Archives - Pas-de-Calais le Département
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Indisponibilité du parking et fermeture lundi 13 septembre

Pour raison de service, les salles de lecture respectives des centres Mahaut-d’Artois à Dainville et Georges-Besnier à Arras seront exceptionnellement fermées le lundi 13 septembre matin. Elles rouvriront leurs portes à 14 heures.

En raison de l’organisation des Journées européennes du patrimoine qui se dérouleront les 18 et 19 septembre prochains, le parking du centre Mahaut-d’Artois ne sera pas accessible au public entre le 14 et le 22 septembre. Il vous sera possible de garer votre véhicules le long de la rue du 19-mars-1962 ou sur les stationnements situés avenue de l’Hippodrome.

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L'Ogre et la Veuve

À la fin de l’Ancien Régime, en France, il n’existe pas moins de 115 crimes passibles de la peine de mort. Pourtant, dès le siècle des Lumières, les voix des premiers abolitionnistes se font entendre (Cesare Beccaria et son Traité des délits et des peines de 1764, Voltaire et son Prix de la justice et de l’humanité, 1777). Cela n'empêchera pas Joseph Lebon, ancien maire d'Arras, député du Pas-de-Calais et proconsul de faire régner la terreur par une vague d'exécutions sans précédent.

Monsieur Guillotin et la "mort douce"

En 1791, grâce à l’instauration du Code pénal, le nombre des crimes capitaux est réduit à 32. Il faut dire que le débat sur l’abolition déchaîne déjà les passions, au sein même de l’Assemblée constituante. Maximilien de Robespierre et Le Peletier de Saint-Fargeau (président de l’Assemblée en juin 1790), hérauts des idées de Beccaria, qualifient la peine de mort de meurtre juridique , symbole des lois de sang de l’Ancien Régime, de la tyrannie et du despotisme.

Gravure noir et blanc d'une guillotine montée sur un échafaud. En-dessous, on lit l'annotation "Pour éviter que le tranchoir ne s'ébrêche, il faut avoir soin de ne laisser tomber le mouton de toute sa hauteur que pour l'exécution. Il faut aussi avoir l'attention, avant l'exécution, de décrocher la corde du mouton pour qu'il soit entièrement libre dans sa chute".

Gravure accompagnant le courrier du ministre des Contributions publiques concernant l’envoi de la machine à décapiter, 17 septembre 1792. Archives départementales du Pas-de-Calais, 1 L 204.

Sous l’impulsion des valeurs égalitaires et humanistes de la Révolution, Joseph-Ignace Guillotin (1738-1814), un médecin élu député du Tiers-État à Paris, imagine un procédé mécanique visant à donner une mort "douce", sans supplice inutile et applicable à tous. Car jusque là, le traitement variait selon le rang social : les nobles avaient le privilège de la décapitation, quand les roturiers devaient se contenter de la pendaison. Guillotin insiste tout particulièrement sur l’importance de la mécanique, la décollation manuelle (entendez la tête tranchée par la lame d’un bourreau) présentant parfois des complications désagréables.

Suivant ses conseils, le docteur Antoine Louis dessine les plans et fait fabriquer un prototype par un mécanicien, se présentant parfois comme facteur de clavecins, nommé Tobias Schmidt. Pourtant, il ne s’agit pas d’une invention française à proprement parler, puisque ses concepteurs s’étaient inspirés de machines anciennes utilisées en Italie, en Allemagne, en Angleterre et en Écosse dès le XIIe siècle.

Le 25 mars 1792, Louis XVI en personne signe la loi faisant adopter la machine à trancher la tête des condamnés, vite surnommée la Veuve. La première exécution se déroule le 25 avril.

Texte manuscrit où on lit "Paris le 17 septembre 1792, l'an 1 de la Liberté. Le sieur Schmidt, Messieurs, vient de me rendre compte qu'il avoit chargé par la voye du routage, à votre adresse, une machine à décapiter. Je m'empresse de vous en prévenir, en vous priant de m'en accuser la réception, lorsqu'elle vous sera parvenue. Je joins ici la gravure de cette machine, en même temps que de l'échaffaud qui devra être construit sur les lieux. Le ministre des Contributions publiques, Clarière".

Lettre du ministre des Contributions publiques accompagnant l’envoi de la machine à décapiter, Paris le 17 septembre 1792. Archives départementales du Pas-de-Calais, 1 L 204.

Le 17 septembre de la même année, le ministre des Contributions publiques adresse aux administrateurs du Pas-de-Calais un courrier annonçant l’arrivée prochaine à Arras d’une "machine à décapiter", accompagné d’une gravure au bas de laquelle sont adjoints quelques conseils d’utilisation.

