Archives - Pas-de-Calais le Département
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Fermeture au public

Le déménagement des Archives départementales du Pas-de-Calais débute le 1er septembre 2025, pour une durée de plusieurs mois. À compter du 15 août, les salles de lecture seront fermées au public. Nous espérons pouvoir vous accueillir à nouveau dans la salle de lecture de notre nouveau bâtiment, au n° 5 rue du 19-mars-1962 à Dainville, au cours du premier trimestre 2026, sous réserve de l’avancement du transfert des collections.

Les recherches par correspondance seront également impactées par cette opération. Pour en savoir plus, consultez la page dédiée

Les églises blessées

Rédacteur au Journal de Roubaix avant de rejoindre le Télégramme du Pas-de-Calais, le journaliste Louis Robichez nous fait part dans cet article de ses inquiétudes au sujet de la reconstruction des églises détruites par les bombardements.

Au lendemain de la guerre, 248 dossiers de demandes d’indemnité concernant des églises sont déposés pour le Pas-de-Calais, pour une somme globale de 245 000 000 francs. Sur ces 248 églises, 235 sont complètement détruites. Bien que la restauration ou la reconstruction de ces bâtiments ne soit pas prioritaire face à celles des voies de communication, des services publics ou des outils de production économique, la puissance hautement symbolique que revêt l’image des clochers décapités mobilise tous les acteurs de la reconstruction, si bien les chantiers ne tardent pas à se multiplier.

Pour œuvrer en ce sens, on voit apparaître des coopératives diocésaines de reconstruction dans les onze diocèses sinistrés par la guerre. Celle d’Arras est une des toutes premières puisqu’elle est créée le 18 juin 1921.
Dès son apparition, 227 communes adhèrent à ce groupement et lui délèguent la maîtrise d’ouvrage des travaux. Un fonds commun d’emprunts privés permet d’anticiper les coûts de la reconstruction : au 31 décembre 1926, 96 églises ont été rendues au culte, 22 églises sont annoncées comme devant l’être avant la fin 1927, 30 sont toujours en cours de construction et 15 en voie d’adjudication.

Les églises blessées

Elles sont nombreuses les églises de chez nous victimes de la guerre, blessées par les obus dévastateurs ou complètement ruinées par les coups répétés de la mitraille et du canon.

Dans leur rage stupide d’iconoclastes, les vandales d’Outre-Rhin se sont acharnés sur ces "drapeaux de pierre" qui avaient le tort à leurs yeux de représenter la France catholique, si différente dans sa doctrine, ses mœurs et ses aspirations de l’Allemagne luthérienne, et l’art médiéval qui n’a qu’une parenté lointaine avec le style munichois.

Au nom du "bon vieux Dieu allemand", les canonniers de Guillaume ont pris un infernal plaisir à démolir les flèches gracieuses ou les tours ajourées de nos clochers. Les monuments que les barbares des autres âges avaient épargnés, eux en ont fait des amas de décombres, demandant à la flamme d’achever l’œuvre de la poudre et du fer. Sans raison sérieuse, dans le seul but de briser, de renverser, d’anéantir, la soldatesque teutonne s’est ruée dans l’intérieur des temples, profanant le sanctuaire, dépouillant les autels, volant les vases sacrés, saccageant tout ce que les bombes et l’incendie avaient laissé debout.

Par ces crimes ajoutés à tant d’autres crimes, par ces pillages d’églises qui ont précédé ou suivi les viols, les meurtres de femmes, d’enfants et de vieillards, les soldats allemands ont déshonoré la guerre. Ils auraient déshonoré la barbarie si cela avait été possible.

Et par un raffinement de cruauté envers ces témoins vénérables et aimés des siècles passés, les Allemands ont forcé leurs adversaires à se faire eux-mêmes les exécuteurs de leur haine et de leurs basses œuvres. En transformant les églises en forteresses et leurs clochers en postes d’observation, ils ont mis les alliés dans la dure nécessité de détruire des asiles autrefois inviolables et dont la présence de la horde avait fait autant de repaires de bandits.

Les pierres calcinées de nos églises en ruines crient vengeance au Ciel. À tous les Français, elles crient pitié.

D’après une statistique récemment établie, deux cent trente églises ont été endommagées depuis le début de la guerre. Beaucoup faisaient partie de notre patrimoine artistique qui se trouve ainsi notablement diminué.

Si, pour les monuments classés, un effort sera fait sans doute pour ranimer les précieux débris d’un art aujourd’hui inimitable, combien de sanctuaires anciens qui n’ayant pas eu la chance d’être catalogués officiellement ne ressusciteront de leurs cendres que sous des formes nouvelles et, il faut le craindre, pas toujours très heureuses !

Dans la plupart des cas, les besoins urgents de la religion s’opposeront à la réalisation trop longue de projets artistiques coûteux. Les paroisses ne pourront pas attendre les reconstructions minutieuses et difficiles. Il y aura conflit entre l’art et la foi, et, bien entendu, pour de multiples et impérieuses raisons, c’est la foi qui toujours devra l’emporter.

Est-ce à dire que nous sommes condamnés à assister au triomphe du ciment-armé et du carton-pâte ? Toutes nos églises ruinées qui avaient un caractère, un sens, une âme, seront-elles remplacées en hâte par des édifices sans style, froids, laids ? J’ai confiance que non. Le Ciel éloignera de nous ce nouveau malheur.

Il est souhaitable que partout où la chose sera possible, des abris provisoires soient construits. Ils serviront aux exercices du culte aussi longtemps que l’église ne sera pas édifiée.

Il y avait au salon de la Triennale plusieurs plans de chapelles qui m’ont paru réunir les conditions requises pour une installation décente, pratique et à bon marché. Nos architectes en trouveront d’autres encore. Puis quand ils auront sacrifié à l’utilité, à la rapidité en donnant aux fidèles un lieu de réunion modeste mais convenable, ils auront tout le loisir de faire à côté œuvre d’esthétique en élevant les nefs élégantes qui rappelleront par la hardiesse des formes, la beauté des matériaux, le fini des détails et la majesté de l’ensemble, la chère église disparue.

Et dans quelques années, grâce à l’aumône de ceux qui aiment la Vérité comme de ceux qui aiment la Beauté, nos églises blessées seront guéries, notre pays aujourd’hui dévasté aura retrouvé sa plus belle parure.

Dans les temples neufs, symboles de résurrection et de vie, les fidèles viendront s’agenouiller au pied des autels relevés et chercher, auprès du Dieu vainqueur, avec les forces morales, les leçons et les inspirations de la tradition artistique.

Louis ROBICHEZ

Le Télégramme, jeudi 4 mai 1916. Archives départementales du Pas-de-Calais, PG 9/25.