Archives - Pas-de-Calais le Département
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Fermeture au public

Le déménagement des Archives départementales du Pas-de-Calais débute le 1er septembre 2025, pour une durée de plusieurs mois. À compter du 15 août, les salles de lecture seront fermées au public. Nous espérons pouvoir vous accueillir à nouveau dans la salle de lecture de notre nouveau bâtiment, au n° 5 rue du 19-mars-1962 à Dainville, au cours du premier trimestre 2026, sous réserve de l’avancement du transfert des collections.

Les recherches par correspondance seront également impactées par cette opération. Pour en savoir plus, consultez la page dédiée

L’admirable effort anglais

Carte postale couleur montrant des soldats français, anglais et russes enlacés sous un défilé militaire

Unis contre les Barbares. Archives départementales du Pas-de-Calais, 5 Num 01 030/207.

Le journaliste Georges Laurence publie ici un bel hommage aux alliés britanniques, mettant en lumière les efforts consentis par les autorités et par le peuple du Royaume-Uni depuis l’entrée en guerre d’août 1914. Il rappelle à ses lecteurs les faits et actions témoignant de leur engagement, de la mobilisation jusqu’au débarquement des troupes sur le continent et aux premiers combats en Belgique ou dans le Nord de la France, sans oublier d’évoquer les aspects économiques et les conditions de vie de toute une population.

Si la violation du territoire belge constitue l’élément déclencheur de la déclaration de guerre du Royaume-Uni à l’Allemagne, c’est surtout le jeu complexe des alliances diplomatiques internationales qui le fait basculer aux côtés de la France.

Considéré comme la première puissance navale au monde, il dispose aussi d’un vaste empire colonial qui va très largement contribuer à l’effort de guerre. Au-delà de l’aspect démographique, le concours financier et matériel des territoires britanniques se traduit par l'importation de marchandises, mais aussi par la production d'armes et de munitions.

Son engagement militaire tient en outre au développement de son armée : à la différence de la France et de l’Allemagne, il disposait, en août 1914, d’une armée composée de professionnels, de soldats territoriaux et de réservistes. C’est dans ce contexte que Lord Kitchener lance une vaste campagne, visant à enrôler un maximum d’hommes.

Malgré le succès de cet appel avec 2 500 000 engagés en deux ans, les rangs de l'armée britannique demeurent insuffisants au regard des besoins nouveaux et compte-tenu des pertes enregistrées en 1914 et 1915. Après un long débat politique, le service obligatoire est officiellement instauré au Royaume-Uni en janvier 1916, sauf en Irlande.

L'admirable effort anglais

Les succès anglais dans le secteur d’Artois, au cours de ces derniers jours, a été magnifique. Nos vaillants amis, en s’emparant de Loos, auprès de Lens, ont fait plus de trois mille prisonniers et pris vingt-et-un canons et quarante mitrailleuses. Leur artillerie a fait merveille ; sous ses coups, les lignes allemandes disparurent dans la fumée et la poussière ; leurs parapets s’écroulèrent et leurs défenses en fils de fer barbelés s’évanouirent. La voie était toute tracée pour l’infanterie qui fut, elle aussi, à la hauteur de sa tâche, ainsi qu’[e]n font foi les glorieux trophées qu’elle a pris à l’ennemi.

Nos alliés, comme on le voit, ont accompli des prodiges d’énergie et de volonté persévérante. Ils ont voulu une noble et grande armée, digne de se mesurer avec avantage à l’armée allemande. Cette armée, ils la possèdent maintenant et elle se bat avec un flegme, une bravoure, un mépris du danger vraiment exceptionnels.

Et ce n’est pas encore assez. L’Angleterre qui veut la lutte à outrance jusqu’à la victoire complète et définitive, envisage maintenant la conscription obligatoire comme une réforme militaire indispensable pour maintenir jusqu’à la fin du conflit les effectifs au chiffre actuel.