Joseph Lebon ou l’Ogre assoiffé de sang

À cette époque, le maire d’Arras est Joseph Lebon (1765-1795), un ancien prêtre ayant renoncé au sacerdoce, ami de longue date de Robespierre et orateur brillant. Il quitte rapidement cette charge, qu’il juge trop étroite, pour intégrer le directoire départemental, puis se faire élire député à la Convention en juillet 1793. Investi de pouvoirs illimités en sa qualité de proconsul, il revient triomphant dans le Pas-de-Calais fin octobre 1793, pour déjouer d’éventuels complots contre-révolutionnaires.

Dès son arrivée à Arras, les prisons se remplissent d’hommes et de femmes qui se trouvent entassés dans des conditions déplorables :

  • les condamnés par les tribunaux criminels ou militaires sont rassemblés à Saint-Vaast,
  • tandis que la prison des Baudets sert d’antichambre au tribunal révolutionnaire ;
  • les simples suspects sont parqués à l’Hôtel-Dieu lorsqu’ils sont de sexe masculin et on regroupe les femmes à la Providence.

Pourtant, le tribunal révolutionnaire du Pas-de-Calais (créé le 24 juin 1793) s’était plutôt montré modéré jusque là : en deux mois, sur quinze jugements, quatre avaient trouvé une issue fatale. Modéré ? Mou ! aux yeux de Lebon qui reprend les choses en main.

En mars 1794, la purge commence. D’abord au sein-même des institutions. Lebon renvoie une bonne partie du personnel judiciaire révolutionnaire et choisit lui-même juges, avocats et jurés, qui lui sont tout dévoués. Dès lors, l’autorité n’appartient plus aux tribunaux ni aux hauts fonctionnaires, mais est détenue uniquement par le citoyen Lebon. Il déplace l’échafaud place de la Révolution (place du Théâtre) afin de s’adonner, dit-on, de son balcon, tant aux joies du théâtre qu’à celles des exécutions.

Tableau manuscrit des guillotinés. La première colonne indique la date de jugement et d'exécution, la seconde les noms, prénoms, âge et profession des exécutés, la troisième le lieu d'exécution et la quatrième les témoins qui ont signé l'acte de décès. Le 25 germinal de l'an 2 à 3 heures du soir, ont été exécutés : Marie-Josephe-Eulalie Lefebvre, dite de Gouy, célibataire, âgée de 44 ans, native de St-Omer, Marie-Claire Caudron, célibataire, native d'Arras, âgée de 74 ans, Marie-Marguerite-Philippine Ledur, veuve Théry, native d'Arras, âgée de 72 ans, Renée Bacler, célibataire, native d'Arras, âgée de 63 ans, Pélagie Bacler, célibataire, native d'Arras, âgée de 56 ans, Antoine-François Leroy, ci-devant d'Onctebise, célibataire, natif d'Arras, âgé de 51 ans, Hector Gamonet, liquidateur de droit de la République, natif de Lille, âgé de 46 ans, époux d'Elisabeth-Augustine Cardon, Louis-Alexandre Becquet, rentier, natif d'Arras, âgé de 74 ans, Vindicien-Antoine Blin, époux de Marie-Dorothée-Isabelle Canonne, âgé de 32 ans, natif d'Arras, François-Guislain Boucquel, époux de Marie-Françoise-Mélanie Lejosne, natif de Sarton, âgé de 67 ans. Ils furent tous exécutés place de la Révolution et les témoins furent Vauclin et Houriez, officiers publics de Rouvroy. Le 27 germinal fut exécuté en la maison de réclusion du Vivier Jacques-Théodore Delvaque, ex-capucin, âgé de 75 ans, en présence de Libersalle et Lebon, officiers publics de Rouvroy. Le 26 germinal furent exécutés place de la Révolution, en présence de Vauclin et Houriez, François Boscas, célibataire, capitaine au ci-devant régiment de Ventimille, domicilié à Biache, âgé de 64 ans, natif de Gramatte, département du Lot et Mathrin Lalbinque, ancien capitaine au ci-devant régiment Vintimille, natif d'Albinquas, âgé de 65 ans, époux de Marguerite-Josephe Dumortier, domicilié à Biache.

Liste des personnes guillotinées à Arras du 14 ventôse an II (2 février 1794) au 17 pluviôse an III (5 février 1795), dressée par Alexandre Godin. Archives départementales du Pas-de-Calais, Ms 30, folio 7.

Il se tourne ensuite vers les ennemis jurés de la Révolution : les nobles, le clergé, accusé de tourmenter la conscience du peuple et les contre-révolutionnaires en général. Il multiplie les arrestations et les détentions arbitraires, sans raison valable, bafouant par-là les principes-mêmes de la Révolution. Citons comme exemple cette jeune fille se promenant un dimanche sur les remparts de Montreuil. Croisant Lebon, elle est immédiatement arrêtée sous prétexte que sa toilette est trop élégante pour un dimanche ; il doit sans nul doute s’agir d’une de ses "aristocrates", attachée aux idées de l’Ancien Régime, puisque le dimanche est désormais un jour comme un autre…

Lebon illustre bien à lui seul le qualificatif de Terreur donné à cette période. Sur Arras, on ne recense pas mois de 393 exécutions en l’espace d’un an (février 1794 à février 1795) !

