Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 26 mai 2019 - 20h04
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Deux diplômes maçonniques

Bien que ses origines soient discutées, la franc-maçonnerie apparaît, semble-t-il, au XVIIe siècle, en Écosse puis en Angleterre. Elle se décrit, suivant les époques, les pays et les formes, comme une association essentiellement philosophique et philanthropique et comme un système de morale illustré par des symboles. Ces symboles sont très largement présents dans les deux diplômes ci-dessous, l’un de 1751, émanant de la loge La Fidélité d’Hesdin, l’autre de La Constance d’Arras, daté de 1832.

La Fidélité d'Hesdin

La loge La Fidélité d’Hesdin a été établie vers 1749 (selon la tradition le 17 juillet), par des représentants de familles bourgeoises de la ville et quelques officiers du Royal-Champagne. D’abord sous l’influence des loges écossaises jacobites, elle obtient peu après de tenir chapitre, pour la délivrance de tous les hauts grades. Le 11 août 1774, le Grand Orient de France lui délivre des lettres de reconstitution : elle connaît alors un réel éclat, jusqu’à la Révolution. Reprises en 1803, ses activités ne s’interrompent que dans les années 1830.

Diplôme de Chevalier Rose-Croix conféré à Charles André par la loge La Fidélité d'Hesdin, manuscrit sur parchemin, 2 juin 1751

Fidelitate meruere lumen.
Et tenebrae eum non comprehenderunt.
D’un lieu éclairé où règnent l’équité, le silence et la fidélité.

Nous très haut, très puissant, très sublime, et très excellent seigneur Chevalier de l’Aigle, dit de Rose-Croix, Grand Maître ad vitam, très équitable, très valeureux et très illustre Prince de Jérusalem, Grand Chevalier Kadosck dit l’Homme Saint, Chevalier de l’Aigle Noir et Grand Commandeur et Chevalier d’Orient, Chevalier d’Occident, Chevalier du Temple, Sublime Écossois, Chevalier Prussien, Vrai Maître Parfait et Écossois ainsi que des autres Écossois inférieurs, Maître Architecte Royal Arche, Vrai Maître Anglois, Puissant Irlandois ainsi que des grades inférieurs, Prince Chef des Hommes Éclairés de la très Respectable Grande Loge régulière de Saint-Jean de Jérusalem errigée au très haut et très grand Orient de la vallée d’Hesdin.

À tous frères qui ces présentes lettres verront : Salut. Salut. Salut. Savoir faison qu’après avoir reconnu notre très cher frère Charles André dans tous les grades inférieurs de la maçonnerie, Élu Puissant Irlandois, Vrai Maître Anglois, Architecte Royal Arche, Vrai Maître et Parfait Écossois et dans tous les Écossois inférieurs, Chevalier Prussien, Chevalier du Temple, Chevalier d’Occident et Sublime Écossois, nous lui avons pour récompenser son zèle et son assiduité dans notre très respectable loge, conféré de notre pleine et entière authorité maçonnique, les grades de Chevalier d’Orient et de Grand Commandeur d’Orient ; ledit cher frère nous ayant donné de plus en plus des marques de son zèle pour l’Art Royal, nous l’avons revêtus des grades de Chevalier du Soleil, Grand Chevalier Kadosck dit l’Homme Saint, et enfin, pour couronner ses traveaux, nous l’avons décoré de ceux de très équitable et très valeureux Prince de Jérusalem, de Grand Maître ad vitam et très excellent seigneur, Chevalier de l’Aigle, dit Rose-Croix, etc., afin qu’il puisse former et tenir Loge où besoin sera, avec le plein et entier pouvoir de conférer lesdits grades aux frères qui le mériterons, contractant avec ledit cher frère Charles André la plus sainte et inaltérable alliance.

