • exercice de vengeances particulières,
  • oppression de citoyens en masse,
  • vols et dilapidation.

Du 14 au 22 messidor (2-10 juillet), Lebon présente sa défense, mais en vain : le 29, la Convention décrète le renvoi du procès au tribunal du département de la Somme.

Celui-ci s’ouvre le 26 fructidor an III (12 septembre 1795) ; Lebon doit faire face à 14 chefs d’accusation. On lui reproche, entre autres, d’avoir tué près de 500 personnes en moins de neuf mois. Plus de 94 témoins se succèdent à la barre et le 13 vendémiaire an IV (4 octobre 1795), la sentence tombe : Joseph Lebon est condamné à la peine de mort ; il est guillotiné douze jours plus tard, le 24 vendémiaire (16 octobre 1795), sur la grande place d’Amiens, persuadé de rejoindre les héros de la Révolution au panthéon des martyrs.

Evénements relatifs

Du 2 au 10 septembre 1792 : élection des députés à la Convention nationale

Du 2 au 10 septembre 1792 : élection des députés à la Convention nationale

En réponse à la journée insurrectionnelle du 10 août 1792, l’Assemblée législative décrète la su...

Le 2 septembre 2017 Du 2 au 10 septembre 1792 : élection des députés à la Convention nationale

Bibliographie

  •  Émile LEBON, Joseph Le Bon dans sa vie privée et dans une carrière politique, Paris, 1861. Archives départementales du Pas-de-Calais, BHB 2858
  •  Auguste-Joseph PARIS, La Terreur dans le Pas-de-Calais et dans le Nord. Histoire de Joseph Le Bon et des tribunaux révolutionnaires d'Arras et de Cambrai, Paris, 1864, 2 volumes. Archives départementales du Pas-de-Calais, BHB 353
  •  Lucien MISERMONT, "Le conventionnel Le Bon avant son entrée dans la vie publique", Revue des Études historiques, mai 1903, p. 274-293.
  •  Lucien MISERMONT, Joseph Le Bon, curé constitutionnel de Neuville-Vitasse, extrait de la Revue des Études historiques (mars-avril et mai-juin 1911), Paris, 1911. Archives départementales du Pas-de-Calais, BHB 2283
  •  Louis JACOB, Joseph Le Bon 1765-1795. La Terreur à la frontière (Nord et Pas-de-Calais), Paris, 1934, 2 volumes. Archives départementales du Pas-de-Calais, BHB 2287
  •  Dr Yves DHOTEL, Joseph Le Bon ou Arras sous la Terreur. Essai sur la psychose révolutionnaire, Paris, 1934. Archives départementales du Pas-de-Calais, BHB 6608
  •  Ghislaine BOUCHET, Pascale BRÉEMERSCH, Catherine DHÉRENT et Hélène SERVANT, Cinquante figures du Pas-de-Calais pendant la Révolution , Arras, 1989
  •  Ivan GOBRY, Joseph le Bon. La Terreur dans le Nord de la France, Paris, 1991. Archives départementales du Pas-de-Calais, BHB 5035

Voir aussi

L'Europe s'engage

archivespasdecalais.fr est cofinancé par l'Union Européenne. L'Europe s'engage en Pas-de-Calais avec le Fonds Européen de Développement Régional. (FEDER)

Vue en coupe d'un pont sous-marin.

copyright 2011 Pas-de-Calais le Département / Archives départementales | Mentions légales | Crédits