Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 17 janvier 2019 - 16h21
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L'offensive des Cent Jours et la deuxième bataille d'Arras

Après la vaste attaque du printemps (mars-juillet 1918), planifiée par le maréchal Hindenburg et le général Ludendorff, le maréchal Foch, commandant suprême des forces alliées, estime que le moment est venu de repasser à l'offensive. Les Alliés ont été revigorés par l'arrivée des soldats américains. Ils disposent d'une écrasante supériorité en matière de chars et d'aviation. Foch et Haig choisissent ainsi de refouler progressivement les Allemands, en les épuisant par une série d'offensives limitées sur différents secteurs du front, afin de les contraindre à des retraites successives. Dans la partie est, les attaques sont menées par les Français et les Américains ; en Picardie, en Artois et en Flandres, par les Britanniques.

L'armée allemande, au contraire, connaît un effondrement moral de ses combattants et des unités commencent à se rendre. Le ravitaillement est de plus en plus médiocre et les Britanniques inondent l'arrière-front de tracts appelant à la désertion. En Picardie, les défenses allemandes, assurées par la deuxième armée du général Georg von der Marwitz, ont été affaiblies par les incursions continuelles des Australiens (opération Peaceful Penetration, pénétration pacifique).

Les Alliés déclenchent ainsi sur le front ouest une série d’attaques contre l'Allemagne, connues sous le nom d'offensive des "Cent Jours". Ceux-ci débutent le 8 août par la bataille d'Amiens et se terminent le 11 novembre.

Entre le 8 et le 11 août, le corps canadien attaque un important saillant de la région d'Amiens. Cette bataille, très bien préparée, est une surprise totale pour les Allemands. Flanquées des Australiens et des Français et avançant derrière les chars, les troupes canadiennes amènent la quatrième armée britannique à la victoire, en prenant les positions les plus difficiles. Ce succès porte un sérieux coup au moral de l'ennemi. Le général Ludendorff y voit le Jour de deuil de l’armée allemande, parce que l'Allemagne ne pouvait plus par là-même gagner la guerre.

Les troupes canadiennes sont ensuite rapatriées dans la région d'Arras, comme partie intégrante de la première armée britannique, pour battre en brèche la ligne Hindenburg. Les Britanniques doivent frapper à l'est de la ville, tandis que le corps canadien, sous le commandement du général sir Arthur Currie, doit servir de fer de lance.

Depuis le 14 août, les troupes allemandes ont commencé leur évacuation des rives de l'Ancre (Somme), mais aussi de villages de la zone limitrophe avec le Pas-de-Calais, tels que Beaumont-Hamel et Serre (Somme), Puisieux ou Bucquoy. Le 21 août, les armées britanniques se lancent entre Beaucourt-sur-l'Ancre (Somme) et Moyenneville, puis atteignent la voie de chemin de fer reliant Arras à Albert. Elles réussissent à s'emparer d'Achiet-le-Grand, du bois de Logeast et de Courcelles-le-Comte. De nombreux soldats allemands sont faits prisonniers et la ligne alliée s'avance entre Boisleux-Saint-Marc et Mercatel.

La deuxième bataille d’Arras

Les Canadiens se trouvent sur la route d’Arras à Cambrai, avec la Scarpe sur leur gauche, en face de positions défensives allemandes bien protégées et favorisées par la topographie. La zone de bataille s'étend aussi vers le nord-est, au-delà des hautes collines de l'Artois. À quatorze kilomètres à l'est d'Arras, la ligne Drocourt-Quéant, un formidable système de tranchées et d'abris fortifiés, constitue un des dispositifs de défense les plus puissants et les mieux organisés. Elle a été conçue pour empêcher les Alliés d'avancer vers la plaine de Douai. Ces positions constituent l'objectif initial des Canadiens. Faute de pouvoir surprendre l'ennemi, la stratégie adoptée est de l'épuiser par des attaques frontales successives.