À ces causes, prions les très respectables frères qu’il visitera de lui faire bon accœuil, lui décernant la place que ses traveaux lui ont mérité et de l’assister dans ses besoins conformément à nos saintes, sacrées et inviolables obligations, offrant la pareille à tous les chers frères qui viendrons se présenter à nous munis de leurs patentes, et pour que foy soit ajoutée à ces présentes, nous les avons fait signer et sceller du cachet de notre Loge. Nous prions que le Grand Architecte de l’Univers vous ait en sa sainte garde. Fait, passé et délivré au très Grand Orient de la vallée d’Hesdin, le deuxième jour du quatrième mois de l’année maçonnique cinq mil sept cent cinquante un, de l’ère vulgaire le deux juin mil sept cent cinquante un ; le susdit frère a aussi signé Ne varietur sous le cachet de notre Loge.

Archives départementales du Pas-de-Calais, E-DEPOT 447/S 4.

Ce document est un brevet de chevalier Rose-Croix, accordé au frère Charles André. Né à Hesdin en 1727, sans doute l’un des fondateurs de la loge, il a gravi tous les échelons de la hiérarchie maçonnique avant d’atteindre ce haut rang, qui lui permet de former ou tenir loge où besoin sera avec le plein et entier pouvoir de conférer les […] grades aux frères qui le mériteront. Grâce à ce certificat, il est assuré de recevoir un bon accueil de la part de ses frères d’autres loges.
Les symboles maçonniques illustrent très largement le diplôme : le compas et l’équerre, la balance, le glaive, le crâne (évoquant la mort physique du profane qui renaît lors de l’initiation), mais aussi le delta rayonnant, l’étoile flamboyante avec le G en son centre (initiale de géométrie ou de Grand Architecte, ou encore pur symbole graphique), la houppe dentelée (frange qui termine la corde à nœuds entourant le temple) et le rameau tiré de la légende d’Hiram, architecte du temple de Salomon. Le soleil et la clé éclairent les formules latines qui encadrent le delta rayonnant en haut du document et que l’on pourrait traduire : "Par leur fidélité, ils ont mérité la lumière" (Fidelitate rappelant le nom de la loge) ; "Et les ténèbres ne l’ont pas compris" (Évangile de Jean, I, 5).

La Constance d'Arras

Sans doute la plus ancienne loge arrageoise, apparue avant 1773 même si sa date de création n’est pas connue (elle prétendait avoir été installée le 15 avril 1687, mais en se fondant sur des indications fausses), La Constance recrute dans la bourgeoisie, au contraire de sa concurrente, noble, L’Amitié ; elle est admise en 1785 dans l’obédience du Grand Orient de France ; après l’interruption révolutionnaire, elle reprend ses activités dès 1800, et compte 104 membres huit ans plus tard, alors qu’elle vient d’inaugurer un nouveau temple rue du Vert-Galant. À la fin de 1832, une scission donne naissance à L’Espérance, peu après rattachée à la Grande Loge centrale de France ; toutes les loges arrageoises se mettent toutefois en sommeil après le coup d’État du 2 décembre 1851.

Diplôme de Maître conféré à Auguste-Nicolas-Désiré Leclercq par la loge La Constance d’Arras, 20 juin 1832 ; manuscrit enluminé sur parchemin partiellement imprimé à Paris, chez le F. Brun, rue St-Louis (St-Honoré) 6, 1831, planche 8.

À... l... G... d... G... Arch... de l’U... [À la Gloire du Grand Architecte de l’Univers]
Sous les auspices du G... O... [Grand Orient] de France
La loge de La Constance à l’O... [Orient] de Arras,
À tous les Maçons réguliers répandus sur la surface de la terre
Salut, Force, Union,
Nous, Véné. [Vénérables] officiers et membres de la R... □... [révérende loge] St Jean constituée à l’O... [Orient] de Arras, département du Pas-de-Calais,
sous le titre distinctif de La Constance, régul...ment [régulièrement] convoquée,
certifions que le T... C... F... [très cher frère] Leclercq, Auguste-Nicolas-Désiré, imprimeur breveté
âgé de trente-quatre ans, né à Arras le 31 janvier 1798, possède le grade de Maître,
nous prions les loges nationales et étrangères de l’admettre aux travaux de son âge et de lui accorder secours et protection,
offrant réciprocité à tous nos ff... [frères] réguliers répandus sur les deux hémisphères,
en foi de quoi nous avons délivré le présent certificat au dit f... [frère] Leclercq Auguste-Nicolas-Désiré,
et nous lui avons fait apposer sa signature (ne varietur) donné en notre O... [Orient] le vingtième jour du quatrième mois de l’an de la V... L... [Vraie Lumière] 5832.

