Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 24 mars 2019 - 08h26
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Le canal du Nord et le bois de Bourlon (27 septembre 1918)

Lancée en 1913 pour relier l'Oise au canal Dunkerque-Escaut, la construction du canal du Nord est interrompue par le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Lors de leur retraite, les Allemands rendent pratiquement infranchissable la zone le long du canal, au nord de Sains-lès-Marquion, en profitant du terrain naturellement marécageux, qu'ils dament et inondent délibérément ; vers le sud, sur une distance de 3,5 kilomètres entre Sains-les-Marquion et Moeuvres (Nord), le terrain est en revanche solide et le canal lui-même est à sec. La rive opposée est défendue par des tranchées, des barbelés et des postes de mitrailleuses, auxquels s'ajoute, immédiatement à l'est, une "ligne de défense du canal du Nord". À 1,5 kilomètre plus à l'est, parallèlement au canal, la ligne Marquion s'étend de la banlieue orientale de Marquion sur une distance de 6,5 kilomètres vers le sud jusqu'à la ligne du canal et la route Cambrai-Bapaume.

Objectif : atteindre Cambrai

Le 3 septembre 1918, le commandant suprême des forces alliées sur le front de l'ouest, Ferdinand Foch, esquisse le déroulement de la campagne offensive alliée le long du front occidental. Les 1re et 3e armées britanniques doivent attaquer le canal du Nord, puis traverser l'extension nord de la ligne Hindenburg et s'emparer de Cambrai, le plus important centre allemand de communication au nord.

La 1re armée a pour principale tâche de renforcer le flanc nord de la 3e ; celle-ci est chargée de sécuriser le canal de l'Escaut afin d'être ensuite en mesure de soutenir la 4e armée pendant la bataille du canal de Saint-Quentin. Au sein de la 1re armée, le Corps canadien doit mener l'attaque sous la direction du général Currie, traverser le canal asséché entre Sains-lès-Marquion et Moeuvres, conquérir les villages de Marquion et Bourlon, enfin atteindre une ligne générale allant de Fontaine-Notre-Dame (Nord) à Sauchy-Lestrée.
Currie sépare ces objectifs en deux phases ; au sud de Sains-lès-Marquion, les soldats des 1re et 4e divisions traverseront le canal et s'empareront du bois de Bourlon, dont la hauteur donne aux Allemands un avantage en observation, puis ils élargiront le front avec la 11e division britannique à leur gauche et la 3e division canadienne sur la droite : une brèche pourra ainsi être faite dans la défense allemande et ouvrir le front sur neuf kilomètres.

S'y ajoutent trois objectifs intermédiaires :

  • à l'extrémité nord de Sains-lès-Marquion, la ligne Rouge oblique vers le sud-est pour suivre la ligne de défense Marquion à travers le front canadien ;
  • la ligne Verte, à 1,5 kilomètres à l'est, comprend Marquion, le village de Bourlon et la lisière occidentale du bois de Bourlon ;
  • à un peu moins de deux kilomètres encore à l'est, la ligne Bleue traverse la route de Cambrai, près de la Maison Neuve, pour passer derrière le Repos du pèlerin sur la crête de la colline et suivre la lisière orientale du bois de Bourlon jusqu'à Fontaine-Notre-Dame. Il faut à tout prix atteindre la ligne Bleue pour assurer le succès de l'opération, car le bois de Bourlon est la clef de la prise de Cambrai.

Dans la nuit du 26 septembre, 50 000 hommes sont massés dans la zone arrière en prévision de l’assaut du lendemain contre le canal.

Lancement de la bataille

Le 27, à 5 heures 20, sans barrage préliminaire, les 1re et 3e armées britanniques se lancent à l'assaut. Le 14e bataillon (Royal Montreal Regiment), l'un des quatre bataillons de la première vague, a sous sa responsabilité une étendue de trois cents mètres de canal asséché (entre l'écluse de Sains-lès-Marquion et le pont d'Inchy-en-Artois) et deux tranchées au-delà du canal.

Une partie du bataillon doit ensuite attaquer le village de Sains-lès-Marquion par l'arrière : le barrage est programmé pour changer de direction à 7 heures 24 et reculer vers les lignes canadiennes. Cette manœuvre, dangereuse et difficile, est une innovation dans le conflit. À l'heure prévue, une compagnie du 14e bataillon attaque le village en venant de l'est et du sud-est. Elle rencontre de puissants tirs de mitrailleuses depuis les étages supérieurs des maisons, mais Sains est libérée à 8 heures 30. 350 soldats allemands ont été capturés, mais le 14e bataillon a perdu 200 hommes.

Les Allemands ne peuvent plus appliquer leur défense élastique (en donnant du terrain puis en ripostant), faute de réserves ; ils prévoient désormais un système d'avant-postes légers armés de mitrailleuses, puis une zone de combat où les divisions de réserve entrent dans la mêlée pour bloquer l'offensive, au lieu de contre-attaquer. Encore puissants, ils doivent compter de plus en plus sur l'artillerie et les mitrailleuses, et non sur leurs soldats, moins nombreux et moins bien entraînés qu'en 1917.

Dans un combat serré, le 87e bataillon (11e brigade de la 3e armée) réussit à entrer dans la partie méridionale du village de Bourlon à 9 heures 45, et le 54e bataillon passe tout droit pour contourner la lisière septentrionale du bois de Bourlon et en atteindre le côté opposé. L'avance plus lente au sud force le 102e bataillon à établir un flanc de défense le long de la route de Bapaume, et empêche la réalisation du plan d'encerclement du bois par le sud. Le 54e forme ainsi une saillie très avancée et subit des pertes élevées. Il continue à pousser vers Fontaine-Notre-Dame, pour enfin s'arrêter vers 19 heures, juste à l'ouest du village, tandis que les 75e et 87e bataillons progressent sur sa gauche. Bourlon tombe aux mains de la 12e brigade, qui continue au-delà de son objectif final, la ligne Bleue.

Le 27 septembre, les communes de Graincourt-lès-Havrincourt, Marquion, Sauchy-Lestrée, Sauchy-Cauchy, Arleux-en-Gohelle et Oisy-le-Verger ont été reprises. Les Canadiens ont subi 9 000 morts en un mois de progression le long de la route d'Arras à Cambrai. En raison des pertes et des désertions, les effectifs des unités allemandes s'effondrent. Le 28, le général Ludendorff demande à l'empereur Guillaume II d’entreprendre des démarches en vue de conclure la paix, car il sait désormais que la guerre est perdue et il craint une révolution en Allemagne.

Le 29 septembre, les 3e et 4e armées commencent leur assaut sur la ligne Hindenburg entre Cambrai et Saint-Quentin.

Bibliographie

  • Yves LE MANER, La Grande Guerre dans le Nord-Pas-de-Calais (1914-1918), Lille, éditions La Voix, 2014. Archives départementales du Pas-de-Calais, BHD 1190.
  • Colonel G. W. L. NICHOLSON, Histoire officielle de la participation de l'armée canadienne à la Première Guerre mondiale. Le corps expéditionnaire canadien 1914-1919, Ottawa, 1963. Archives départementales du Pas-de-Calais, BHC 1326.
  • Michel GRAVEL, D'Arras à Cambrai par le chemin le plus long (1914-1918), Louviers, Editions Ysec, avril 2018.

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Vue en coupe d'un pont sous-marin.

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