Arras. Une victime du devoir civique
C’est de Wacquez, si populaire dans la ville d’Arras et les environs, qu’il s’agit. Adjudant retraité de la compagnie des pompiers, Wacquez, à la demande du préfet, avait reconstitué depuis le bombardement une section d’une vingtaine d’hommes, dont le courage, au-dessus de tout éloge, a grandi au milieu du péril.
Le nouveau capitaine, redevenu alerte comme au temps jadis, sous son uniforme avec le calot fièrement sur son chef, était partout à la fois, dirigeant l’extinction de multiples incendies qui auront bientôt dévoré la ville d’Arras.
Wacquez a été tué le samedi 10 juillet 1915 à 4 heures de l’après-midi, à l’incendie de l’église Saint Jean-Baptiste. Il devait, la compagnie impuissante étant dissoute de fait, cesser le soir même ses fonctions, qu’il avait conservée volontiers jusqu’à cette date, à la demande instante du général commandant la place.
Wacquez a joué un rôle important dans la cité depuis de longues années. Artisan laborieux, très modeste patron serrurier, son travail lui a toujours garanti une indépendance qui, jointe à celle du caractère, lui permettait d’exercer au dehors une influence toujours heureuse au point de vue politique et social.
Aussi, que d’hommes politiques, que d’amis, que d’ouvriers sont allés solliciter son concours, un avis, une parole de réconfort, dans ce petit atelier de la rue Doncre, toujours si accueillant.
Avec une instruction primaire très rudimentaire, qu’il avait développée par de saines lectures, Wacquez, au conseil municipal dont il fit longtemps partie, ayant une place à part dans la majorité, moins par son origine plébéienne que par sa liberté de parole, quoique toujours pondérée, comme à l’Association philotechnique dont il fut membre fondateur en 1879, comme au Cercle républicain en qualité de vice-président depuis son origine en 1886, Wacquez, dis-je, savait se faire écouter, grâce à son sens droit, à son jugement sûr, à une longue expérience des hommes et des choses. Républicain de principe, républicain sous l’Empire, il est toujours resté lui-même, orientant sa politique vers le progrès largement démocratique.
Redevenu chef de service, après une retraite bien gagnée, il sut, au moment du danger, grouper les bonnes volontés au lieu de les laisser isolément suivre leur impulsion, ranimer les courages abattus, réveiller les énergies parfois défaillantes.
C’est à toutes ces qualités que M. le Maire et le Préfet, ont rendu hommage au milieu du tout Arras actuel, au son du canon, au sifflement sinistre des obus percutants, des bombes incendiaires, avec un accent de sincérité, une émotion qui bientôt étreignit tous les cœurs. Ils ont glorifié cet homme de bien, tombé au champ d’honneur, victime de son courage civique. Il eût mérité, après une première citation à l’ordre de la nation, qu’a suivie une citation à l’ordre de la division, que la croix de la Légion d’honneur fût déposée sur son cercueil, ainsi que le réclamait vainement M. le Préfet, cet ultime honneur étant réservé exclusivement à l’armée.
Le souvenir de Wacquez restera vivace au cœur de ses concitoyens, de ses amis attristés, en attendant qu’une inscription gravée sur le marbre, transmette son nom aux générations futures.
Les réfugiés d’Arras apprendront avec stupeur la mort de notre valeureux concitoyen. Leur haine contre l’ennemi détesté ne fera que croître davantage. Ils ne désireront que plus ardemment l’extermination de la race maudite, pour lui ôter l’envie de nuire à tout jamais.
C’est à ce prix qu’une paix durable, due à notre persévérante ténacité, assurera l’avenir, donnera la sécurité à nos enfants et arrière-petits-enfants.
Un Atrébate