Archives - Pas-de-Calais le Département
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L’étrange destin du château de Rémy

Trop peu exploités, les dossiers de dommages de guerre contiennent pourtant des informations précieuses pour l'histoire locale. Le dossier concernant le château de Rémy en constitue un bon exemple. Cette demeure, édifiée en 1529, n'a pas survécu à la fureur des combats qui a ravagé le Sud-Est de l’Artois, au début du XXe siècle. Ce château ne fut, cependant, pas reconstruit après la guerre.Un dossier de dommage de guerre à l'honneurLes Archives départementales conservent dans leur dépôt près d’1,2 kilomètres linéaires d’archives produites en raison de la Grande Guerre. Il s’agit des archives d’organismes créés temporairement pour subvenir aux besoins créés par la guerre, ou pour gérer les indemnités de dommages de guerre et de la reconstruction. Classés en sous-série 10 R, ces archives s’avèrent essentielles pour la connaissance du patrimoine architectural du département. Et l’équivalent de ces dossiers existe, d’ailleurs, aussi pour la Seconde Guerre mondiale.Le sous-dossier présenté, aujourd’hui, est issu du fonds des Comités de préconciliation, conservé sous la cote 10 R 10/379. Il se trouve dans un dossier plus conséquent, constitué de deux boîtes, dédié à la Société électrique du Nord-Ouest de la France.Le dossier concernant le château de Rémy, particulièrement complet, contient ainsi les documents suivants :Deux cartes postales photographiques représentant la façade principale du château avant et après la guerre.Trois superbes plans réalisés par l’architecte Louis Duthoit (1868-1931) en mai 1919, qui donne une bonne idée de la taille du bâtiment.Un rapport de 8 pages, dressé par le même architecte amiénois, inventoriant les extérieurs et l’intérieur du château, pièce par pièce, tel qu’il existait avant-guerre. Ce qui permet de connaître précisément tous les matériaux utilisés, du sol au plafond.L’expédition d’un acte de cession par Albert de Gillès (1864-1941) et son épouse Thérèse de Guillebon (1873-1959), demeurant à Amiens, au profit de la Société électrique du Nord-Ouest, du 26 avril 1921, après autorisation du Tribunal civil d’Arras, en date du 11 mars 1921.Le procès-verbal de conciliation, du 16 février 1922, à la Commission cantonale de Vis-en-Artois, qui accorde 2 031 084 francs d’indemnité.Un rapport complémentaire du Comité central de préconciliation, du 24 février 1926, qui souhaite réduire l’indemnité de 963 266 francs.Des devis descriptifs et estimatifs des dommages de guerre.Le reste du dossier concerne d’autres biens cédés par six autres propriétaires à la Société électrique du Nord-Ouest. Parmi ces biens, essentiellement situés dans l’arrondissement d’Arras, on trouve également un sous-dossier concernant le château de Morchies, lui aussi disparu.Les cédants restent propriétaires du sol de l’immeuble sinistré. Mais ils cèdent les indemnités qui leur sont dues en vertu de la loi du 17 avril 1919 qui reconnait un droit à réparation des dommages de guerre pour les sinistrés. Il est probable que ces propriétaires aient préféré abandonner leurs biens – à l’état de ruines – pour éviter toutes contraintes juridiques longues, dispendieuses et aux issues incertaines, contre le paiement en bons décennaux, d’une somme correspondant à l’évaluation des pertes subies.Les sources pour la reconstitution du châteauCe dossier, en complément d’autres fonds conservés aux archives, nous permet ainsi de reconstituer le château de Rémy tel qu’il était avant sa destruction. Pour cela, les archives cadastrales et quelques fonds privés, tels que le fonds Clovis Normand (24 J) ou la collection Roger Rodière (12 J) ont été utiles. Citons, en outre, l’ouvrage de Philippe Seydoux, Gentilhommières d'Artois et du Boulonnais, qui est un outil indispensable pour connaître l’histoire des châteaux du Pas-de-Calais.Il a vraisemblablement été bâti en 1529, si l’on en croit les inscriptions gravées sur une pierre située au-dessus de l’entrée. Sur l’aquarelle, publiée dans les Albums de Croÿ, représentant Rémy en 1605, le château paraît disproportionné au regard du reste du village. Il est construit en briques de 6,5 cm d’épaisseur sur un soubassement en grès de plus d’un mètre de haut. En forme de L la bâtisse est flanquée à chaque angle de quatre tours rondes, surmontée de toits en poivrière. Une cinquième tour, placée au centre de la façade, plus haute que les autres et un peu détachée du corps de logis, refermait le grand escalier en vis. Cette tour, aux allures de donjon, se terminait en son sommet par un pigeonnier. Deux cheminées en pierre de Saint-Maximin moulurées et sculptées couronnaient une toiture couverte d’ardoise. Devant la façade principale s’étendait un grand perron entouré d’une balustrade tout en pierre finement sculptée et ajournée. Tout autour de l’édifice se trouvait un chemin d’un mètre