Archives départementales du Pas-de-Calais, E-DEPOT 447/S 13.

Le diplôme présenté traduit par son style orientalisant l’intérêt pour l’Égypte ancienne, dont témoigne aussi le développement des "rites égyptiens" au début du XIXe siècle. Il s’agit également d’un certificat d’accession, cette fois-ci au grade de maître. Il s’agit en fait d’un formulaire, pré-imprimé à Paris l’année précédant son utilisation, et complété manuscritement par la loge. De la même manière que dans le document précédent, on retrouve de nombreux symboles maçonniques : tous les outils des bâtisseurs (équerre, compas, fil à plomb, maillet, ciseau et levier), la corde à nœuds avec ses lacs d’amour ceignant le document (symbole de la chaîne d’union formée par les frères à la fin de chaque tenue), le delta rayonnant entouré d’étoiles (qui représentent la lutte contre l’obscurantisme et le Mal).
L’iconographie mêle l’est et l’orient (obélisque, palmiers, sphinx), plutôt à droite, et un décor davantage occidental (arbres et statue gréco-romaine, temple), entre autres en partie gauche. Au pied de la statue, on remarque un lion, qui est l’un des éléments du tétramorphe, symbolisant la foi et le troisième voyage de l’initié, mais pourrait aussi être un clin d’œil aux origines égyptiennes du rite : en effet, les initiés des mystères égyptiens étaient parfois appelés lions.
Au centre de l’image siège une mère, vêtue de sombre, entourée de ses enfants. Certains semblent être occupés à la construction d’une colonne se terminant par une pierre cubique à pointe (autre symbole de l’ordre), tandis que d’autres se pressent autour d’elle ; sachant que les frères se nomment entre eux les "fils de la Veuve", on peut aisément imaginer que ces chérubins et apprentis constructeurs incarnent les francs-maçons.

De tout temps, les sociétés maçonniques se sont structurées autour d’un grand nombre de rites et de traditions, ce qui a entraîné la création d’une multitude d’obédiences qui ne se reconnaissent pas toutes entre elles. Force est ici de constater les choix stylistiques différents de ces deux diplômes, bien que leur contenu soit relativement similaire.

Pour en savoir plus

  • Christian Demory, La franc-maçonnerie arrageoise des origines à 1940, 1988, 13 p. dact.
  • Bénédicte Grailles, "Les fonds des loges maçonniques", Histoire et Mémoire, 20, 1er trimestre 2000, p. 2-3
  • Émile Lesueur, La franc-maçonnerie artésienne au XVIIIe siècle, Paris, 1914, 388 p.
  • Émile Lesueur, Livres d’architecture de la Loge de la Fidélité à l’O... d’Hesdin, Paris, 1914, 461 p.

Commentaire(s)

Anonyme :

La présence de l'aigle n'est pas énigmatique et demeure bien présente dans certains des hauts grades maçonniques.
le 08-07-2015 à 21:39:15

Anonyme :

La présence de l'aigle n'est pas énigmatique et demeure bien présente dans certains des hauts grades maçonniques.
le 08-07-2015 à 21:39:12

Jean-Claude Hombert, 66 ans, Chérisy :

diplômes maçonniques Bonjour,
je crois me souvenir d'avoir présenté le diplôme de chevalier Rose-Croix lors d'une journée des patrimoniales à Dainville il y a quelques années.
Une énigme toutefois : la présence de l'aigle que l'on ne trouve pratiquement plus dans la symbolique maçonnique.
Les Archives possèdent également dans leurs collections, et bien qu'il ne s'agisse pas vraiment de franc-maçonnerie, de beaux diplômes, moins colorés mais tout aussi intéressants, des Old Fellows anglais, installés essentiellement à Calais (Cf.
le 13-10-2011 à 08:04:15

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