Archives - Pas-de-Calais le Département
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Fermeture au public

Le déménagement des Archives départementales du Pas-de-Calais débute le 1er septembre 2025, pour une durée de plusieurs mois. À compter du 15 août, les salles de lecture seront fermées au public. Nous espérons pouvoir vous accueillir à nouveau dans la salle de lecture de notre nouveau bâtiment, au n° 5 rue du 19-mars-1962 à Dainville, au cours du premier trimestre 2026, sous réserve de l’avancement du transfert des collections.

Les recherches par correspondance seront également impactées par cette opération. Pour en savoir plus, consultez la page dédiée

Mort des sapeurs Wacquez et Glasson

Photographie noir et blanc montrant un pompier de profil, debout sur un tas de décombres.

Sapeur-pompier au milieu des ruines d'une usine à Calais, victime d'un bombardement au cours de la Première Guerre mondiale. Archives départementales du Pas-de-Calais, 43 Fi 329.

Située près de la Petite Place à Arras,  l’église Saint-Jean-Baptiste est bombardée le 10 juillet 1915 : au cours de l’incendie, deux pompiers meurent en luttant contre les flammes. Ils ont donné leurs noms à la rue qui dessert l'église. Reconstruite par les architectes Mazet et Mulard en style néogothique, l’église est consacrée en 1927.

Arras. Une victime du devoir civique

C’est de Wacquez, si populaire dans la ville d’Arras et les environs, qu’il s’agit. Adjudant retraité de la compagnie des pompiers, Wacquez, à la demande du préfet, avait reconstitué depuis le bombardement une section d’une vingtaine d’hommes, dont le courage, au-dessus de tout éloge, a grandi au milieu du péril.

Le nouveau capitaine, redevenu alerte comme au temps jadis, sous son uniforme avec le calot fièrement sur son chef, était partout à la fois, dirigeant l’extinction de multiples incendies qui auront bientôt dévoré la ville d’Arras.

Wacquez a été tué le samedi 10 juillet 1915 à 4 heures de l’après-midi, à l’incendie de l’église Saint Jean-Baptiste. Il devait, la compagnie impuissante étant dissoute de fait, cesser le soir même ses fonctions, qu’il avait conservée volontiers jusqu’à cette date, à la demande instante du général commandant la place.

Wacquez a joué un rôle important dans la cité depuis de longues années. Artisan laborieux, très modeste patron serrurier, son travail lui a toujours garanti une indépendance qui, jointe à celle du caractère, lui permettait d’exercer au dehors une influence toujours heureuse au point de vue politique et social.

Aussi, que d’hommes politiques, que d’amis, que d’ouvriers sont allés solliciter son concours, un avis, une parole de réconfort, dans ce petit atelier de la rue Doncre, toujours si accueillant.

Avec une instruction primaire très rudimentaire, qu’il avait développée par de saines lectures, Wacquez, au conseil municipal dont il fit longtemps partie, ayant une place à part dans la majorité, moins par son origine plébéienne que par sa liberté de parole, quoique toujours pondérée, comme à l’Association philotechnique dont il fut membre fondateur en 1879, comme au Cercle républicain en qualité de vice-président depuis son origine en 1886, Wacquez, dis-je, savait se faire écouter, grâce à son sens droit, à son jugement sûr, à une longue expérience des hommes et des choses. Républicain de principe, républicain sous l’Empire, il est toujours resté lui-même, orientant sa politique vers le progrès largement démocratique.

Redevenu chef de service, après une retraite bien gagnée, il sut, au moment du danger, grouper les bonnes volontés au lieu de les laisser isolément suivre leur impulsion, ranimer les courages abattus, réveiller les énergies parfois défaillantes.

C’est à toutes ces qualités que M. le Maire et le Préfet, ont rendu hommage au milieu du tout Arras actuel, au son du canon, au sifflement sinistre des obus percutants, des bombes incendiaires, avec un accent de sincérité, une émotion qui bientôt étreignit tous les cœurs. Ils ont glorifié cet homme de bien, tombé au champ d’honneur, victime de son courage civique. Il eût mérité, après une première citation à l’ordre de la nation, qu’a suivie une citation à l’ordre de la division, que la croix de la Légion d’honneur fût déposée sur son cercueil, ainsi que le réclamait vainement M. le Préfet, cet ultime honneur étant réservé exclusivement à l’armée.

Le souvenir de Wacquez restera vivace au cœur de ses concitoyens, de ses amis attristés, en attendant qu’une inscription gravée sur le marbre, transmette son nom aux générations futures.

Les réfugiés d’Arras apprendront avec stupeur la mort de notre valeureux concitoyen. Leur haine contre l’ennemi détesté ne fera que croître davantage. Ils ne désireront que plus ardemment l’extermination de la race maudite, pour lui ôter l’envie de nuire à tout jamais.

C’est à ce prix qu’une paix durable, due à notre persévérante ténacité, assurera l’avenir, donnera la sécurité à nos enfants et arrière-petits-enfants.

Un Atrébate

La France du Nord, mercredi 21 juillet 1915. Archives départementales du Pas-de-Calais, PG 16/92.

Chaque année, l’héroïsme de Wacquez et Glasson est célébré dans Saint-Jean-Baptiste. À droite du portail d’entrée, se trouve une plaque commémorative :

À la mémoire de l’adjudant des sapeurs-pompiers Wacquez, ancien conseiller municipal d’Arras, et du sapeur Glasson, tués le 10 juillet 1915 en combattant l’incendie de cette église sous un violent bombardement .

