Archives - Pas-de-Calais le Département
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Fermeture au public

Le déménagement des Archives départementales du Pas-de-Calais débute le 1er septembre 2025, pour une durée de plusieurs mois. À compter du 15 août, les salles de lecture seront fermées au public. Nous espérons pouvoir vous accueillir à nouveau dans la salle de lecture de notre nouveau bâtiment, au n° 5 rue du 19-mars-1962 à Dainville, au cours du premier trimestre 2026, sous réserve de l’avancement du transfert des collections.

Les recherches par correspondance seront également impactées par cette opération. Pour en savoir plus, consultez la page dédiée

Prépare-t-on nos ports ?

Photographie noir et blanc montrant les quais de déchargement remplis de marchandises.

Quai du port de Calais regorgeant de matériel pour les armées anglaises et belges, pendant la Première Guerre mondiale. Photographie. Archives départementales du Pas-de-Calais, 43 Fi 361.

Dès 1860, l’État français prend conscience de la nécessité d’adapter ses ports, alors en décalage avec la modernisation du trafic maritime. Il faut néanmoins attendre les premières décennies du XXe siècle pour observer les prémices d’une autonomie administrative et financière.

Une première étape est franchie en 1898, avec le vote de la loi qui autorise les chambres de commerce à gérer et à exploiter les services publics des ports. Si ce premier jalon en facilite la gestion quotidienne, il ne permet pas encore la mise en œuvre d’ambitieux projets.

Cet obstacle à l’élaboration de grands programmes de modernisation est souligné dans le rapport Janet de 1906. Pour répondre à cette critique, la loi Millerand du 5 janvier 1912 stipule qu’un conseil d’administration du port se substituera désormais à l’État pour tout ce qui relève des travaux publics, de l’entretien des ports et de leurs accès, et des travaux d’amélioration mineurs. Le conseil dispose d’une certaine autonomie administrative et financière. Les premières bases d’une décentralisation sont ainsi posées, mais le déclenchement de la guerre va suspendre l’application de la réforme.

Pourtant, des efforts ont déjà été entrepris, comme le rappellent Laroche et Pobeguin, deux ingénieurs de la société Schneider, lors du quatrième Congrès national des travaux publics français en 1912. Suite au programme Baudin de 1901 notamment, l’outillage des ports français (les gros appareils de levage et les petits engins de manutention) n’est pas inférieur à celui de leurs voisins européens. Mais le point faible demeure l’évacuation des marchandises, puisque la quasi-totalité des investissements a été consacrée au perfectionnement de l’outillage au détriment des voies de communication, contrairement à ce que laisse entendre l’article retranscrit ci-dessous.

Durant la guerre, c’est en conséquence dans cette direction que vont être lancés les chantiers de rénovation. Il faut dire qu’en 1917, au plus fort de l’activité portuaire, 3 113 000 tonnes de marchandises transitent par le port de Calais (contre 1 106 000 en 1913).

Selon le rapport du député Albert Crolard (ingénieur dans le civil) sur le fonctionnement des ports de commerce entre 1914 et 1918, présenté à la séance du 24 avril 1919, la desserte par voie ferrée du port a été très améliorée […], raccordant directement les voies maritimes des nouvelles darses à la ligne de Calais .

En 1919, le montant global des travaux engagés ou à l’étude représente un milliard six cent mille francs. La loi du 12 juin 1920 achève la décentralisation du régime administratif des ports, en transférant l’autorité de la chambre de commerce à un comité économique régional.

Prépare-t-on nos ports ?

De M. Delcourt-Haillot, dans la "Dépêche" :

Boulogne, Calais, Dunkerque, nos trois grands ports du Nord, sont-ils préparés à la besogne écrasante qui va leué refoir [sic., leur échoir] demain ?

Depuis vingt ans, les efforts des Chambres de commerce qui les administrent sont constamment paralysés par la bureaucratie.

Dès la déclaration de guerre, l’encombrement de ces ports a été tel qu’il a fallu transporter tous les services de l’armée anglaise sur la Seine et la Loire, décuplant ainsi les parcours par voie ferrée et aussi le tonnage de ports déjà surchargés par les besoins de l’armée française. Le Havre et Saint-Nazaire se trouvent embouteillés et toutes les industries françaises souffrent considérablement des retards de livraison de matières premières.

Dans quelques mois peut-être, Boulogne, Calais, Dunkerque devront à la fois opérer le rapatriement de deux millions de soldats anglais avec leur immense matériel, et ravitailler en vivres, en matières premières, en matières fabriquées, nos provinces envahies, la Belgique, l’Allemagne, le Luxembourg, la Suisse.

Cela durera pendant de longues années, l’importation des deux Amériques sera supérieure à la normale en matériaux, machines, grains, bétail, conserves, etc.

Il n’y a pas une minute à perdre pour la préparation.