et demi de large dallé et pavé en gré.Les plans cadastraux napoléoniens indiquent bien l’emplacement du château (référence A 620) qui possédait, d’après les matrices cadastrales une orangerie de 90 m2 et une serre de 30 m2.Au cours de son histoire, la bâtisse a subi de nombreuses modifications notamment dues à deux incendies. Dans les années 1870, elle apparaissait à la fois antique et modeste. Toutefois, en 1882, le propriétaire mena une quasi-reconstruction qui en fit une importante demeure dans le goût du XVIe siècle, mais avec les commodités de la fin du XIXe siècle.Cette demeure était dotée de caves voutées en briques. Le rez-de-chaussée était principalement composé de deux salons, d’une salle à manger et d’une cuisine. Le sol du petit et du grand salon était recouvert de parquet, les murs étaient recouverts de boiseries Louis XVI, signalées au service des Beaux-Arts comme objets artistiques. Dans le grand salon se trouvait une cheminée en marbre. Pour l’anecdote, chaque niveau était équipé de toilettes, sises dans la tour Est ; ce qui démontre une certaine modernité pour l’époque. Au premier étage, on trouvait ce qu’on appelle un piano nobile, ou étage noble, composé d’un bureau et de cinq chambres richement décorées et dotées de cabinets de toilette et de penderie. Enfin, le second étage comportait sept chambres plus modestes réservées au domestiques.L’un de ses occupants les plus notables est certainement Lamoral-Eugène-François d’Aix (1733-1794), un député de la noblesse d’Artois qui obtint le titre héréditaire de baron de Rémy. Il devint mayeur de la ville d’Arras en 1787, avant d’être guillotiné le 5 avril 1794.L'électrification du Pas-de-CalaisEn France, l’avènement de la "Fée électricité" ne débute que très progressivement durant les dernières décennies du XIXe siècle. Elle se développe tout d’abord à Paris et dans les zones à forte activité industrielle de la région, où cette nouvelle énergie trouve facilement sa place dans les usines. Pourtant, avant-guerre, le réseau électrique est encore embryonnaire sur l’ensemble du territoire. Ce n'est que progressivement et de façon très inégale que l'électricité s'impose dans les foyers français. En 1913, seules 188 des 905 communes du département sont électrifiées, essentiellement situées dans le secteur d’Arras, Béthune et Lens, ainsi que dans les grandes villes de la côte, Calais et Boulogne-sur-Mer.La Reconstruction d'après-guerre est l'occasion d'engager une modernisation économique. Utilisant la table rase créée par la guerre, la région a pu servir de lieu d'expérimentation « pour une nouvelle organisation de la production, du transport et de la distribution de l'énergie électrique » [note 1].Le cessionnaire des indemnités des dommages du château de Rémy, la Société électrique du Nord-Ouest a, alors pour objet principal la production et la vente du courant électrique. Elle remploie tous ces dommages en construction de lignes électriques hautes tensions nécessaires pour transporter le courant du centre de production aux lieux de consommation. Cette société est créée sous l'impulsion du président de la Compagnie des mines de Marles, André Bénac (1858-1937). Issue d'une union partielle entre la Société béthunoise d'électricité et d'énergie, la Société artésienne de force et lumière et la Société d'électricité de la Picardie, elle devient rapidement la principale entreprise de transport du département et des départements du Nord, de l’Oise, de la Somme et de la Seine-Inférieure (la Seine-Maritime, aujourd’hui). Trait d'union entre les principaux producteurs et distributeurs, la Société électrique du Nord-Ouest, en sus du réseau hérité, crée une boucle en 90 000 V qui joint Arras à Calais, Boulogne, Abbeville et Amiens, d'où elle repartait vers la préfecture du Pas-de-Calais. Elle relie entre elles un ensemble de centrales minières à Chocques, Gosnay, Beuvry Mazingarbe, Vendin, Liévin, Harnes, Drocourt et Hénin-Liétard. Elle peut, de plus, compter sur l'apport de ses centrales de pointe et de secours d’Amiens et d’Abbeville.Une carte, également présente dans le dossier, montre les lignes construites par la compagnie dans le Pas-de-Calais en remploi de dommages de guerres. Les communes où sont situés les biens sinistrés qui ont permis la construction des lignes sont soulignées.Ainsi, en 1931, l'électrification du Pas-de-Calais est réalisée. Le département compte 878 communes électrifiées sur 905, soit plus de 97% ; alors que la moyenne nationale n'était que de 85% en 1932. Quant au château de Rémy, il a désormais laissé place à un lotissement, mais sa mémoire – comme celle de tant d’autres monuments d’avant-guerre – demeure grâce aux archives.separationNotes[note 1] Projet de loi autorisant l'établissement par l'État d'un réseau de transmission d'énergie à haute tension dans les régions libérées, Revue générale de l’électricité, 1919, tome VI, n° 19, pp. 654-656. 

