Archives - Pas-de-Calais le Département
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Fermeture au public

Le déménagement des Archives départementales du Pas-de-Calais débute le 1er septembre 2025, pour une durée de plusieurs mois. À compter du 15 août, les salles de lecture seront fermées au public. Nous espérons pouvoir vous accueillir à nouveau dans la salle de lecture de notre nouveau bâtiment, au n° 5 rue du 19-mars-1962 à Dainville, au cours du premier trimestre 2026, sous réserve de l’avancement du transfert des collections.

Les recherches par correspondance seront également impactées par cette opération. Pour en savoir plus, consultez la page dédiée

Enterrements tragiques

Photographie noir et blanc montrant l'intérieur d'une église détruite par les obus.

Arras après la guerre - Intérieur de l'église Saint-Nicolas-en-Cité. Archives départementales du Pas-de-Calais, 3 Fi 304.

Au cœur des affrontements, Arras vit intensément les violents combats de mai 1915 qui provoquent chaque jour leurs lots de blessés et de tués.
Les enterrements s’enchaînent les uns après les autres, presque sans discontinuer, avec comme bruit de fond les vrombissements des avions qui survolent la ville. Au recueillement vient se greffer la peur de voir tomber des obus durant les offices.

Cette vive émotion est rapportée par les chroniqueurs de l’époque qui n’hésitent pas à retranscrire ces faits dans un style particulièrement ampoulé et lyrique.

À Arras - Enterrements tragiques

Le spectacle fut inoubliable.

L’église est à deux pas des lignes allemandes, à proximité d’un fortin qui a jusqu’ici résisté à toutes nos attaques, et au pied duquel sont tombés précisément les braves auxquels nous allons rendre les derniers honneurs.

Dans sa masse trapue, la vieille tour semble défier les obus ; mais le sanctuaire, la tribune et une muraille latérale présentent d’énormes brèches ; la sacristie est couverte de décombres. Le cimetière est comme hérissé de croix toutes neuves qui ressemblent à des épées plantées en terre.

Dans la nef, 42 corps sont rangés ; seuls les quatre officiers ont pu être placés dans un cercueil ; la dépouille mortelle des hommes disparaît à demi sous les fleurs apportées par des mains pieuses.

Le soir tombe, mais le calme est loin de se faire. Nos batteries tonnent sans interruption ; leurs projectiles passent au-dessus de nos têtes avec un sifflement amical, mais assourdissant. La petite église est pleine à déborder. Le ronflement d’un Taube se fait entendre ; ne sera- t-il même plus permis d’enterrer ses morts en paix ?

Cependant Monseigneur apparaît, mître en tête, à la balustrade. Il parle, et sa voix puissante essaie de dominer le fracas de l’artillerie. Il glorifie ces héros qui ont si bien rempli le programme tracé, deux jours auparavant, dans la chapelle du Grand Séminaire : Prier, se lever, combattre. "Eh bien ! Maintenant, leur dit-il, montez ! Montez avec le Maître en cette veille d’Ascension, vers la gloire et la récompense !".

Et de voir cet évêque qui, au milieu de la tempête, parle d’espérance et, du doigt, montre le port, remplit d’émotion et de fierté tous ces cœurs vaillants.

Puis le défilé funèbre commence. Tandis qu’on étend les cadavres dans la fosse commune, sur le rebord s’alignent des soldats, portant des bouquets de lilas ; et le drapeau tricolore, tenu par des mains sacerdotales, celles d’un aumônier militaire, récemment décoré de la Légion d’honneur, s’incline comme pour un dernier baiser.

Mais à tout drame, il faut un prologue et un épilogue. Deux scènes, dignes de tenter un peintre, encadrèrent donc cette cérémonie grandiose.

A l’entrée du village, Monseigneur croisa une voiture d’ambulance. Le conducteur s’arrêta et demanda une bénédiction suprême pour le blessé qu’il transportait. Sa Grandeur monta sur le marchepied et donna l’absolution au mourant qui défaillait.

Le lendemain matin, dans ce même cimetière, un prêtre soldat présidait, à nouveau, des funérailles ; un scharpnell éclata et le blessa à mort sur la tombe entr’ouverte.

Saint-Nicolas – hors-les-Murs, où se déroula la cérémonie du 18 décembre, serait-il prédestiné aux enterrements tragiques ?

Ch. Guillemant

La Croix du Pas-de-Calais, dimanche 16 mai 1915. Archives départementales du Pas-de-Calais, PE 135/17.