La bataille de la Scarpe (26-30 août)

L'opération principale est prévue le 26 août, mais des actions localisées accompagnent l'installation des Canadiens. Le 23 août, le 31e bataillon s'empare de la sucrerie de Neuville-Vitasse, au sud du bourg. Le lendemain, il nettoie le reste du village. La 39e division d'infanterie allemande, entre Neuville-Vitasse et Monchy-le-Preux, choisit de reculer. Les bataillons anglais et écossais ainsi que la Garde reprennent Gomiécourt, Ervillers, Hamelincourt, Boyelles, Boiry-Becquerelle et Bihucourt. Le 24, les troupes néo-zélandaises avancent vers Bapaume, et s'emparent de Grévillers, du bois Loupart et de Biefvillers-lès-Bapaume. Sur la gauche, les divisions anglaises et écossaises, ainsi que celles de la Garde, se battent à Mory, Croisilles et Neuville-Vitasse ; elles récupèrent Saint-Léger et Hénin-sur-Cojeul, tandis que tombe une partie de la ligne allemande située au nord-est de Fampoux.

À partir du 25 août, les Britanniques progressent de part et d'autre de la Scarpe. Le corps d'armée canadien a reçu la mission de dégager la ville, en avançant le long de la route Arras-Cambrai, et d'atteindre le canal du Nord. Les Alliés enlèvent la route Albert-Bapaume et gagnent Warlencourt, dont la butte, au sud-est, continue à résister, mais aussi Eaucourt, Sapignies, Béhagnies et Martinpuich. Dans la soirée, Courcelette (Somme), Le Sars, Le Barque (commune de Ligny-Thilloy), Favreuil et la plus grande partie de la butte de Warlencourt sont entre leurs mains. Les violents combats du front Favreuil-Mory-Croisilles-Neuville-Vitasse ne donnent en revanche aucun résultat.

Afin de faire face aux attaques alliées, les Allemands ont concentré trois divisions de chaque côté de la Scarpe : la 48e division de réserve au nord, la 214e de la rivière jusqu'au sud de la route Arras-Cambrai, et la 39e dans le secteur de Neuville-Vitasse.

L'attaque est fixée le 26 août. Les objectifs sont Monchy-le-Preux, la ligne Fresnes-Rouvroy, la ligne rouge (Drocourt-Quéant à l'embranchement de Buissy) et la ligne verte (en face du canal du Nord). L'heure H, d'abord fixée à l'aube, est avancée à 3 heures, dans l'espoir de berner l'ennemi. La ruse fonctionne et ce dernier n'offre que peu de résistance. L'infanterie canadienne progresse rapidement, sans recourir d'abord aux blindés. La 2e division se tient sur la droite, au sud de la route de Cambrai ; la 3e entre la route et la Scarpe ; la 51e division (Highlands) sur la gauche, au nord de la rivière. Soutenu par un puissant barrage d'artillerie, le 20e bataillon s'empare de la colline de la Chapelle, à 2 kilomètres à l'ouest de Monchy-le-Preux. À la faveur du jour, les chars peuvent appuyer de près l'infanterie, mais les Allemands, qui se trouvent sur les hauteurs environnant Monchy-le-Preux, ont de ce fait plus de facilité d'observation et leur artillerie de campagne met hors service un certain nombre de chars. À 7 heures 30, le 21e bataillon approche de Guémappe, où il essuie un feu nourri ; quatre heures et demi plus tard, tous les objectifs sont atteints. Sur la rive sud, Wancourt, Monchy-le-Preux et Orange Hill (une hauteur à l'ouest de Monchy) sont conquis en quelques heures par la 3e division, grâce à une habile manœuvre d’encerclement, qui permet de faire 2 000 prisonniers.

Les troupes écossaises, britanniques et canadiennes atteignent en outre les lisières de Roeux, les hauteurs de Croisilles et Héninel. Les Néo-Zélandais s'emparent des faubourgs nord de Bapaume et de la route d'Albert. Le village de Guémappe et la tour de Wancourt sont conquis dans le courant de l'après-midi par la 2e division. À la tombée de la nuit, la ligne canadienne s'étend à quelque 914 mètres à l'est de Monchy-le-Preux.