Étant donnée la longueur croissante des bateaux, il faut sur un quai autant de place pour un navire en déchargement que pour cinq cargos d’autrefois. Il est donc nécessaire d’envisager la création de plusieurs milliers de mètres de quais nouveaux.

Au Canada, nous avons vu le Canadian Pacific créer en quelques mois des kilomètres de quais sur le Saint-Laurent en creusant dans les rives une série de petits bassins de débarquement pour deux navires.

La Russie vient de procéder de même pour établir de mai à novembre dernier, neuf mille mètres de quais à Arkhangel, Kola et Alexandrosk.

Pendant que nos alliés nous offrent ce magnifique exemple, l’administration française reste immobile.

Nos chambres de commerce en tutelle

Au Havre, embouteillé depuis 18 mois, se sont succédé[es] inutilement 31 commissions parlementaires, administratives, ministérielles.

Les ports français sont en retard d’un demi-siècle par rapport aux agrandissements qui ont été accomplis dans les autres pays.

Par une incohérence administrative, que les députés du littoral ne devraient pas tolérer plus longtemps, les chambres de commerce qui paient de leurs deniers tous les travaux des ports, ne peuvent rien dépenser sans la permission des scribes très incompétents du ministère.

[Croit-on] que les chambres de commerce d’Hambourg de Lubeck, de Stettin ont besoin de la permission des scribes de Berlin pour creuser un bassin, construire un quai, ou acheter une grue ?

Pour contourner la difficulté

Le seul moyen serait d’user du droit de réquisition militaire.

Lorsque les Anglais ont voulu installer en France des bases et camps de concentration, ils se sont heurtés aux conseils municipaux, aux administrations des ponts et chaussées, aux postes et télégraphes, etc. Commissions, sous-commissions se renvoyaient la balle et rien n’avançait.

Ils décidèrent alors de confier l’organisation de chaque camp à un officier muni d’un carnet de bons de réquisitions et d’un carnet de chèques.

Tous les terrains, matériaux, travaux dont l’armée anglaise avait besoin, étaient payés immédiatement, rubis sur l’ongle, et les réquisitions paralysaient les protestations de ces fonctionnaires qui se croient payés par le peuple français pour empêcher le développement de notre commerce et de notre industrie.

Si les chambres de commerce de Boulogne, Calais, Dunkerque veulent demander au ministre de la Guerre ou de la Marine de leur donner un officier débrouillard avec tous les pouvoirs des officiers chargés de l’organisation des bases anglaises, on peut être convaincu de voir transformer nos trois ports du Nord en quelques mois.

Une comparaison

Il faut actuellement de 35 à 60 jours pour débarquer un navire dans l’un de nos ports du Nord.

Voici quelques dates qui nous sont données par les Compagnies transatlantiques du Havre :

  • Nom du bateau : Elswick ; arrivé au Havre le 28 novembre ; déchargement commencé le 31 décembre, terminé le 19 février ;
  • Nom du bateau : Storstad ; arrivé au Havre le 24 novembre ; déchargement commencé le 14 décembre, terminé le 19 janvier ;
  • Nom du bateau : Mississipi ; arrivé au Havre le 3 décembre ; déchargement commencé le 22 décembre, terminé le 20 janvier ;
  • Nom du bateau : Auchenblae ; arrivé au Havre le 26 novembre ; déchargement commencé le 18 décembre, terminé le 29 janvier.

C’est absolument extraordinaire comme délai de déchargement étant donné qu’à New-York, l’opération du déchargement de ces bateaux demande de 24 à 36 heures. L’explication est bien simple. Tout dépend du déplorable outillage de nos ports qui, dans toute l’organisation économique française, est peut-être ce qui laisse le plus à désirer.

L’outillage en Amérique

Nous nous promenions l’autre jour au Havre avec un Américain qui éclatait de rire en voyant 3 ou 4 vieux R.A.T. les mains tout écorchées, suer sang et eau, pour descendre à bras une caisse de cent kilos d’un transatlantique.

Les plus petits ports américains ont des séries de ponts roulants, de grues électriques, de tapis roulants, de machines suceuses, qui, en quelques heures, vident complètement les plus grands navires.

En Angleterre

Il nous faut acheter des machines automatiques de suite, en acheter beaucoup, comme le fait l’Angleterre.

Il est facile de se rendre compte que nos ports, étant trop petits, doivent avoir un outillage absolument parfait pour pouvoir décharger aussi vite que possible les bateaux et leur permettre de se succéder rapidement à quai.

Si le Havre ou Dunkerque étaient outillés comme le port de New-York, qui décharge en deux jours les bateaux qu’on met cinquante jours à vider en France, il pourrait recevoir vingt-cinq fois plus de bateaux.

Nos Chambres de commerce auraient déjà regagné leur outillage, si on les avait laissées s’équiper complètement au début de la guerre…

La Croix du Pas-de-Calais, mardi 7 mars 1916. Archives départementales du Pas-de-Calais, PE 135/18.