Le 8 mai 1794, de Cambrai où il effectue une purge similaire à celle d’Arras, il écrit : […] La guillotine continue à rouler à toute force à Arras, on annonce aujourd’hui 28, de Saint-Pol, expédiés hier. Elle va, primidi prochain, commencer ici ces exploits .

Gravure noir et blanc montrant Joseph Lebon entre les deux guillotines d'Arras et de Cambrai, buvant le sang s'écoulant des guillotinés, debout sur un amas de corps désarticulés et entouré d'ossements et de fauves. À sa gauche, un flot de personnes sort d'une porte de prison, implorant un groupe de trois déesses antiques sur un nuage dans le ciel. Un ange ailé souffle dans une trompette portant un fanion sur lequel on lit "9 thermidor, humanité, justice, vertu", tandis qu'une des déesses est accoudée sur une plaque où est inscrit "droits de l'homme".

"Les formes acerbes". Allégorie satirique sur Joseph Lebon, gravure sur cuivre, [1795]. Au-dessus se trouve la légende "Guerre à tous les agens du crime. Poursuivons-les jusqu'au trépas ; Partagez l'horreur qui m'amine. Ils ne nous échaperront pas." Archives départementales du Pas-de-Calais, 4 J 472/211.

Fin d’un tyran

Le 10 juillet 1795, face aux accusations de plus en plus pressantes des détracteurs de Lebon, menées par Armand-Joseph Guffroy (député arrageois, lui aussi élu député à la Convention), l’Assemblée et le Comité de salut public suppriment les tribunaux révolutionnaires d’Arras et de Cambrai (seuls tribunaux de province encore en exercice).

Guffroy ne s’en contente pas et continue de fustiger Lebon lors des séances de l’Assemblée, le qualifiant de monstre pétri de crimes, enivré de sang, couvert de l’exécration générale . L’exécution de Robespierre précipite la chute de Lebon ; à l’été 1794, il est arrêté.

Jugé un an plus tard sous quatorze chefs d’inculpation, il est guillotiné le 16 octobre 1795 à l’âge de 30 ans. Sa dernière lettre, adressée à son épouse, se termine par ces mots La mort de l’homme de bien n’est pas inutile .

Bibliographie

  • Maximilien de ROBESPIERRE, Peine de mort. Discours de Robespierre prononcé à la tribune de l’Assemblée nationale, le 30 mai 1791, Paris, 1830. Archives départementales du Pas-de-Calais, BARBIER B 1743
  • Ivan GOBRY, Joseph Lebon. La Terreur dans le Nord de la France, Paris, 1991. Archives départementales du Pas-de-Calais, BHB 5035
  • Louis JACOB, Joseph Lebon (1766-1796). La Terreur à la frontière Nord-Pas-de-Calais, Paris, 1934
  • Adolphe de CARDEVACQUE, Le bourreau à Arras, Arras, 1893. Archives départementales du Pas-de-Calais, BHB 937/4
  • Armand GUFFROY, Les secrets de Joseph Lebon et de ses complices, deuxième censure républicaine, Paris, 1794-1795. Archives départementales du Pas-de-Calais, BARBIER B 1641

Voir aussi

Commentaires (4)

Archives départementales du Pas-de-Calais

Bonjour Isabelle, Les registres d'écrou des prisons d’Arras (Baudets, Dominicains, Sainte-Croix, etc.) durant la période révolutionnaire sont classés en sous-série 4 L.
L’ouvrage de Jean-Claude Fichaux, intitulé "Les prisons d'Arras et les hommes" peut également être susceptible de vous intéresser.

Le 03 juin 2016 à 16h54

Anonyme

Bonjour,
Existe t il un registre des prisonniers mort à la prison des baudets avec les causes de leur mort et le pourquoi de leur incarcération.
Merci

Le 07 janvier 2016 à 16h50

Archives départementales du Pas-de-Calais

Bonjour Valérie,

Pour de plus amples rensignements sur la biographie de Joseph Lebon, consultez l’article qui lui est dédié dans notre rubrique Anniversaires (25 septembre 1765 : naissance de Joseph Lebon, député du Pas-de-Calais à la Convention nationale), mais aussi l'état des sources le concernant.

Le 08 novembre 2012 à 10h59

ginois valérie

édifiant, cet homme fait froid dans le dos! avez-vous d'autres sources ou renseignements concernant joseph lebon?

Le 01 novembre 2012 à 01h21