L’effort financier de la Grande Bretagne est pour le moins aussi important que le nôtre. Depuis le début de la guerre, le total des dépenses anglaises a atteint 31 milliards 250 millions de francs. Il a fallu, en effet, lever, payer, équiper, entraîner, mobiliser une formidable armée, et ce dans un pays où n’existe pas la conscription obligatoire. N’est-ce pas là un tour de force tout à fait remarquable qui couvre de gloire le nom de lord Kitchener, l’initiateur de cet admirable mouvement d’engagements volontaires dont le succès a été si complet jusqu’à ce jour.

À l’heure actuelle, les Anglais ont un million d’hommes sur notre frontière et ils en auront 1.500 000 d’ici à la fin de l’année.

Au reste, voici, d’après M. Stephen Pichon, l’énumération des différents ordres de faits accomplis par l’Angleterre au cours d’une année de campagne, beaucoup plus fructueuse qu’on ne le croit communément.

Sans parler de la participation glorieuse des troupes anglaises aux batailles sanglantes que l’on sait, notre alliée a assuré la liberté totale des mers, elle a réduit à néant le commerce allemand, détruit les escadres du Kaiser partout où elles se sont montrées, de telle sorte qu’il n’y a plus à l’heure actuelle un seul navire de guerre germanique en dehors des eaux allemandes ; elle a assuré la protection de nos côtes et de nos communications avec beaucoup d’efficacité, ainsi que le libre transport de nos troupes d’Afrique ; elle a ravi à notre ennemi ses plus belles colonies, de concert avec nos vaillantes troupes ; elle a fait aux sous-marins une guerre impitoyable et victorieuse qui se traduit par l’envoi de près de soixante submersibles au fond des mers ; elle nous a donné des garanties invincibles en ce qui concerne notre ravitaillement en vivres, en armes, en munitions, elle nous a consenti un accord financier qui nous a permis de faire venir d’Amérique toutes les munitions dont nous avons besoin.

Ce n’est pas encore tout. L’Angleterre a organisé la production intensive des obus et des munitions. À l’heure actuelle le ministère anglais contrôle 715 usines et fabriques qui emploient environ sept cent mille ouvriers dont cinquante mille femmes. En dehors de ces établissements privés convertis en établissements nationaux, le ministère a établi vingt arsenaux pour la fabrication des obus et dix-huit autres sont en formation. Onze nouvelles usines ont été créées pour les obus de gros calibre et dans ces chiffres ne sont pas compris les arsenaux et chantiers de la marine qui existaient avant la guerre.

La classe ouvrière anglaise a fait le sacrifice de tous ses repos du samedi qui lui étaient si chers. Le dimanche et même les jours de Noël et de Pâques ont été consacrés à la fabrication des choses nécessaires à la guerre.

En un mot, le peuple anglais tout entier faisant taire ses revendications, se dévoue patriotiquement au salut de la patrie. Il sait que l’existence des nations alliées est en jeu, dans la formidable partie qui se joue en ce moment, et comme si cet effort immense, auquel nous nous plaisons à rendre hommage n’était pas encore suffisant, les hommes politiques qui prétendent en ce moment aux destinées de la Grande Bretagne réclament une participation encore plus complète de toutes les forces vives du pays à l’œuvre de la défense des nations qui veulent rester libres et indépendantes, et demandent au peuple de faire gaiement tous les sacrifices nécessaires pour arriver à la conclusion victorieuse de cette lutte gigantesque.

Avec une alliée aussi énergique et aussi puissante que la grande Angleterre, qui donc pourrait douter du succès final ?

Comment la France, qui fait de même magnifiquement tout son devoir ne serait-elle pas encouragée à lutter jusqu’au bout, alors surtout que déjà l’aube glorieuse blanchit l’horizon ensanglanté de nos champs de bataille désormais légendaires ?

Georges LAURENCE

La France du Nord, mardi 12 octobre 1915. Archives départementales du Pas-de-Calais, PE 16/93.