À la mémoire de deux braves

[…] Pendant qu’au théâtre municipal avait lieu la réunion des conseils d’administrateurs de l’Union et de la Fédération des sapeurs-pompiers, une cérémonie très simple, mais émouvante, se déroula devant l’église Saint-Jean-Baptiste : l’inauguration d’une plaque commémorative à la mémoire de l’adjudant Wacquez et du sapeur Glasson, des sapeurs-pompiers d’Arras, tous deux tués durant la guerre en défendant l’église contre l’incendie.

Devant la plaque, M. Delansorne, maire d’Arras, prononça un excellent discours dans lequel il rappela comment ces deux braves succombèrent, victimes de leur devoir.

C’était le 10 juillet 1915.

Alors que tout était désorganisé, que la ville était pour ainsi dire à l’abandon, que les quelque 900 habitants qui n’avaient pas voulu quitter leurs foyers menacés vivaient dans les caves, alors que la mort, comme une grande ombre noire, s’étendait sur la cité, Wacquez, avec les moyens de fortune et l’aide des quelques bonnes volontés, reconstitua une section des sapeurs pompiers dont il prit le commandement. Les incendies étaient fréquents et bien souvent tout secours paraissait illusoire, d’autant que l’eau souvent manquait.

Qu’importe, avec ses braves compagnons, comme aux jours de paix, Wacquez s’attelait aux pompes et s’efforçait de préserver les immeubles voisins de ceux atteints par les obus incendiaires.

Son action fut parfois efficace et son dévouement parfois aussi récompensé. Bien des personnes ont retrouvé leur logis en partie intact qui le doivent à Wacquez et à ses sapeurs.

Mais le 10 juillet 1915, en voulant sauver l’église Saint-Jean-Baptiste, la mitraille allemande les blessait grièvement et ils expiraient quelques heures après…

Le Télégramme, 26 juin 1933. Archives départementales du Pas-de-Calais, PG 9/99.

Le corps des pompiers d’Arras s’est malheureusement trouvé tout à fait désorganisé lors du premier bombardement. On conçoit quelle était la nécessité d’une telle institution dans une ville journellement arrosée d’obus incendiaires comme l’est la ville d’Arras.

À la demande de M. le préfet, M. Wacquez, adjudant retraité des pompiers, réussit à reconstituer une équipe d’une vingtaine d’hommes. Il faut avoir vu à l’œuvre ces pompiers de tout âge pour savoir combien ils sont dignes d’admiration et d’éloges.

Sans souci du danger et des obus allemands, ils luttèrent courageusement contre les incendies et préservèrent des quartiers entiers.

Deux d’entre eux, MM. Wacquez et Glasson, ont été tués par un obus le 10 juillet, à 4 heures de l’après-midi.

Honneur à ces braves et à ces héros obscurs !

Toute la section des sapeurs-pompiers d’Arras a été citée en ces termes à l’ordre du jour de l’Armée :

Section de sapeurs-pompiers de la ville d’Arras.
Depuis le commencement d’octobre jusqu’à maintenant 10 juillet, n’a cessé de donner des preuves éclatantes d’énergie, de bravoure et de dévouement. Toujours prête au premier appel, sous les bombardements les plus violents et les plus répétés, n’a jamais hésité à combattre avec la plus grande vigueur les fréquents incendies qui se sont produits, donnant ainsi un magnifique exemple de courage et d’abnégation.

Signé : J. – B. Dumas

Abbé Édouard Foulon, Arras sous les obus, Paris, 1916, p.  111-112. Archives départementales du Pas-de-Calais, BHB 6628.

Dans son édition du 2 septembre 1920, le journal Le Beffroi d’Arras (Archives départementales du Pas-de-Calais, PF 120/1) revendique une reconnaissance officielle du sacrifice des deux soldats du feu intitulée La promotion des oubliés :

Nous demandons que la Croix de guerre soit décernée à la mémoire de M. Glasson Auguste avec la citation suivante à l’ordre de l’armée :

Dégagé par son âge (53 ans) de toute obligation militaire, s’est engagé à la déclaration de guerre dans la compagnie des sapeurs-pompiers d’Arras. A assuré son service avec zèle et exactitude dans les conditions les plus périlleuses. Tué par un éclat d’obus à l’incendie de l’église Saint-Jean-Baptiste, le 10 juillet 1915. A donné à la défense nationale ses quatre fils, dont trois sont restés sur les champs de bataille.

Au motif proposé pour la décoration de M. Wacquez, il faut ajouter la mention suivante : Cité à l’ordre du jour civil, Journal Officiel, 2 mai 1915.

Voici le texte de cette citation :

A, malgré son grand âge et son mauvais état de santé, assumé la charge de reconstituer, avec les débris d’une compagnie que le départ de ses chefs avait laissée désorganisée, une équipe de pompiers volontaires. Il s’est mis résolument à la tête de ces braves gens à une heure particulièrement grave et périlleuse ; donna à tous l’exemple du courage et du dévouement.

Cet ordre du jour civil qui précéda de deux mois la mort glorieuse de M. Wacquez est insuffisant, même accompagné des félicitations de M. Malvy. La Légion d’honneur s’impose.