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Actualités
  • Pas-de-Calais, Terre de sports
    Parmi les nombreuses actions qui accompagnent les habitants du Pas-de-Calais durant cette année olympique, il en est une qui vous fera voyager dans le temps et suivre l’évolution des Jeux dans le département.Guy Drut n’est pas le seul sportif à avoir fait rayonner le Pas-de-Calais. Nombre d’athlètes ont apporté et apportent encore leur pierre au développement du sport dans le Département : sports de haut niveau ou de loisirs, parasports, parité hommes-femmes etc. Tous contribuent à leur façon à diffuser les valeurs de l’olympisme, à faire évoluer les mentalités aussi.Ce cheminement, les Archives départementales le retrace par le biais d’une exposition qui accompagnera d’abord village itinérant Pas-de-Calais, terre de sports, ira dans les communes, les collèges, les associations qui le souhaitent.Ludique et accessibleL’un des enjeux de cette nouvelle exposition, conçue par Olivier Chovaux, professeur d’histoire contemporaine, spécialiste du sport à l’Université d’Artois et Noémie Beltramo, maître de conférences à l’Université d’Artois, est d’offrir l’accès au contenu à tous les publics, en situation de handicap physique, sensoriel ou mental, francophone ou non, connaisseur ou néophyte, jeunes ou plus âgés.Pour le côté ludique, le public y trouvera des jeux manuels, ateliers tactiles. Par exemple, les malvoyants pourront découvrir, par le toucher, une vraie médaille olympique, celle de la lutteuse Lise Legrand. Avec le Centre d’activité par le travail (CAT), un livret d’accompagnement (Facile à lire et à comprendre) a été créé. Vous y verrez également des films d’archives de l’INA (Institut national de l’audiovisuel), Gaumont, Pathé. Dans les collèges des communes accueillant le village itinérant, un quiz géant facilitera la médiation avec les jeunes. Les collégiens pourront également découvrir Les enfants de Pelops, une lecture-spectacle créée par la compagnie Grand Boucan, consacrée à la parité dans le sport.L'exposition comprend huit panneaux, et donc huit thèmes :Panneau 1. L'essor des sports anglais sur le littoral de la Mer du Nord : une greffe réussie? (fin XIXe-1914).Panneau 2. Pierre de Coubertin (1863-1937), père fondateur ou rénovateur des Jeux olympiques ?Panneau 3. "Les concours internationaux de l’exposition universelle de 1900" : le rendez-vous manqué des Jeux de Paris ?Panneau 4. Le tournant de la « Grande guerre » : démocratisation et internationalisation des pratiques et du spectacle sportif.Panneau 5. La démocratisation des pratiques et du spectacle sportif dans l’entre-deux-guerres : des Jeux sous l’emprise des idéologies ?Panneau 6. Les Jeux olympiques d’été et d’hiver, au cœur du sport de masse (années 1960-1990) ?Panneau 7. Le Pas-de-Calais, "base arrière des Jeux".Panneau 8. Paris 2024. Un nouveau défi pour le département du Pas-de-Calais, "terre de champions olympiques" ?Vous êtes une collectivité, une association, un établissement scolaire, etc., vous souhaitez recevoir l’exposition, vous pouvez contacter les Archives départementales : archives62@pasdecalais.fr<div style="position:relative;padding-bottom:56.25%;height:0;overflow:hidden;"><iframe style="width:100%;height:100%;position:absolute;left:0px;top:0px;overflow:hidden" frameborder="0" type="text/html" src="https://dircom.pasdecalais.fr/video/archives/index.php?module=lecture&action=defaut&video=histoire_du_sport_et_olympisme_pdc" width="100%" height="100%" allow="autoplay" allowfullscreen></iframe></div>Itinérance du village olympiqueL'exposition sera également visible au sein du village itinérant : "Pas-de-Calais, Terre de sports".Gratuit et accessible aux personnes à mobilité réduite, il s’installera pour 9 dates, du 6 avril au 25 mai 2024 dans 9 communes du département (Bully-les-Mines, Beuvry, Desvres, Auxi-le-Château, Lumbres, Avesnes-le-Comte, Ardres, Bapaume, Étaples-sur-Mer).“Pas-de-Calais, Terre de sports” sera axé notamment sur les 4 disciplines additionnelles présentes au Jeux olympiques et paralympiques Paris 2024 : le surf, le skateboard, l’escalade, le break dance, et sur la découverte du parasport.Des animations sportives, culturelles et festives seront également au programme du « Pas-de-Calais, Terre de sports » pour que les Jeux de Paris 2024 soient une fête populaire pour tous.Les prochaines dates Mercredi 15 mai : Avesnes-le-ComteSamedi 18 mai : ArdresMercredi 22 mai : BapaumeSamedi 25 mai : Étaples
  • Centre Mahaut-d'Artois : travaux rue du 19 mars 1962
    Accès au Centre Mahaut-d'Artois perturbé du 22 avril au 3 mai 2024
  • Nouveau bâtiment des archives départementales
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