Dans la nuit du 26 au 27 août, les Allemands commencent à se retirer à l'est d'Arras, ce qui découvre le flanc sud du saillant créé sur la Lys en avril.

Dans ses ordres pour le lendemain, le général Currie ordonne à ses troupes d'enfoncer la ligne Fresnes-Rouvroy et ainsi d'avancer de huit kilomètres. Le 27 août, la 2e division s'empare de Chérisy et Vis-en-Artois, tandis que les Écossais prennent Fontaine-lès-Croisilles, Gavrelle et Greenland Hill (position de commande en face de Pelves), les Anglais Arleux-en-Gohelle et les Néo-Zélandais Beugnâtre.

Le 28 août, Croisilles, Boiry-Notre-Dame et Pelves tombent. Les 2e et 3e divisions saisissent une part importante de la ligne Fresnes-Rouvroy. Au soir, après trois jours de combats intenses, les troupes du premier assaut sont relevées, la 2e division par la 1re et la 3e par la 4e division anglaise, placée sous le commandement du général Currie en attendant l'arrivée de la 4e division canadienne depuis Amiens. Elles ont progressé de 7 à 8 kilomètres et infligé de lourdes pertes aux Allemands, en capturant 3 300 prisonniers, 53 pièces d'artillerie et 519 mitrailleuses. Le nombre total de victimes canadiennes est de 254 officiers et de 5 547 autres grades.

Le 29 août, dans le secteur nord, la brigade de Brutine (première unité motorisée des forces de l’armée britannique, constituée de mitrailleuses montées sur des véhicules blindés) fait progresser la ligne de près d'un kilomètre en s'emparant de la ferme Bench et du taillis Victoria, pendant que le bataillon de cyclistes du corps canadien établit des postes jusqu’à la Scarpe. Les Néo-Zélandais enlèvent Bapaume. De violents combats ont lieu aux environs de Vaulx-Vraucourt, Écoust-Saint-Mein et Hendecourt-lès-Cagnicourt.

Le 30 août, les troupes canadiennes libèrent plusieurs portions de la ligne Fresnes-Rouvroy, y compris le bois Upton (bois d'Hendecourt). Après avoir résisté pendant toute la journée, elles repoussent une contre-attaque allemande, capturent 50 prisonniers et saisissent 5 mitrailleuses. Les Alliés pénètrent dans Riencourt-lès-Bapaume et Bancourt, enlèvent Frémicourt et Vaulx-Vraucourt, mais aussi Haucourt, la ferme fortifiée de Saint-Servins et Éterpigny. Arras est enfin dégagée.

Les 30 et 31 août, les Allemands lancent de violentes contre-attaques à Bullecourt, Hendecourt et sur la route Bapaume-Cambrai.

Ces manœuvres réussies, une tâche plus difficile encore attend en outre les Canadiens : briser la ligne Drocourt-Quéant.

Bibliographie

  • ECPAD, "Août 1918 : la seconde bataille de Picardie", sur le site officiel http://archives.ecpad.fr/ [dernière consultation : 27/08/2018]
  • Anciens Combattants Canada, "Les cents derniers jours" [dernière consultation : 27/08/2018]
  • Yves LE MANER, La Grande Guerre dans le Nord-Pas-de-Calais (1914-1918), Lille, éditions La Voix, 2014. Archives départementales du Pas-de-Calais, BHD 1190.
  • Colonel G. W. L. NICHOLSON, Le corps expéditionnaire canadien (1914-1919), Ottawa, 1963. Archives départementales du Pas-de-Calais, BHC 1326.
  • Éric LABAYLE, Byng Boys ! Les Canadiens dans la Grande Guerre (1914-1918), Panazol, Lavauzelle graphie, 1999. Archives départementales du Pas-de-Calais, BHC 2843.
  • Le Télégramme, 27 août 1918, Archives départementales du Pas-de-Calais, PG 9/30
  • France du Nord, 29 août 1918, Archives départementales du Pas-de-Calais

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Vue en coupe d'un pont sous-marin.

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